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Birmanie : les femmes en première ligne

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En Birmanie, les manifestations se poursuivent et la répression est de plus en plus violente. Comme les hommes, les femmes n’ont pas peur de manifester chaque jour contre la junte qui a renversé le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi le 1er février 2021. Que ce soit au sein des cortèges ou lors des confrontations directes avec les forces de sécurité, elles affirment qu’elles se battront jusqu’au bout pour la démocratie.

Les Birmanes ont fait parler d’elles lors de la Journée internationale des droits des femmes, grâce à la « révolution du longyi », ces longues jupes traditionnelles qu’elles avaient accrochées un peu partout dans les rues, notamment celles de Rangoun, pour empêcher les soldats de les atteindre. « Il y a une superstition très profondément ancrée liée aux femmes, » explique Nway Mon Mon Eaint, une manifestante de 19 ans de Rangoun : « Les militaires, soldats et officiers de police n’osent pas toucher les habits des femmes, leurs sous-vêtements ou les longyi, à mains nues, car ils pensent que cela va réduire leur pouvoir spirituel, leur virilité. »

Nway souligne qu’il s’agit d’une vieille idée misogyne, mais qu’elle présente un avantage énorme pour les Birmanes : « Ça nous permet de gagner contre eux, de les contrer, c’est pour ça qu’on l’a fait. » Cette superstition est d’ailleurs prise très au sérieux par l’armée, puisque les militaires ont réagi immédiatement : « Le SAC, le State Administrative Council, a interdit cette pratique dès le lendemain du “moment fort”, la journée du 8 mars : ils ont fait un arrêté pour interdire d’accrocher les htamein, dans les rues de Rangoun notamment, sous peine de condamnations », explique Chloé Baills, doctorante en sociologie politique à l’École Pratique des hautes études.

Du coup les femmes ont changé de tactiques, et le htamein se transforme dorénavant en étendards et en drapeaux : « Il y a beaucoup de drapeaux dans les cortèges qui sont faits à partir de htamein, c’est plutôt un signe que les femmes veulent montrer qu’elles ont du pouvoir aujourd’hui en Birmanie. »

Une révolution sociale

Non seulement les femmes ont du pouvoir, mais elles ne comptent surtout pas le lâcher, insiste Chloé Baills : « On peut l’expliquer par le fait qu’il ne s’agit pas que d’une simple révolution politique, c’est aussi une révolution sociale. »

La doctorante explique que les femmes auraient beaucoup à perdre aujourd’hui si le gouvernement militaire s’installait dans la durée : « La transition politique a véritablement transformé leur manière d’être au monde, de travailler. Il y a beaucoup plus de liberté pour tout le monde, mais aussi pour les femmes dans une société extrêmement patriarcale, et qui leur est extrêmement fermée. »

Une des figures très respectées aujourd’hui, ce sont les femmes de 40-50 ans, explique Nway Mon Mon Eaint : elles sont vues comme des mères, pour tous. Et en tant que telles, elles prennent davantage de responsabilités : « Le soir et la nuit, dans nos quartiers, devant chez moi, tous les jours, on monte la garde dans les rues, et ce sont toujours des femmes ! », remarque la jeune fille de 19 ans : « Les premières à être dehors pour protéger les gens, pour s’assurer que tout va bien, ce sont des femmes de quarante-cinquante ans. Elles s’arment comme elles peuvent, et elles montent la garde. Beaucoup de femmes s’y sont mises, en plus d’aller aux manifestations. Elles sont vraiment courageuses. »

Une armée redoutable

Courageuses, surtout lorsque l’on sait de quoi est capable l’armée, souligne Chloé Baills : « Les femmes, comme les hommes, sont vraiment dans un esprit de sacrifice extrêmement fort pour leur pays, et elles se sentent aujourd’hui comme des héroïnes à se battre pour leur pays. Il y a vraiment un côté “peu importe”, finalement, les violences qu’elles pourraient endurer : coûte que coûte elles grossissent les rangs des manifestants et des résistants et c’est stupéfiant et époustouflant de courage de leur part. »

La doctorante explique que les Birmans sont aujourd’hui très informés et redoutent donc de subir les mêmes atrocités que lors des conflits ethniques. Le viol, notamment, est une arme de guerre contre les femmes, comme l’avait démontré l’ONG Human Rights Watch lors du conflit contre les Rohingyas.

Les manifestantes, à Rangoun et Mandalay notamment, que RFI a pu joindre expliquent, sous couvert d’anonymat, que la plupart d’entre elles prennent des pilules contraceptives avant d’aller dans la rue, par mesure de précaution, car « l’armée est capable de tout, les militaires sont contre tout le peuple aujourd’hui, pas seulement les minorités. »

Pour Chloé Baills, cela montre aussi que le discours est en train de changer. « On est passé d’un mouvement de résistance très “bigarré” à quelque chose qui malheureusement aujourd’hui s’approche de la guerre civile. » 

Par Clea Broadhurst – Radio France Internationale – 21 mars 2021

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