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«On vit maintenant dans un chaos total en Birmanie»

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L’ONU accuse la junte birmane de possibles crimes contre l’humanité et crimes de guerre, dans la foulée du coup d’État du 1er février 2021. Une décision «justifiée» au regard des violences commises par les militaires au quotidien, estime un missionnaire sur place. Témoignage.

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme accuse l’armée birmane de s’être livrée à des violations et des atteintes systématiques et généralisées aux droits de l’Homme, et de faire part d’un mépris flagrant pour la vie humaine. Certaines de ces violations «pourraient être assimilées à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité», écrit l’ONU dans un rapport publié ce mardi. Une qualification «tout à fait justifiée» estime un prêtre actuellement basé à Rangoun. Si dans les grandes villes, la violence n’est pas visible, dans les campagnes la réalité est toute autre.

Un pays entier en proie aux exactions

«Tous les jours, on entend parler de villages ayant brûlé, d’exécutions sommaires, de civils victimes de la violence des militaires alors qu’ils n’étaient pas armés ni partie prenante au conflit, alors qu’ils essaient juste de vivre comme ils peuvent», témoigne ce missionnaireDans son rapport basé sur plus d’une centaine entretiens, l’ONU évoque des zones habitées bombardées et des civils pris pour cible. Nombre d’entre eux ont été tués d’une balle dans la tête, brûlés vifs, arrêtés arbitrairement, torturés ou utilisés comme boucliers humains, écrit le Haut-Commissariat.

Depuis le coup d’État du 1er février 2021, les Nations unies ont dénombré 1 600 personnes tuées et plus de 12 500 personnes arrêtées. Des milices anti-junte ont pris les armes contre les généraux qui étouffent dans le sang la contestation.

Les exactions ne sont plus le fait de régions précises. «Ce qui est marquant, c’est que tout le pays est embrasé, en tout cas de nombreuses régions et pas seulement les zones où se trouvent les minorités ethniques» rapporte le missionnaire. Les États Chin ou Kayah paient «le prix fort» mais également la région de Sagaing où vivent des membres de l’ethnie birmane. En juillet, des soldats ont tué 40 personnes au cours de plusieurs raids sur des villages, dénoncent les Nations unies. «Des églises ont été bombardées, brûlées, ou pour le moins profanées» ajoute le prélat.

Pénurie d’eau et coupure de courant

«On vit dans un chaos total, déplore-t-il. Au-delà des violences, le chaos s’exprime par les pénuries d’électricité». Les coupures de courant touchent régulièrement la capitale économique du pays. À Rangoun, il y aurait actuellement cinq heures d’électricité par jour «ce qui est encore plus difficile à gérer pour ceux qui essaient de faire fonctionner une entreprise ou pour les soins». Les pénuries en eau sont également monnaie courante.

Les Birmans se montrent «comme d’habitude» résilients, comme s’il s’agissait d’un moment d’épreuve à passer. «Le plus étonnant, c’est qu’ils restent plein d’espoir» note le prêtre, même s’il règne également «un sentiment d’abandon». La Birmanie n’est plus à la Une.

Ce mardi, la Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a appelé la communauté internationale à prendre immédiatement des mesures pour enrayer la spirale de violence dans le pays. Une réaction semble peu probable. La Chine et la Russie ont de l’influence, explique Michelle Bachelet. Aujourd’hui, elle espère que les Birmans pourront un jour vivre de nouveau en paix, que le pays reprenne «le chemin du progrès» qu’il avait embrassé ces dernières années.

Par Adélaïde Patrignani & Marie Duhamel – Vatican News – 18 mars 2022

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