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La Chine vient en aide à la Birmanie pour vacciner contre la Covid-19

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Alors la population de Birmanie souffre sous une troisième vague de Covid-19 destructrice, la Chine avance ses pions dans une savante diplomatie du vaccin là où les pays occidentaux multiplient atermoiements, absence d’action concrète et larmes de crocodile.

Un don de quelque 700 000 doses de vaccins Sinopharm acheminés par avion est ainsi arrivé à l’aéroport de Yangon jeudi 22 juillet et Pékin s’apprête à livrer cette semaine ou la prochaine plusieurs centaines de milliers de doses supplémentaires et le don total s’élèvera à deux millions de doses de vaccin en trois versements, avec quatre autres millions de doses achetées qui devraient arriver en août. Sinopharm est officiellement approuvé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et son efficacité est d’environ 80%. Outre la Chine, le nouveau gouvernement a aussi acheté des vaccins à la Russie.

Selon le quotidien d’État Global New Light of Myanmar, le nouveau ministre de la Santé et des Sports, Thet Khaing Win, a déclaré que la priorité sera de vacciner les personnes vivant près de la frontière avec la Chine afin de garantir la fluidité des échanges commerciaux dans la région. Une justification qui vaut ce qu’elle vaut et qui traduit bien l’influence grandissante de Pékin sur les décisions de Nay Pyi Taw. Car évidemment, pour les Chinois l’objectif numéro Un d’une campagne de vaccination en Birmanie n’est pas de protéger les Birmans mais les habitants du Yunnan, la province chinoise frontalière, afin de limiter en dernier ressort une contagion de toute la Chine.

Le nombre de morts de la Covid-19 a doublé en trois semaines

Avec cette simplicité que donne le vrai pouvoir, l’ambassadeur de Chine en Birmanie n’a d’ailleurs pas fait mystère de ce calcul. La page Facebook de l’ambassade reconnaît clairement la pression exercée sur les autorités birmane pour contenir les infections dans le Yunnan. « Actuellement, le nombre de patients nouvellement infectés augmente à la frontière entre la Chine et le Myanmar » déplore ainsi l’ambassadeur, qui ajoute que « qu’il pense que les deux pays seront en mesure de coopérer efficacement en matière de prévention et de contrôle du virus à la frontière ».

Hier à 20h, la Birmanie comptait plus de 270 000 cas officiels de Covid-19, dont 7507 morts et 189 729 guérisons tout aussi officiels. Lors des trois dernières semaines, le nombre de morts depuis mars et le début de l’épidémie dans le pays a plus que doublé, indicateur macabre que la maladie est pour l’instant hors de contrôle. Et les soignants, les volontaires, les services funéraires affirment tous que le bilan réel est bien plus lourd, en particulier à cause du grand nombre de nouveaux cas à la frontière chinoise. A Lashio, par exemple, sur la route principale vers le Yunnan, une centaine de morts en quelques semaines sont à déplorer.

Des mouvements ethniques combattants lancent leur propre programme de vaccination

Une situation sanitaire qui explique le pragmatisme chinois : les mouvements ethniques combattants qui opèrent tout le long de la frontière ont eux aussi reçu des doses de vaccins lorsqu’ils en ont fait la demande à Pékin. Y compris ceux qui sont en lutte ouverte contre Nay Pyi Taw, à l’instar de l’Armée pour l’indépendance Kachin (KIA), qui mène une insurrection depuis des décennies et a activement repris les combats pour profiter du coup de force militaire du 1er février dernier. Le colonel Naw Bu, porte-parole de la KIA, a ainsi déclaré que son organisation « a demandé l’aide de la Chine et nous avons reçu 10 000 doses de vaccin des autorités du Yunnan », sans préciser quel vaccin ni quand le premier lot était arrivé.

Un peu plus au sud, le Parti du progrès de l’État Shan (SSPP), la branche politique de l’Armée de l’État Shan-Nord (SSA-N), qui combat sporadiquement l’armée régulière birmane mais aussi d’autres mouvements ethniques combattants rivaux, a lui aussi lancé son programme de vaccination, toujours avec des produits chinois. « Plus de 2 000 personnes près de notre siège ont été vaccinées », affirme le Major Sai Phone Han, l’un des porte-paroles de la SSPP. Et il ajoute que le parti « prévoit de vacciner gratuitement quelque 500 000 personnes dans notre région », soit les circonscriptions de Kyethi, Mongyai, Tangyan et Hsipaw, où le mouvement est actif.

Les paroles de l’ONU contre les actes de Pékin

Evidemment, Pékin n’a rien d’un bienfaiteur désintéressé et sa diplomatie du vaccin lui donne désormais une place centrale incontournable dans les négociations inévitables qui s’ouvriront tôt ou tard entre Nay Pyi Taw et les mouvements ethniques. En outre, en acceptant dans l’urgence ces vaccins, Nay Pyi Taw entérine de fait son statut de débiteur satellite du « grand frère chinois » renforçant une relation contraignante dans laquelle les autorités birmanes perdent progressivement leur marge de manœuvre… et auront bien du mal à la retrouver, quels que soient les dirigeants à venir.

De leur côté, les Nations unies viennent d’annoncer qu’elles intensifiaient leurs efforts pour lutter contre un « pic alarmant » de cas de Covid-19 en Birmanie et que le pays devrait pouvoir bénéficier cette année du système Covax mis en place en 2020 sous l’égide de l’OMS et de l’Alliance globale pour les vaccins et l’immunisation (Gavi), qui vise à fournir des vaccins contre la Covid-19 à tous les pays, quel que soit leur niveau de revenu. D’ici fin 2021, le dispositif Covax ambitionne ainsi de vacciner au moins 20% de la population de chaque pays participant. De belles paroles sans réalité concrète en Birmanie à ce jour.

Lepetitjournal.com – 26 juillet 2021

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