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La Birmanie au bord de l’effondrement

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Un an après le coup d’État du 1er février 2021, la Birmanie est un État en grande souffrance. Protestation silencieuse dans les rues des principales villes, violences et attaques dans le pays, fragilité économique majeure. Le géopoliticien Jean-Baptiste Noé estime que l’effondrement birman pourrait renforcer l’impérialisme chinois.

Drôle de commémoration un an après le coup d’État de février 2021 qui a remis la junte birmane au centre du pouvoir. Dans les villes et sur les réseaux sociaux, les Birmans se sont livrés à une grève silencieuse pour témoigner de leur protestation. Des drapeaux rouges sur les voitures, des hashtags #redcampaign utilisés sur Twitter, du moins pour ceux qui peuvent y accéder via des réseaux privés, la protestation s’est faite de biais, sans attaque frontale, mais avec la ferme volonté de manifester sa désapprobation. Une grève silencieuse qui a conduit les Birmans des grandes villes à ne pas sortir dans les rues, stoppant l’approvisionnement des marchés et des magasins. Un pays qui tombe dans le silence, pour manifester son opposition à un régime de plus en plus oppressif. Depuis cette démonstration pacifique de février dernier, rien n’a fondamentalement changé en Birmanie. La junte tient toujours et le gouvernement est très loin de l’idée de desserrer l’étau. C’est même l’inverse qui se produit avec la sortie de la zone dollar. 

Suicide financier ? 

Le gouvernement a décidé d’interdire la population de posséder des devises étrangères, visant tout particulièrement le dollar. Le 3 avril, la Banque centrale de Birmanie a publié une directive exigeant que tous les citoyens changent leurs avoirs étrangers en monnaie locale et transfèrent en Birmanie leurs fonds situés à l’étranger, dans des banques agréées par l’État. Un transfert forcé qui se fait à un taux très avantageux pour l’État : alors que la parité est de 2 015 kyats pour un dollar, les sommes transférées sont achetées au taux de 1 850 kyats pour un dollar. Une façon de spolier les épargnants et ceux qui font du commerce en captant leurs devises et en leur soutirant au passage une quote-part substantielle. 

La restriction des devises étrangères coupe la Birmanie du système financier mondial.

Le pays subit des sanctions économiques imposées par l’Occident à la suite du coup d’État, sanctions qui visent les hauts gradés de l’armée et leurs familiers, sans que l’efficacité de celles-ci soit démontrée. Plusieurs pays ont réagi de façon négative à l’annonce de cette interdiction de l’usage des monnaies étrangères. Le Japon en premier, dès le 4 avril, par l’intermédiaire de son ambassadeur en Birmanie. Puis ont suivi Singapour et plusieurs chambres de commerce, dont celle des entreprises françaises et britanniques. La restriction des devises étrangères coupe en effet la Birmanie du système financier mondial. Cette décision serait donc beaucoup plus douloureuse que les sanctions économiques de l’Occident, car elle empêcherait les entreprises étrangères de commercer avec la Birmanie. Pour beaucoup d’observateurs, cela s’apparente à un suicide économique. 

Besoins de financement

Si cette décision semble démesurée, elle est aussi la conséquence d’un grave manque de devises. La junte a quasiment épuisé ses réserves, la dette birmane est forte et elle a beaucoup de mal à emprunter sur les marchés mondiaux. Capter les devises étrangères de ses citoyens est une forme désespérée d’impôt lui permettant, espère-t-elle, de trouver l’oxygène nécessaire à sa survie. C’est aussi une façon d’étouffer les dons et les aides étrangères qui arrivent vers des associations et des fondations s’opposant au gouvernement actuel. 

La sortie du dollar pourrait faire entrer la Birmanie dans la zone monétaire du yuan et donc accroître l’impérialisme financier de Pékin dans la zone asiatique.

Selon divers organismes internationaux, le pays est au bord de l’effondrement. L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que le chômage est en pleine croissance du fait de la destruction des secteurs de l’habillement et du tourisme, grands pourvoyeurs d’emplois et de devises. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a quant à lui estimé, dans un rapport de décembre 2021, que la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté (soit 25 millions de personnes). Le tourisme reste l’activité internationale principale de la Birmanie, or celui-ci s’effectue en dollar. L’interdiction de la monnaie américaine signe à terme l’éradication de cette activité économique.

La junte estime qu’elle sera toujours soutenue par la Chine, politiquement et économiquement, et qu’elle peut donc se passer du dollar et du marché mondial. C’est probablement le cas, à ceci près que Pékin ne pourra pas soutenir indéfiniment tous les États défaillants d’Asie. En revanche, la sortie du dollar pourrait faire entrer la Birmanie dans la zone monétaire du yuan et donc accroître l’impérialisme financier de Pékin dans la zone asiatique. Et si cette défaite de la Birmanie signait une nouvelle victoire de la Chine ?

Par Jean-Baptiste Noé – Aleteia – 28 avril 2022

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