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La Birmanie s’enfonce dans une sanglante guerre civile

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Avec près de 60 morts et 130 blessés dans la seule journée de dimanche 14 mars, la Birmanie est en train de sombrer dans une guerre intérieure qui touche tout le pays. Les intérêts chinois ont été ciblés par la résistance clandestine qui s’organise.

La situation se dégrade à grande vitesse en Birmanie. Meurtres, persécutions, disparitions forcées et tortures ont fait à ce jour plus de 120 morts et des centaines de blessés depuis le putsch militaire, le 1er février. Dans la seule journée de dimanche 14 mars, les hôpitaux ont enregistré au moins 59 morts et plus de 130 blessés.

Les manifestations pacifiques laissent de plus en plus la place à de violents affrontements directs entre manifestants et forces de l’ordre. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU n’hésite plus à parler de probables « crimes contre l’humanité », commis par l’armée.

Les intérêts chinois visés par la contestation birmane

L’escalade de la violence a pris une nouvelle dimension dimanche avec les destructions et les incendies d’une trentaine d’usines (principalement textiles) gérées par des Chinois dans la banlieue de Rangoun. « On ne sait pas vraiment qui sont les responsables, explique Maung Maung, journaliste de 17 ans contacté dans la capitale économique du pays, mais le sentiment anti-chinois n’a cessé de grandir ici car tout le monde est convaincu que Pékin soutient les militaires terroristes ». On est bien loin aujourd’hui des manifestations pacifiques des premières semaines.

Sourde aux condamnations internationales et aux appels de l’ONU à « la désescalade », la junte militaire réprime dans le sang une population qui ne « désobéit » plus mais qui est entrée en « résistance » active. Le vice-président du Comité pour représenter l’Assemblée de l’Union (CPRH), le « Parlement fantôme » entré en clandestinité, a lancé un appel vibrant à la résistance contre cette « dictature injuste » : « Il faut que le soulèvement l’emporte ». Ses moyens de défense sont encore modestes mais avec plusieurs armées ethniques (Shan, Karen, Kachin) très bien équipées et en lutte contre l’armée depuis des décennies, de nouveaux conflits ethniques sont possibles. « Des armes seraient en route pour Rangoun », révèle une source très bien informée en Birmanie.

La Chine pourrait sécuriser elle-même ses intérêts locaux

« Si la situation ne se stabilise pas rapidement, ajoute encore cet informateur, nous risquons de voir la Chine intervenir militairement pour sécuriser le pipeline et le gazoduc qui l’alimente ( « Shwe Gas » NLDR), devenant ainsi un des « points chauds » du conflit. » Entraînée dans ces violences birmanes à cause de ses investissements stratégiques, la Chine va devoir choisir entre le soutien inconditionnel à la junte et la protection de ses investissements. Après les incendies de ses usines dimanche, Pékin « suit de près la situation » et a appelé à la plus grande prudence ses compatriotes (plusieurs milliers). Elle a aussi appelé les militaires birmans à assurer « la sécurité des Chinois », sans annoncer, pour le moment, une opération d’évacuation de ses ressortissants.

« La Birmanie est en train de devenir la Syrie de l’Asie du Sud-Est, n’hésite pas à écrire sur son compte Twitter l’opposant Maung Zarni, en exil depuis des années à Londres, avec la Chine jouant localement le rôle de la Russie en Syrie ». Pour le moment les militaires birmans semblent encore contrôler la situation en réprimant aveuglément, mais le chaos birman inquiète de plus en plus les pays voisins car il pourrait déstabiliser toute la région.

Par Dorian Malovic – La Croix – 15 mars 2021

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