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Birmanie : «Il est clair qu’une catastrophe sanitaire est en train de se produire»

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Lits d’hôpital, personnel médical, bouteilles d’oxygène, vaccins… Rien de tout cela est disponible en nombre suffisant en Birmanie, en proie au chaos depuis le putsch militaire du 1er février dernier. Le rapporteur spécial de l’ONU pour la Birmanie, Tom Andrews, lance un appel à l’aide à la communauté internationale.

Selon des sites d’information birmans, les militaires ont commencé cette semaine à tirer des coups de feu pour disperser des foules espérant acheter de l’oxygène. De nombreux hôpitaux manquent de personnel, car depuis le début des manifestations contre le coup d’État, infirmières et médecins sont en première ligne.

RFI : Le nombre de contaminations au Covid explose avec quelque 5 000 nouveaux cas par jour et un nombre grandissant de décès.

Tom Andrews : Oui, cela ne fait aucun doute. Nous sommes face à une explosion du nombre de contaminations, certainement sous-estimé par ailleurs. Le nombre de décès augmente lui aussi, ce que l’on peut constater dans les morgues à travers le pays. Il est clair qu’une catastrophe sanitaire est en train de se produire en Birmanie.

Qu’est-ce qui manque le plus ? L’oxygène, les vaccins ?

Tout manque. Il n’existe tout simplement pas de structures sanitaires capables de répondre à l’ampleur de la crise. L’une des raisons est que la junte prend le secteur sanitaire pour cible [de sa répression]. Nous avons 240 cas documentés qui prouvent que des soldats ont attaqué des dispensaires et du personnel médical au cours de la semaine dernière.

Nous savons aussi que les Birmans se méfient profondément de la junte et de tout ce qu’elle gère. Donc, même si les militaires fournissent des médicaments et des vaccins, les gens n’accepteront pas cette aide, car ils n’ont aucune confiance dans la junte.

Par ailleurs, la situation est particulièrement grave dans les prisons où nombre de dissidents politiques sont détenus arbitrairement depuis le coup d’État. Dans ces conditions sanitaires, la détention revient à une condamnation à mort pour nombre de dirigeants politiques.

Le personnel médical a été en première ligne depuis le début des manifestations. Pouvez-vous nous dire si la grève dans le secteur médical continue à ce jour ?

Oui, le mouvement continue. Des infirmières, des médecins et d’autres personnels de santé sont toujours en première ligne du mouvement pour la désobéissance civile. Nous savons qu’ils ont établi, ou au moins tenté d’établir des structures privées grâce à l’aide d’organisations caritatives afin de fournir une aide d’urgence. Mais dès que les militaires découvrent de telles structures, ils les attaquent et ils arrêtent le personnel. La junte fait tout pour miner le système de santé, et en le faisant, ils ont totalement perdu toute confiance que les Birmans pouvaient avoir dans leur système sanitaire. La situation est très, très difficile.

Vous appelez la communauté internationale à garantir une aide qui ne dépendra pas de la bonne volonté de la junte. À quoi pensez-vous concrètement ?

Avant tout, la junte doit accepter d’ouvrir ses frontières à des organisations internationales non gouvernementales pour qu’elles puissent fournir des vaccins et toute sorte d’aide d’urgence dont la population a besoin. Les ONG, les gouvernements nationaux, les Nations unies et donc l’Organisation mondiale de la santé (OMS) doivent travailler de concert pour fournir des soins appropriés à la population birmane. Sans cette aide internationale, qui ne doit pas dépendre de la bonne volonté du régime militaire et à laquelle le peuple birman peut faire confiance, je crains que la situation soit hors de contrôle dans peu de temps, encore plus qu’elle ne l’est déjà actuellement.

Peu avant le coup d’État, le Fonds monétaire international (FMI) avait accordé une aide spéciale pour répondre à la crise sanitaire. Sait-on comment cet argent a été utilisé par la junte ?

Nous ne le savons pas. En effet, 350 millions de dollars ont été accordés à la Birmanie pour gérer la crise Covid. Mais la junte, selon mes informations, n’a pas rendu des comptes sur l’utilisation de ces fonds. D’ailleurs, je soupçonne les militaires d’avoir dépensé cet argent autrement que pour l’objectif initial.

Par Heike Schmidt – Radio France Internationale – 15 juillet 2021

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