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Pourquoi la crise birmane a disparu dans les médias français ?

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Notre ami et collaborateur Yves Carmona, ancien Ambassadeur de France au Népal et au Laos, suit de près l’actualité de l’Asie du Sud-Est dans les médias français. Il s’étonne dans cette chronique de la disparition de la crise birmane à la « Une ».

Une chronique d’Yves Carmona, ancien Ambassadeur de France au Népal et au Laos

Il s’est passé quelque chose en Birmanie ? Les médias français n’en parlent quasiment plus car il leur est interdit d’y aller pour rapporter ce qui s’y passe. Salai Ming, qui vit la répression birmane de l’intérieur depuis Rangoun, s’interroge dans Asialyst – un site souvent recommandé par Gavroche –  sur l’utilité de continuer de publier sur la Birmanie en France, au vu de l’indifférence des responsables français et européens à la crise démocratique dans le pays.

Or ce qui s’y passe est tragique.

Rappelons que le nombre de morts de la répression ne cesse d’augmenter, plus de 1000 selon l’opposition au régime qui, lui, préfère ne pas trop en parler.

Aung San Suu Kyi (ASSK), qui reste l’âme de la résistance, est en procès, assignée à nouveau à résidence à 76 ans. On ne sait quand le jugement sera rendu.

Mais un autre péril fait encore plus de victimes, c’est la pandémie de Covid qui a officiellement tué près de 18 000 personnes à fin-septembre et sans doute davantage.

Un ami de Rangoun m’écrivait récemment qu’il est allé aux obsèques d’un ami birman victime du manque de soins.

S’ajoutant à la situation politique déjà évoquée – trois jeunes ont été abattus d’une balle dans la tête il y a quelques jours – l’impasse dans laquelle se trouve la Birmanie est patente.

Alors, il y a deux façons d’en sortir : quitter la Birmanie – plusieurs milliers au moins ont tenté de le faire – ou prendre les armes. Les groupes ethniques ont l’habitude, ils n’ont fait que cela depuis la naissance de l’État birman en 1948. Cette fois, ils tentent de rallier à la lutte contre le régime l’opposition politique.

Qu’en penser ?

Il faut d’abord espérer que la junte laissera la vie sauve à ASSK comme elle l’a déjà fait. Ce serait encore plus habile de lui permettre de partir, ce qu’elle n’a jamais voulu.

Il serait mieux de parvenir à un compromis entre la junte et l’opposition mais aussi entre l’ethnie centrale de Birmanie, les Bamars (Myanmar) qui en constituent les 2/3 et les quelques 135 groupes ethniques officiellement recensés. La Birmanie n’a pas connu l’indépendance depuis des siècles puisqu’elle était colonisée par l’Empire britannique depuis le début du XIXème siècle et auparavant le champ clos des puissances voisines.

Il ne faut donc pas s’attendre à ce que les « responsables » français – je ne sais qui sont  les Européens et de quoi ils sont responsables – fassent quoi que ce soit, à part de pousser des cris d’orfraie sur la situation birmane. Les autres Occidentaux ne font d’ailleurs pas mieux. La France n’en a ni les moyens militaires, comme la crise des sous-marins australiens l’a encore montré, ni les moyens diplomatiques, tant que les pays de l’ASEAN ne font rien pour parvenir à un début de règlement de la crise.

La méthode est bien connue et extrêmement difficile : aider à se mettre autour de la table tous ceux qui estiment avoir des raisons d’y participer.

Enfin, c’est une triste banalité : l’ONU se félicite d’une résolution qui n’aura aucun effet et la Chine vend des armes à la Tatmadaw (armée birmane) qui n’en manque pas pour continuer à réprimer ses adversaires.

Par Yves Carmona – Gavroche-thailande.com – 5 octobre 2021

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