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Birmanie : la tension monte contre les manifestants anti-coup d’État

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Canons à eau, tirs de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes… la tension monte en Birmanie ce mardi 9 février, quatrième jour d’importantes manifestations à travers le pays contre le coup d’État militaire du 1er février.

Bravant les menaces, les manifestants sont à nouveau descendus mardi en nombre dans les rues. À Rangoun, la capitale économique, des contestataires se sont rassemblés près du siège de la LND. « Pas de dictature ! », « nous voulons notre chef ! », Aung San Suu Kyi, détenue au secret depuis son arrestation le 1er février, pouvait-on lire sur des banderoles.

Aucune scène de violence n’a été rapportée, selon notre cotre correspondante à Rangoun, Juliette Verlin. Mais pour la première fois, des soldats sont sortis dans les rues et non plus seulement la police. Un face à face assez tendu a eu lieu à Leiden, un point chaud des manifestations au nord de la ville. Les canons à eau était en place face aux manifestants derrière un épais barrage de soldats. Par anticipation, les protestataires ont sorti des manteaux de pluie et ont déplié de grandes baches pour se proptéger. Mais la foule a fini par se disperser pacifiquement.

À Naypyidaw, la capitale construite par la junte au cœur de la jungle, la police a tiré des balles en caoutchouc sur des manifestants, selon des témoins. Un peu plus tôt, les forces de l’ordre avait fait un usage répété des canons à eau contre un petit groupe de contestataires qui refusaient de se disperser devant un barrage des forces de l’ordre. Un médecin a affirmé que les militaires avaient également tiré à balles réelles, à en juger par les blessures subies par deux jeunes hommes hospitalisés dans un état critique.

Ce serait aussi le cas d’une jeune fille, selon Nowel, une étudiante birmane originaire de Mandalay et qui vit à Bangkok interrogée par RFI. Elle rapporte les témoignages de ses amis qui se trouvaient sur place au moment où une manifestante a été grièvement blessée. « La jeune fille de 19 ans a été blessé à la tête par une vraie balle. Les radios de sa tête ont été diffusée par le médecin qui la soigne à l’hôpital de Naypyidaw. Depuis mardi les rassemblements à Naydyidaw sont moins importants car la police a commencé à utiliser des canons à eau. Par ailleurs, le policier qui a tiré sur la fille a également fait feu sur trois autres personnes qu’il a blessé. Ce policier serait apparemment assez haut placé. Sa photo a circulé sur Facebook. Un de mes amis de Naypyidaw était sur place et d’après son témoignage et les images de la scène, un seul policier avait une arme à la main et a tiré. Il était aussi le seul à avoir reçu l’ordre de tirer. La jeune fille portait un casque de moto sur la tête. La balle a réussi à traverser le casque et à lui toucher la tête. »

« Nous voulons la démocratie»

À Mandalay, deuxième ville du pays, la police a fait usage de gaz lacrymogènes « contre des protestataires qui agitaient des drapeaux de la Ligue nationale pour la démocratie », le parti d’Aung San Suu Kyi, a raconté une habitante à l’AFP. Dans un autre quartier de la ville, des dizaines d’enseignants ont défilé, saluant à trois doigts comme les militants thailandais pro-démocratie, un signe emprunté à la série Hunger Games. Les mises en garde de l’armée « ne nous inquiètent pas, c’est pourquoi nous sortons aujourd’hui. Nous ne pouvons pas accepter leur excuse de fraude électorale. Nous ne voulons pas d’une dictature militaire », a déclaré à l’AFP l’enseignant Thein Winun.

A Mandalay aujourd’hui, on était obligé de courir. On ne pouvait pas rester immobilisé à un endroit car c’était trop dangereux, on restait dans le cortège. Nous voulons que ça cesse, nous voulons la démocratie. Depuis que je suis née, toutes nos paroles et nos actes doivent se conformer aux desiderata des militaires. Nous ne voulons plus vivre comme ça.

L’instauration de la loi martiale n’a eu aucun effet visible sur la volonté des manifestants qui sont toujours plus nombreux. Tura Ang, l’un des meneurs de cortège, s’attend à ce que l’armée intervienne au bout d’un moment mais il n’a pas peur et qu’il continuera à venir manifester, confie-t-il à RFI. Nay, un autre manifestant, est, quant à lui, plutôt inquiet de l’absence de communication sur les manifestations de la part du pouvoir. Pour lui, si les militaires ne disent rien, c’est qu’ils sont assurés de rester au pouvoir malgré la contestation. Ce mercredi, une nouvelle journée de manifestations est prévue. La réaction des autorités sera suivie de très près sur les réseaux sociaux.

Inédit depuis 2007

Ce lundi, les autorités ont interdit les rassemblements de plus de cinq personnes à Rangoun, Napypidaw et dans d’autres villes du pays. Un couvre-feu a été décrété. « Des actions doivent être prises […] contre les infractions qui troublent, empêchent et détruisent la stabilité de l’État », a mis en garde la télévision étatique face au vent de fronde qui souffle sur le pays.

Ces trois derniers jours, des centaines de milliers de manifestants ont défilé à travers le pays. Ce vent de contestation est inédit depuis le soulèvement populaire de 2007, « la révolution de safran » menée par les moines et violemment réprimée par l’armée.

Le risque de répression est réel. « Nous savons tous de quoi l’armée est capable : d’atrocités massives, de meurtres de civils, de disparitions forcées, de torture et d’arrestations arbitraires », a souligné Tom Villarin du groupement des parlementaires de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) pour les droits humains.

Depuis le 1er février, plus de 150 personnes – députés, responsables locaux, activistes – ont été interpellées et sont toujours en détention, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques, basée à Rangoun.

Le commandant en chef de l’armée, Min Aung Hlaing, s’est exprimé pour la première fois lundi soir sur la chaîne de l’armée Myawaddy TV. Il s’est engagé à « la tenue d’élections libres et justes » à la fin de l’état d’urgence d’un an, et promis un régime militaire « différent » des précédents.

Aung San Suu Kyi « en bonne santé »

La Birmanie a vécu près de 50 ans sous le joug de l’armée depuis son indépendance en 1948. Le putsch du 1er février a mis fin à une brève parenthèse démocratique d’une décennie.

L’armée conteste la régularité des législatives de novembre, remportées massivement par la LND. Mais des observateurs internationaux n’ont pas constaté de problèmes majeurs lors de ce scrutin.

En réalité, les généraux craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d’Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution très favorable aux militaires.

Très critiquée il y a encore peu par la communauté internationale pour sa passivité dans la crise des musulmans rohingyas, la prix Nobel de la paix, en résidence surveillée pendant 15 ans pour son opposition à la junte, reste adulée dans son pays. Elle serait « en bonne santé », assignée à résidence à Naypyidaw, d’après son parti.

La Nouvelle-Zélande suspend les contacts économiques et politiques

Le coup d’État a été condamné par les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni et de nombreux autres pays. La Nouvelle-Zélande a annoncé mardi la suspension de ses contacts militaires et politiques de haut niveau avec la Birmanie, devenant le premier pays à décider d’un isolement de la junte. « Après des années de dur travail pour bâtir une démocratie en Birmanie, je pense que tout Néo-Zélandais doit se sentir catastrophé de voir ce que les militaires ont fait ces derniers jours », a déclaré à la presse la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU va tenir vendredi une session spéciale sur ces événements.

Radio France Internationale – 10 février 2021

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