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Birmanie : Aung San Suu Kyi devant ses juges au lendemain d’un dimanche sanglant

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Au moins 38 manifestants pro démocratie ont été tués par les forces de l’ordre. À Hlaing Tharyar, les forces de sécurité ont ouvert le feu après l’incendie de plusieurs usines chinoises.

L’ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, accusée de multiples infractions par la junte, comparaît lundi 15 mars devant la justice au lendemain d’une des journées de répression les plus meurtrières depuis le coup d’État de la junte militaire.

La Prix Nobel de la Paix va comparaître par vidéoconférence dans la matinée, a indiqué son avocat Khin Maung Zaw. L’ex-dirigeante de 75 ans est poursuivie pour au moins quatre chefs d’accusation : importation illégale de talkies-walkies, non-respect des restrictions liées au coronavirus, violation d’une loi sur les télécommunications et incitation aux troubles publics. La junte l’accuse aussi de corruption en affirmant qu’elle a perçu 600.000 dollars et plus de 11 kilos d’or de pots-de-vin. Aung San Suu Kyi, 75 ans, semblait en bonne santé le 1er mars lors de la dernière audience en visioconférence, selon Khin Maung Zaw, qui n’a toujours pas été autorisé à rencontrer sa cliente.

Dimanche, au moins 38 manifestants pro démocratie ont été tués dimanche par les forces de l’ordre, d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Après six semaines de manifestations pro démocratie, les généraux poursuivent sans relâche leur répression : plus de 120 manifestants ont été tués depuis le 1er février, selon l’AAPP. Dimanche, les événements ont été particulièrement tendus à Hlaing Tharyar, une banlieue industrielle de Rangoun qui abrite de nombreuses usines textiles, avec 22 personnes tuées.

Loi martiale

Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants après l’incendie de plusieurs usines chinoises, l’ambassade de Chine demandant aux autorités de « garantir la sécurité » de ses entreprises et de son personnel. Alors que des panaches de fumée s’élevaient de la zone industrielle, de nombreux véhicules militaires ont été déployés et des tirs ont été entendus en continu par les habitants cachés dans les maisons.

Personne n’a revendiqué les incendies, mais le ressentiment antichinois s’est intensifié ces dernières semaines dans le pays, certains estimant que Pékin, grand investisseur en Birmanie, a une position trop douce vis-à-vis des généraux putschistes. À la suite de ces affrontements, la junte a décrété la loi martiale dans deux communes de l’agglomération de Rangoun, Hlaing Tharyar et Shwepyitha. Toute personne arrêtée dans ces banlieues sera jugée par un tribunal militaire et encourra une peine minimale de trois ans de travaux forcés.

Seize autres manifestants ont péri dimanche dans diverses régions du pays, les médias d’État indiquant que des protestataires avaient tenté d’incendier un poste de police à Rangoun, ce qui avait amené les forces de sécurité à ouvrir le feu pour les disperser. Un policier a été tué à Bago, au nord-est de la capitale économique.

L’envoyée de l’Onu pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, a fermement condamné cette nouvelle effusion de sang, tandis que l’ancienne puissance coloniale britannique s’est dite « consternée » par l’usage de la force « contre des innocents ». Le Conseil des droits de l’homme de l’Onu a dénoncé de probables « crimes contre l’« humanité » commis par l’armée. « Les dirigeants de la junte ne doivent pas être au pouvoir, mais derrière les barreaux », a tweeté lundi Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie, appelant à stopper immédiatement l’« approvisionnement en argent et en armes » des militaires.

La junte fait pour l’instant la sourde oreille aux condamnations internationales.

Beaucoup de responsables de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) ont été emprisonnés depuis le coup d’État, dont deux sont morts en détention. Mais certains députés, passés à la clandestinité pour la plupart, ont créé un Comité pour représenter l’Assemblée de l’Union (CPRH), censé représenter le parlement fantôme. Son vice-président, Mahn Win Khaing Than, a lancé ce week-end un vibrant appel à la résistance contre cette « dictature injuste »« C’est le moment le plus sombre de la nation (mais) il faut que le soulèvement l’emporte », a-t-il déclaré.

La junte a pour sa part averti que l’appartenance à ce comité s’apparentait à une « haute trahison », passible d’une peine de 22 ans de prison. Le passage en force des généraux, alléguant de vastes fraudes électorales aux législatives de novembre massivement remportées par la LND, a mis fin à une décennie de transition démocratique en Birmanie.

Le Figaro avec Agence France Presse – 14 mars 2021

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