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Armer les rebelles birmans, un dilemme pour l’occident ?

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Peut on continuer d’ignorer les appels à l’aide des rebelles birmans opposés à la junte militaire ? La question d’une aide militaire directe peut elle être longtemps évitée ?

Une déclaration du Conseil européen publiée le 31 janvier indiquait : “En priorité, l’UE réitère ses appels à une cessation immédiate de toutes les hostilités, et à la fin de l’usage disproportionné de la force et de l’état d’urgence”. (“Toutes” étant ici le mot clé).

Néanmoins, les groupes anti-junte sont en droit de se demander : si des pays comme la Russie et la Chine s’en sortent en vendant prétendument des armes à l’armée, pourquoi les démocraties occidentales ne peuvent-elles pas armer ceux qui luttent pour restaurer la démocratie et la liberté ? Un argument contre cela est la reconnaissance. Aucune démocratie occidentale n’a officiellement reconnu le gouvernement d’unité nationale (NUG), qui est dans l’ombre, comme le gouvernement légitime de la Birmanie, et aucune n’a reconnu la junte. Dans les instances internationales, y compris les Nations unies, la question a été tacitement reportée. Toutefois, la vente d’armes aux forces de défense populaires (PDF) civiles ou aux organisations armées ethniques (EAO) ne constituerait pas une reconnaissance officielle du NUG et n’obligerait pas les gouvernements occidentaux à le faire.

Le risque d’escalade

L’autre argument est l’escalade. Les démocraties occidentales pourraient dire que toute intervention plus importante de leur part, y compris les ventes d’armes, ne ferait qu’aggraver la violence et compliquerait davantage la crise. C’est loin d’être évident, mais les médias occidentaux considéreraient probablement toute vente d’armes aux rebelles comme une escalade de la violence.

Dans ces conditions, les gouvernements occidentaux estiment que la meilleure solution consiste à rester en dehors et à continuer à faire confiance à l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), qui n’a pourtant aucune expérience de la médiation pour résoudre un problème aussi grave, pour prendre la tête de la résolution du conflit.

Reste la question des sanctions. Les États-Unis et la Grande-Bretagne, par exemple, ont imposé plusieurs séries de sanctions à l’encontre de la Birmanie, la dernière datant de cette semaine. L’Union européenne a imposé trois tranches de sanctions, et je m’attends à ce qu’une autre série soit annoncée dans le courant du mois. Dans tous ces cas, les sanctions ont été appliquées exclusivement aux responsables de la junte et aux entreprises alignées sur l’armée. En d’autres termes, aucun responsable du NUG, PDF ou EAO luttant actuellement contre la junte n’a été sanctionné par une démocratie occidentale.

Qu’est-ce qui empêche les démocraties occidentales de vendre des armes aux groupes rebelles ?

L’UE a décrété son propre embargo sur les armes à destination de la Birmanie, qui est en vigueur depuis les années 1990 et qui empêcherait les gouvernements européens de vendre des armes aux PDF et aux EAO. (Mais l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm a indiqué en juin dernier que l’embargo de l’UE restait en vigueur jusqu’au 30 avril 2022, date à laquelle il devrait vraisemblablement être prolongé, comme c’est le cas chaque année. Le présent chroniqueur n’a pu trouver de références sur les plans de prolongation de l’embargo, ni sur la manière dont ils seront mis en œuvre. Il est donc théoriquement possible qu’un amendement soit apporté pour exempter spécifiquement de l’embargo les groupes qui combattent l’armée.

L’autre considération concerne les pays qui n’ont pas d’embargo sur les armes. Comme il n’existe actuellement aucun embargo international contraignant, ils ne pourraient pas être sanctionnés s’ils vendent des armes aux PDF ou aux EAO qui combattent la junte. Des fabricants ukrainiens auraient vendu des armes à la junte. Mais il ne serait pas incompréhensible que Kiev, si on lui fait pression, commence à vendre des armes aux rebelles (surtout si une invasion russe du pays ne se matérialise jamais et que Kiev se retrouve avec un stock d’armes données par l’Occident).

L’Occident a-t-il trompé le peuple birman ?

Certains commentateurs “réalistes” ont fait valoir assez rapidement après le coup d’État que, puisque l’Occident n’allait jamais s’engager sérieusement dans cette crise, il aurait mieux valu que Washington, Bruxelles et Londres se bouchent le nez et acceptent la junte, puis essaient de travailler avec elle sur des concessions limitées. Je n’étais pas d’accord à l’époque, et je le suis encore aujourd’hui.

Il n’en reste pas moins que l’Occident a peut-être joué un certain rôle en donnant aux rebelles un faux sentiment de solidarité. On pourrait faire valoir que le peuple birman aurait continué à se battre quoi qu’ait fait l’Occident, même si aucune mesure n’avait été prise. Après tout, ils ont une longue histoire de lutte solitaire contre les militaires. Pourtant, le refrain sur les médias sociaux et de la part des groupes rebelles appelant à plus d’action de la part de l’Occident indique qu’il y a toujours une certaine attente de l’aide occidentale.

L’armement des rebelles pourrait considérablement aggraver la crise et conduire à un bain de sang encore plus grand. D’autres disent que cela la raccourcirait et ferait pencher le conflit en faveur des anti-junte.

Par François Guilbert – Gavroche-thailande.com – 9 février 2022

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