Le Cambodge défend son système éducatif
Le ministère de l’Éducation du Cambodge rejette le classement de son système éducatif par la World Population Review, jugé non scientifique, et défend ses réformes et les résultats du pays.
Le ministère de l’Éducation cambodgien a fermement rejeté un classement publié par le World Population Review (WPR), qui place le pays au 120e rang mondial parmi plus de 200 nations. Selon le ministère, ce classement ne repose sur aucune base scientifique solide et se fonde uniquement sur des enquêtes d’opinion publique.
Dans un communiqué, le ministère a qualifié cette évaluation d’inacceptable et a souligné l’absence de preuves scientifiques pour comparer les systèmes éducatifs des différents pays. Il a précisé que le classement du WPR se basait sur une enquête menée dans 78 pays, une méthode rejetée par des groupes d’experts de certains pays.
Le classement : des critères discutables
Le classement du WPR repose sur le rapport annuel « Best Countries », élaboré par le magazine américain US News & World Report, le groupe BAV et l’école Wharton de l’Université de Pennsylvanie.
Le rapport « Best Countries » est basé sur une méthodologie qui combine les résultats de sondages menés à l’échelle internationale avec des données objectives. Chaque année, l’enquête sollicite des milliers de personnes à travers le monde, leur demandant de juger la réputation des pays selon différents critères, tels que l’impact économique, l’innovation, la qualité de vie, et la gestion des affaires publiques, y compris l’éducation. Les réponses sont collectées dans 78 pays, et ces perceptions sont ensuite analysées pour établir le classement global.
En parallèle, selon WPR, les données quantitatives sont utilisées pour compléter les résultats des sondages. Cela permet de créer une évaluation qui tente de refléter non seulement l’opinion publique sur les systèmes éducatifs, mais aussi des mesures plus objectives. Toutefois, cette méthodologie a été critiquée pour son biais de perception, car elle repose fortement sur les avis subjectifs des sondés plutôt que sur des évaluations directement mesurées des systèmes éducatifs.
En effet le ministère cambodgien a remis en question la validité scientifique de ces critères, pointant plusieurs incohérences dans le classement.
Des comparaisons contestées
Le ministère a souligné des incohérences, telles que le classement du Timor-Est au-dessus de la Malaisie, alors que le Timor-Est fait face à des défis politiques, sécuritaires et économiques majeurs et n’a pas participé au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Ce programme, qui évalue les performances des élèves de 15 ans en mathématiques, lecture et sciences, a vu la Malaisie obtenir des résultats bien supérieurs à de nombreux pays d’Asie du Sud-Est.
Entre 2017 et 2022, le nombre d’élèves cambodgiens éligibles pour participer au PISA a augmenté. En 2022, 5.279 élèves issus de 183 écoles ont passé les épreuves, représentant 36 % de la population cambodgienne de 15 ans.
Critiques sur le classement de Laos et de Timor-Est
Le ministère a également critiqué le classement qui place le système éducatif du Laos au-dessus de celui de la Thaïlande, alors que le Laos, à l’instar du Timor-Est, n’a pas participé à l’évaluation PISA. Dans ce classement, le Timor-Est est classé 69e, le Laos 102e et la Thaïlande 107e.
D’autres pays de l’ASEAN sont également classés, avec Singapour en 11e position, Brunei en 47e, le Vietnam en 53e, les Philippines en 71e, l’Indonésie en 76e, la Malaisie en 89e et le Myanmar en 109e.
Le ministère cambodgien a estimé que l’éducation générale et supérieure du Laos et du Timor-Est ne pouvait pas être jugée meilleure que celle du Cambodge ou de la Thaïlande.
Des investissements et des progrès réels dans l’éducation cambodgienne
Le ministère de l’Éducation a également mis en avant les progrès réels réalisés par le Cambodge. En 2022, le taux d’alphabétisation du pays atteignait 84 %, et le taux de scolarisation dans le primaire a progressé, passant de 98,2 % en 2013-2014 à 99,6 % en 2023-2024, malgré les difficultés liées à la pandémie de COVID-19.
Le taux de scolarisation au niveau du secondaire inférieur a également augmenté, passant de 55,1 % en 2013-2014 à 75,2 % en 2024-2025, tandis que l’enseignement secondaire supérieur a grimpé de 26 % à 44,3 % pendant la même période. De plus, la proportion d’étudiants dans l’enseignement supérieur a presque doublé, passant de 9,9 % en 2013 à 19,1 % en 2024.
Au cours de la dernière décennie, le Cambodge a consacré en moyenne 2,6 % de son PIB à l’éducation, soit 17,2 % des dépenses publiques nationales. En 2024, le budget consacré à l’éducation représente toujours 2,6 % du PIB, un pourcentage supérieur à celui du Laos (1,2 %) et du Myanmar (2 %).
Un appel à des critères plus rigoureux
Le ministère cambodgien a conclu que toute évaluation scientifique valable du système éducatif devrait prendre en compte plusieurs facteurs, tels que les taux de scolarisation, les résultats d’apprentissage, la qualité de l’enseignement et des programmes, l’infrastructure, les investissements publics et la participation aux évaluations internationales. Il appelle ainsi à des critères plus rigoureux et représentatifs pour juger du véritable état de l’éducation dans chaque pays.
Par Teng Yalirozy – Cambodianess / Lepetitjournal.com – 1er avril 2025
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