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Au nom de l’opposition, Sam Rainsy dénonce la succession au sein du clan Hun Sen

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Selon l’opposant en exil Sam Rainsy, la chute du président égyptien Hosni Mubarak en 2011 après sa tentative de transférer le pouvoir à son fils doit hanter les pensées du Premier Ministre cambodgien Hun Sen qui s’apprête à faire la même chose pour son propre fils.

Le projet de transfert familial avait déplu à “l’establishment” militaire égyptien qui décida de laisser la population manifester contre Mubarak, sans intervenir. Utilisant une pression populaire jusqu’ici jamais vue, les militaires ont finalement forcé Mubarak à transférer le pouvoir au Conseil Suprême des Forces Armées et le jusqu’ici tout-puissant “Rais” — qui avait tenu l’Égypte d’une main de fer pendant trente ans — fut jugé pour ses crimes passés.

“On pouvait presque entendre les officiers de l’armée faire leurs calculs”, rappelle un diplomate américain qui avait participé aux discussions avec les dirigeants militaires égyptiens pendant les manifestations. “Veulent-ils rester avec un dirigeant âgé et malade, auquel succèdera très probablement son propre fils, à qui les militaires n’accordent aucune confiance?” (1)

Se cramponner au pouvoir par la guerre politique

Au Cambodge, après des manifestations d’une ampleur sans précédent contre le régime de Hun Sen tout au long de l’année 2013, l’armée a finalement tiré sur la foule, faisant de nombreux morts en janvier 2014. Sans cette violente intervention de l’armée pour briser le soulèvement populaire, Hun Sen aurait déjà perdu le pouvoir.

Pour continuer à rester au pouvoir, Hun Sen doit continuellement brandir la menace d’une intervention militaire pour faire savoir que toute tentative d’établir un “People Power” serait écrasée dans le sang. En fait, Hun Sen n’a jamais réussi à se maintenir au pouvoir qu’en exacerbant des tensions politiques et sociales qui lui permettent de se positionner en chef de guerre ayant le droit de supprimer arbitrairement toute voix dissidente. La paix ne convient pas à ce dictateur parce que la paix suppose la liberté, le dialogue et des élections libres, élections que Hun Sen sait qu’il perdrait à cause du désir de plus en plus ardent de la population pour un changement démocratique.

Guerre et répression politique

La guerre et la répression politiques conviennent mieux à Hun Sen car elles lui permettent d’éliminer brutalement et facilement ses rivaux actuels ou potentiels, qu’ils soient à l’intérieur du parti au pouvoir, le Parti du Peuple Cambodgien (PPC), ou du parti d’opposition, le Parti du Salut National du Cambodge (PSN). Beaucoup de ses menaces visent particulièrement des rivaux à l’intérieur du PPC, qui seront accusés de “trahison” s’ils ne soutiennent pas la guerre permanente contre le PSN.

Contradictions dans la stratégie de Hun Sen

La stratégie de Hun Sen vise d’abord à gagner du temps pour figer la situation à son profit, mais cela amène à reporter sans cesse le transfert du pouvoir à son héritier désigné, son fils aîné Hun Manet, puisque toute transition en douceur comportant un risque minimal pour la famille de perdre le pouvoir, exige un environnement paisible, incompatible avec ce besoin de guerre politique qui permet à Hun Sen de rester au pouvoir à l’instant présent. Pour les autres personnalités puissantes du PPC, continuer à soutenir Hun Sen devient une position risquée et il est impossible de savoir ce que sera leur sort.

Le régime de Hun Sen a toujours reposé sur son autorité personnelle, plutôt qu’à travers un contrôle strict et direct sur des institutions comme le parti ou l’armée. Mais sa popularité diminue rapidement ainsi que le montrent les progrès de l’opposition démocratique. Le fait que le même homme soit resté au pouvoir pendant 36 ans est devenu sujet à controverse même dans son propre parti. Pourtant, l’ego de Hun Sen, sa vanité et le désir de s’assurer une impunité absolue pour tous les crimes qu’il a commis durant son règne exceptionnellement long, le poussent à vouloir établir une dynastie politique.

Difficulté de sauter des générations

On peut comprendre que l’idée que Hun Manet, le fils aîné de Hun Sen, puisse prendre la tête des forces armées du Cambodge, soit difficile à accepter pour des dirigeants du PPC de la génération de Hun Sen comme le ministre de l’intérieur et vice-président du parti Sar Kheng, qui a son propre clan. Plusieurs autres dirigeants politiques et militaires expérimentés se verraient ainsi coiffés par le jeune Hun Manet.

Pour faire de la place pour Hun Manet, il faut démettre des dirigeants militaires dans les plus hautes sphères de la hiérarchie. Hun Manet qui a été bombardé au rang de général trois étoiles, ne pouvait pas être d’un rang égal ou inférieur à d’autres. C’est pourquoi Hun Sen avait ébauché le plan de dégrader les généraux à quatre étoiles à trois étoiles, les trois étoiles à deux étoiles et ainsi de suite. Mais se rendant compte à la dernière minute qu’il avait commencé à froisser dangereusement les plus haut gradés de l’armée, Hun Sen — avec probablement l’exemple de Mubarak à l’esprit — abandonna finalement le plan. Mais tout le monde a noté que son fils Hun Manet ne semble pas avoir, ni être capable d’acquérir, l’autorité nécessaire pour commander l’armée et le parti uniquement sur la base de son lien de parenté avec le père. Aussi tentant que cela puisse être, il y a une impossibilité évidente d’importer tout simplement le modèle nord-coréen au Cambodge.

L’idée d’essayer de cacher une succession familiale en transférant le pouvoir à quelqu’un d’extérieur à la famille dans un premier temps, ne tromperait personne. Il y a eu des spéculations — que Hun Sen a encouragées — selon lesquelles le ministre des finances Aun Pornmoniroth pourrait être un candidat à la succession. Selon les calculs de Hun Sen, cela serait peut-être une façon moins dangereuse et plus viable de garder le pouvoir dans la famille si Aun Pornmoniroth passe les rênes à Hun Manet après un intervalle de temps qu’on mettra à profit pour préparer les esprits .

L’impasse de la succession

Le fait qu’un tel scénario soit considéré montre combien la position de Hun Sen s’est affaiblie et combien ses options se sont rétrécies au cours de ces 12 derniers mois. Une telle stratégie augmenterait gravement le risque que le processus de succession échappe au contrôle de la famille Hun. Le temps travaille contre Hun Sen. En affirmant le mois dernier qu’il resterait indéfiniment au pouvoir (2), il a tout simplement révélé qu’il n’avait pas de solution pour sortir de l’impasse de sa succession.

Au fond de lui-même, Hun Sen peut être réaliste et il craint à juste titre que, dans la situation tendue qu’il a lui-même créée, son fils sans expérience ne soit pas compétent pour lui succéder car il n’a pas la personnalité dominante ni l’autorité ni le charisme de son père. La légitimité de Hun Manet n’existe que dans le désir de Hun Sen. Aucun chemin vers la paix et la stabilité pour le Cambodge ne passe par un processus de succession familiale aussi archaïque, quel que soit son déguisement. Car il n’y a qu’une seule façon de choisir qui devrait diriger notre pays: c’est par des élections libres et équitables avec la pleine participation de l’opposition.

Par Sam Rainsy – Gavroche-thailande.com – 5 avril 2021

(1) Seiki Tanaka, “Aging gracefully? Why old autocrats hold competitive elections”, Asian Journal of Comparative Politics, 2017. https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/2057891117728129

(2) Voice of America (VOA), “In Another Flip, Hun Sen Now Says He Will Rule Indefinitely.” https://www.voacambodia.com/a/in-another-flip-hun-sen-now-says-he-will-rule-indefinitely/5801808.html

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