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Un tigre Asiatique ? Oui, et il rugit de Saïgon à Hanoï (et vice versa)

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Notre chroniqueur et infatigable voyageur Guy Mettan revient du Vietnam. Il raconte sa confiance dans l’essor économique du pays.

L’aventure de VinFast, le géant vietnamien de la voiture électrique que nous avons évoqué dans notre papier précédent montre les transformations profondes qui sont à l’œuvre au Vietnam. Le pays réussira-t-il à sortir du piège de l’économie de revenu intermédiaire (middle income trap) dans lequel nombre de pays en développement sont coincés ? Saura-t-il, comme son voisin chinois, monter en gamme et générer un développement autoporteur, qui ne dépende pas seulement des investissements étrangers basés sur l’exploitation d’une main d’œuvre à bas coût et de l’économie de subsistance traditionnelle ? Si l’exemple de VinGroup fait des émules, ce pari pourrait être gagné.

Les indices sont en tout cas à la hausse. D’après Fitch, le Vietnam se classe cinquième sur 35 marchés asiatiques en termes d’ouverture économique, avec une note de 74,6 sur 100, très supérieure à la moyenne asiatique (46) et à la moyenne mondiale (49,5).

« Le pays émerge comme une plaque tournante de l’industrie manufacturière dans la région de l’Asie de l’Est et du Sud-Est, soutenu par les efforts de libéralisation économique dirigés par le gouvernement et l’intégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, grâce à des accords commerciaux et à l’adhésion à des blocs régionaux et internationaux », constate l’agence.

En Asie, le Vietnam a été surperformé par Singapour, Hong Kong, Macao et la Malaisie. À l’échelle mondiale, il se classe au 20e rang sur 201 marchés. En juillet, Moody’s a porté ses prévisions de croissance du PIB à 8,5 %, soit la projection de croissance la plus élevée de la zone Asie-Pacifique. Alors que l’Inde vient de surclasser son ancien maitre colonial britannique au cinquième rang des économies mondiales, il se pourrait bien que le Vietnam, aux côtés de la Malaisie, de l’Indonésie, des Philippines et de Singapour, rejoigne le camp des nouveaux tigres asiatiques.

Le cas de secteurs économiques plus traditionnels, comme le tourisme et la pêche, milite aussi dans ce sens. Le Vietnam regorge de sites touristiques extraordinaires et connus comme la baie d’Halong, Ninh Binh, Hué, Hoi-An, les plages de Danang et les stations balnéaires du sud. Pour vérifier mon hypothèse, je me suis rendu dans deux autres régions, au Mont Fansipan, le plus haut sommet d’Asie du Sud-Est situé tout au nord, et au point le plus bas et le plus au sud, le delta du Mékong qui, lui, a tendance à s’enfoncer dans la mer.

Le toit de l’Indochine est situé aux confins de la Chine et du Laos, proche de la station de montagne de Sa Pa. Depuis 2018, il est doté d’un téléphérique à trois câbles construit par le consortium austro-suisse Doppelmayr-Garaventa. Il bénéficie de deux mentions dans le Guinness Book, puisqu’il est à la fois le plus long (7 km) et offre le plus fort dénivelé positif (à 3143 mètres soit l’altitude des Dents du Midi) pour ce type de transport. Malgré son prix prohibitif, l’accès, prolongé depuis peu par un funiculaire qui mène au sommet et permet de savourer le panorama avant d’entreprendre une promenade entre un Bouddha géant, des monastères et des pagodes bouddhistes, est plébiscité par la clientèle locale. Ce qui montre l’existence d’une classe moyenne active et dotée de certains moyens. Ajoutons qu’il faut quatre à cinq heures de route depuis Hanoï pour rejoindre Sa Pa, ce qui exige aussi du temps et de l’argent.

Ambiance toute différente à Can Tho, la métropole du delta du Mékong, au sud de Ho-Chi-Minh Ville. Le soir de notre arrivée, la ville était en crue et le taxi a dû redoubler d’astuce pour nous déposer les pieds secs à l’hôtel. Une crue qui ne s’était plus produite depuis onze ans, nous assure le directeur de l’Institut Dragon, responsable de la recherche sur l’évolution du delta à la suite des changements climatiques et à l’exploitation du Mékong. Une crue qu’il attribue à une combinaison rare de pluies abondantes et de marées exceptionnelles.

Le delta est le grenier du Vietnam pour le riz, les fruits et les légumes, et est important pour la pêche et l’aquaculture. Or il souffre de problèmes aussi divers que variés en raison des changements climatiques et de la surexploitation des eaux du fleuve. Les crues saisonnières d’automne, dues à la fonte des neiges himalayennes, ont disparu en 2011. A cela se sont ajoutées les retenues d’eau provoquées par la construction des barrages chinois dans le cours supérieur ainsi que la surexploitation, légale et illégale, du sable de construction tout au long de son cours et dans le delta. Résultat : un moindre débit, une baisse drastique des sédiments et donc un affaissement progressif des sols cultivables, une érosion des berges et une salinisation croissante par suite de la pénétration de l’eau de mer à l’intérieur des terres. Il y a eu des pics de salinisation notamment en 2015/16 et 2019/20. Le problème du delta est donc double, causé qu’il est à la fois par les eaux d’amont et celles d’aval.

Le Dr Van Tri ne se laisse pas démonter pour autant. En coopération avec ses homologues scientifiques dans le monde, il est responsable des observations et est chargé de fournir des recommandations aux autorités locales confrontées aux problèmes économiques et écologiques ainsi qu’aux autorités nationales chargées de la coordination avec les pays en amont, Cambodge, Laos et Chine en particulier. Le problème est très complexe, très politique aussi. Il affecte des dizaines de millions de gens et ne peut être résolu par un seul pays.

Mais il se veut aussi optimiste. Le changement climatique et la montée des eaux de mer peuvent aussi favoriser de nouveaux types d’aquaculture, comme l’élevage de crevettes, dont le Vietnam est l’un des principaux producteurs mondiaux. A Hanoï, au siège de l’association des entreprises de pêche et d’aquaculture, on confirme cette tendance. La pêche et les produits de la mer assurent 4 à 5% du PIB, 9 à 10 % des recettes d’exportation (9 milliards de dollars) et 4 millions d’emplois. Comme la pêche de haute mer stagne en raison de la baisse des stocks et des difficultés avec la Chine voisine pour la navigation dans la Mer de l’Est, comme les Vietnamiens appellent la Mer de Chine, le pays veut miser sur le développement de l’aquaculture (crevette et pangasius notamment). Avec ses 3260 kilomètres de côtes, il a de quoi faire.

« Indépendance sans ingérence » et « s’entendre et commercer avec tous », telles pourraient être les deux devises du Vietnam contemporain.

Avec 100 millions d’habitants et après les ravages d’une guerre de décolonisation qui aura duré trente ans et sera venue à bout de deux des principales puissances mondiales, le pays, appauvri, est resté très sourcilleux sur sa souveraineté et jaloux de son indépendance. Il se méfie de la Chine et veille à ne pas réveiller ni à provoquer le dragon qui sommeille. Il s’inquiète de la guerre en Ukraine qui détourne l’attention mondiale des activités chinoises dans la région, alors que le détroit de Malacca a connu une croissance du trafic maritime de 600% l’an dernier. Mais pas question non plus de céder aux sirènes insistantes de l’ancien ennemi d’hier, les Etats-Unis, qui verrait bien une alliance de revers contre la Chine. Le Vietnam suit de près la crise ukrainienne, en évitant de répéter les mêmes erreurs et de se transformer à nouveau en champ de bataille entre empires. Il reste attaché à la Russie, sans laquelle il n’aurait pu gagner ses guerres, mais n’apprécie pas pour autant les interventions armées en pays voisin.

En politique comme en économie, il ne lâchera sur rien. Il sait qu’il chemine sur le fil du rasoir et que sa marge de manœuvre est étroite. Mais avec le pragmatisme industrieux et cette ingéniosité proverbiale qu’on a pu voir à l’œuvre en temps de guerre comme en temps de paix et qui se déploie sans limite dans son artisanat et sa cuisine, le Vietnam a montré qu’il savait marcher sur les rasoirs les plus affûtés.

Par Guy Mettan – Gavroche-thailande.com – 4 novembre 2022

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