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Des milliers de manifestants dans la rue malgré un raid mortel

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La protestation se poursuit dimanche en Birmanie contre le coup d’État malgré plusieurs arrestations de membres du parti d’Aung San Suu Kyi pendant la nuit. L’un d’entre eux a été battu à mort.

La répression a continué dimanche contre les Birmans descendus par milliers dans les rues pour réclamer le rétablissement de la démocratie malgré des opérations nocturnes de police au cours desquelles des membres du parti d’Aung San Suu Kyi ont été arrêtés et un battu à mort.

Les forces de sécurité, déployées en nombre, ont fait usage de gaz lacrymogène, de munitions en caoutchouc mais aussi de balles réelles pour disperser les rassemblements, d’après des témoignages recueillis par l’AFP.

Certains manifestants ont été blessés, notamment à Rangoun, la capitale économique où un homme de 20 ans a eu l’oreille arrachée, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.

À Mandalay (centre), où plusieurs contestataires ont été tués ces derniers jours, deux secouristes ont été touchés par des tirs; l’un a réussi à s’échapper, l’autre a été emmené par la police, d’après leur collègue Yan Naing. Une manifestante a également été blessée.

À une centaine de kilomètres de là, à Bagan, célèbre pour ses pagodes centenaires, un adolescent de 18 ans a reçu une balle en caoutchouc dans la mâchoire tandis qu’une femme a été atteinte à la jambe, a-t-on appris auprès des secouristes. Parallèlement, les arrestations se poursuivent.

Raids nocturnes

Des raids des forces de sécurité ont eu lieu la nuit dernière à Rangoun contre des responsables de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi. «On ne sait pas combien de personnes ont été interpellées», a indiqué Soe Win, membre du mouvement.

Un responsable local de la LND, Khin Maung Latt, 58 ans, a été tué. «Il a été battu puis emmené hors de son domicile. Il n’a apparemment pas survécu au dur interrogatoire qu’il a subi», a déploré Tun Kyi, ex-prisonnier politique.

Un avocat du parti d’Aung San Suu Kyi était aussi visé, mais les forces de sécurité ne l’ont pas trouvé. Son frère a été «torturé parce qu’il n’y avait personne à arrêter», selon un ex-député LND.

«Une haute trahison»

Les députés qui ne reconnaissent pas la légitimité du coup d’État et qui ont créé un comité pour représenter le gouvernement civil commettent «une haute trahison» passible de la peine de mort ou de 22 ans de détention, ont averti dimanche les médias d’État. Les citoyens ne doivent «pas s’impliquer dans les rassemblements pour éviter que l’avenir de leurs enfants ne soit ruiné», ont-ils ajouté.

Malgré les menaces, des milliers de Birmans ont manifesté en Birmanie, des moines en robe safran ayant organisé un grand sit-in à Mandalay. «Si nous appelons à la désobéissance civile et à la grève sans descendre dans les rues, ce n’est pas suffisant. Nous devons maintenir notre combat au plus haut niveau (…) Nous sommes prêts à mourir», a déclaré Maung Saungkha, une des têtes d’affiche de la contestation.

Économie en souffrance

Les appels à la grève ont un impact important sur de nombreux secteurs de l’économie birmane déjà très fragile, avec des banques incapables de fonctionner, des hôpitaux fermés et des bureaux ministériels vides. Les fonctionnaires qui n’auront pas repris le travail lundi seront licenciés, a averti la junte.

La peur est dans tous les esprits: plus de 50 personnes ont été tuées depuis le début de l’insurrection pacifique contre le coup d’État. Des images largement diffusées ont montré les forces de sécurité en train de tirer à balles réelles sur des rassemblements et d’emporter les corps inanimés de manifestants.

Les médias d’État nient pour leur part toute implication de la police et de l’armée dans les décès de manifestants. Sollicitée, l’armée, qui conteste le résultat des élections de novembre remportées massivement par la LND, n’a pas répondu aux multiples requêtes de l’AFP.

Le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (PUSD), soutenu par l’armée, participe aux attaques. Certains de ses membres ont tué vendredi un représentant local de la LND et un adolescent de 17 ans, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Centaines d’interpellations

Responsables locaux, hommes politiques, journalistes, militants, artistes: des centaines de personnes ont été interpellées depuis le 1er février. Celles arrêtées à Rangoun sont souvent conduites dans la tristement célèbre prison d’Insein où de nombreux prisonniers politiques ont effectué de lourdes peines sous les dictatures précédentes.

Face à la détérioration de la situation, certains Birmans fuient le pays. Une cinquantaine, dont huit policiers qui refusaient de prendre part à la répression, ont gagné l’Inde voisine.

La Birmanie a exigé de l’Inde le rapatriement des huit policiers «afin de préserver les bonnes relations entre les deux pays» dans une lettre que l’AFP a pu consulter. Une centaine de Birmans sont toujours massés à la frontière dans l’espoir d’être autorisés à gagner le pays.

Divisions

Les généraux font la sourde oreille au concert de protestations de la communauté internationale, divisée sur la réponse à apporter.

Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi vendredi à se mettre d’accord sur une déclaration commune. Des négociations doivent se poursuivre la semaine prochaine, d’après des sources diplomatiques.

Des mesures coercitives ont été annoncées par les États-Unis et l’Union européenne, mais des observateurs exhortent à aller plus loin avec un embargo international sur les livraisons d’armes, une décision qui nécessite l’accord de tous les membres du Conseil.

Or la Chine et la Russie, des alliées traditionnelles de la junte et exportateurs d’armes vers la Birmanie, considèrent cette crise comme une affaire intérieure au pays.

À Bangkok, des milliers de travailleurs birmans immigrés en Thaïlande ont manifesté dimanche devant la représentation de l’ONU, exhortant la communauté internationale à réagir plus fermement et demandant à la junte de libérer Aung San Suu Kyi, tenue au secret depuis son arrestation.

Agence France Presse – 7 mars 2021

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