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L’Asean au chevet de la crise birmane

Plus de trois ans et demi après le putsch militaire, la Birmanie s’enfonce dans la guerre civile. Ce conflit entre la junte et une multitude de groupes armés ethniques inquiète l’Asean, l’association des nations d’Asie du Sud-Est, un bloc de dix pays qui se réunissent depuis mercredi 9 octobre à Vientiane, la capitale du Laos, l’un des objectifs affichés étant de relancer le processus de paix au point mort depuis le coup d’État. Dans un projet de déclaration l’Asean a appelé dès l’ouverture des débats à des actions concrètes et à la cessation des hostilités.

Pour la première fois en trois ans, Naypyidaw a décidé d’envoyer au sommet de l’Asean un représentant non-politique, seule présence tolérée par le bloc qui a banni les généraux birmans. Ce compromis n’est pas pour autant le signe d’un tournant dans la résolution de cette crise. En effet, si la question était posée à l’opposition birmane ou aux groupes de résistance armés, la réponse serait négative ; car toute discussion est exclue avec un pouvoir militaire responsable de la mort d’au moins 5300 civils, du déplacement de plus de 3 millions de personnes et qui continuent de semer la terreur en maintenant en détention des centaines de prisonniers politiques. 240 organisations de la société civile birmane ont d’ailleurs réclamé à l’Asean d’accueillir un représentant de l’opposition, seul interlocuteur légitime selon eux, pour discuter paix et construction d’un avenir fédéral. 

La feuille de route en 5 points : un échec depuis 2021

Quels sont alors les leviers de l’Asean pour faire avancer sa feuille de route en 5 points qui est restée lettre morte depuis avril 2021 ? C’est toute la question. Le dialogue reste impossible car la junte refuse de négocier avec les groupes armés ethniques qu’elle considère comme terroristes. Le fait d’envoyer un représentant civil et non militaire est peut-être révélateur des difficultés de la junte qui ne contrôlerait aujourd’hui que 40% du territoire. Selon les observateurs, ces derniers mois le pouvoir militaire a reculé sur plusieurs fronts dans les régions frontalières. L’armée birmane manque aussi de recrues, beaucoup de jeunes fuient la conscription obligatoire et préfèrent s’engager auprès des PDF, les forces de défense du peuple soutenues par le Gouvernement d’Unité nationale.

L’Asean critiquée pour son incapacité à faire pression sur la junte

On accuse souvent l’Asean d’être une coquille vide, dénuée de tout moyen de pression, axé sur le principe de non-ingérence. D’autres acteurs invités au sommet comme la Chine ou les États-Unis chercheront sans doute des moyens pour changer la donne. Le groupe régional est en effet divisé, avec l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines qui sont partisans d’une ligne plus dure à l’encontre des généraux. La Thaïlande a déjà proposé des réunions informelles dès le mois de décembre pour tenter de faire avancer le processus de paix. S’agissant du rôle que pourrait jouer Pékin ou Washington, qui sont représentés cette année par le Premier ministre chinois et le secrétaire d’État américain, on peut s’attendre à des pressions de la part d’Anthony Blinken à l’encontre de la junte pour réduire les violences, libérer les prisonniers politiques et nouer le dialogue avec l’opposition. La partie chinoise prône quant à elle la non-ingérence dans les affaires internes. Pourtant une fuite d’une réunion secrète fin août entre des représentants chinois de la province du Yunnan et des groupes armés du nord de l’État Shan frontalier avec la Chine révèle tout le contraire.

La Chine aurait – selon ces informations partagées par de nombreux médias birmans en exil – exercé des pressions contre les groupes révolutionnaires en les menaçant de bloquer l’approvisionnement en eau, gaz, électricité et biens de consommation s’ils continuaient à fournir des armes à d’autres groupes armés. Une sorte de chantage, selon l’opposition, et qui aurait pour finalité d’accepter la domination de la junte militaire.

Par Jelena Tomic – Radio France Internationale – 10 octobre 2024

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