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Birmanie : journée de vote sans affluence pour des élections contestées

Les bureaux ont fermé après une journée de vote en Birmanie, ou plutôt dans une partie du pays en pleine guerre civile. La junte au pouvoir organise des élections dans les zones qu’elle contrôle. Opposition interdite ou emprisonnée, vote sous contrainte : les critiques pleuvent autour de ce scrutin qualifié de « mascarade » par de nombreux observateurs. Mais la première des trois phases de vote, qui doivent se terminer fin janvier, s’est déroulé ce dimanche 28 décembre.

Certains bureaux étaient tout simplement déserts ce dimanche, d’autres visités par seulement plusieurs dizaines de personnes, a constaté notre envoyé spécial à Rangoun, Nicolas Rocca. Certains disaient venir par devoir civique, d’autres pour lancer un processus de paix. Mais les quelques électeurs qui se sont déplacés le reconnaissent eux-mêmes : on est très loin de l’affluence de 2015 et 2020.

Dans les rues, une forte présence de militaire, de policiers et quelques checkpoints. Il faut dire qu’il s’agit d’un scrutin sous tension, avec beaucoup plus de militaires dans les rues et des checkpoints aléatoires. Les groupes rebelles avaient promis de perturber le scrutin. Samedi, deux bombes ont explosé dans une région proche de la Thaïlande. Mais le contrôle était strict autour des bureaux de votes.

L’opposition est également muselée : 40 partis ont été dissous, dont celui de la principale opposante Aung San Suu Kyi, qui avait remporté les dernières élections. À l’image de près de 22 000 opposants politiques, elle est derrière les barreaux. Le bureau birman des Nations unies a fustigé ce scrutin, assurant dans un communiqué qu’il « est essentiel que l’avenir de la Birmanie soit déterminé par un processus libre, équitable, inclusif et crédible, qui reflète la volonté de son peuple ». Un contexte qui ne semble pas avoir poussé les Birmans à se déplacer ce dimanche.

Quant à la date des résultats, là aussi le flou règne. Dans un bureau de vote où RFI s’est rendu pour le décompte des voix, la situation était opaque : un mélange de votes électronique et de votes anticipés par papier. Vote anticipé auquel ni les partis politiques ni les journalistes n’ont été convié. Et dans ce bureau de vote, le parti en tête était celui affilié à l’armée. Si l’on pourrait connaître des résultats ce lundi, il faudra attendre la dernière phase le 25 janvier pour avoir une idée d’ensemble.

« Donner l’impression que ces élections sont valides et légitimes »

La junte a souhaité organiser les élections maintenant, car elle gagne du terrain, notamment grâce à son allié, la Chine, qui voit d’un bon œil la tenue d’un scrutin. L’objectif est d’offrir un semblant de légitimité au général Min Aun Hlaing, commandant en chef et dirigeant de fait du pays. « Nous assurons qu’il s’agit d’une élection libre et équitable. Sa réputation n’est pas ternie par le fait qu’elle soit organisée par l’armée », a-t-il affirmé après avoir voté dans la capitale du pays, Naypyidaw.

La junte espère donc organiser l’élection dans un maximum de circonscriptions et, dans le pays, elle tente depuis plusieurs mois de conquérir davantage de terrain. « La junte a intensifié les attaques dans les zones contestées. Depuis le coup d’État, une résistance armée s’est constituée à travers tout le pays. L’armée birmane ne contrôle pas toutes les zones. Et pour cette première phase des élections ce dimanche, la junte ne pourra organiser le scrutin que dans une centaine de municipalités sur 330 en tout. Cela signifie que les militaires essayent de reprendre sous leur contrôle d’autres portions du territoire pour donner l’impression que ces élections sont valides et légitimes », explique Joe Freeman, chercheur sur la Birmanie à Amnesty International.

Et les hommes du général Min Aun Hlaing font cela en augmentant le nombre d’opérations, de frappes et de bombardements, en particulier dans les régions où le matériel électoral doit être acheminé. « Parce que si vous organisez des élections dans seulement un tiers du pays, ces dernières ne seront pas considérées comme valides par la communauté internationale. C’est donc toute l’ironie de la situation : la junte veut que ces législatives soient vues comme légitimes, mais elle multiplie dans le même temps les violations des droits humains pour y parvenir », ajoute-t-il.

La première étape s’est donc déroulé donc ce dimanche, avec les grandes aires urbaines qu’elle contrôle. Ensuite, les 11 et 25 janvier viendront les zones contestées où des combats sont en cours et où la tenue du vote sera nettement plus incertaine. En tout cas, seule la moitié du pays pourrait être réellement appelée aux urnes et encore moins à s’exprimer réellement.

Pour empêcher la population de résister à ces élections, la junte a voté en juillet une loi qui empêche littéralement les gens de critiquer ce scrutin. La junte elle-même a annoncé avoir inculpé 229 personnes pour ce qu’elle a qualifié d’actes de sabotage du processus électoral. Nous ignorons si toutes ces personnes ont été interpellées, mais selon nos sources, certaines personnes sont poursuivies pour avoir collé des autocollants anti-élection, ou pour avoir réagi à des publications sur les réseaux sociaux.

Joe Freeman, chercheur à Amnesty International

Radio France Internationale – 28 décembre 2025

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