Tout savoir sur le patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO au Vietnam
À New Delhi en Inde, le 9 décembre 2025, lors de la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. « L’artisanat de la gravure sur bois traditionnelle de Đông Hồ » a été officiellement inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. C’est le 17ᵉ patrimoine culturel immatériel du Vietnam reconnu par l’UNESCO, mais qu’en est-il des 16 autres aujourd’hui ?
« L’artisanat de la gravure sur bois traditionnelle de Đông Hồ » est donc le dernier patrimoine culturel immatériel du Vietnam reconnu par l’UNESCO. Observée dans un village faisant partie de la province de Bắc Ninh. Cette pratique consistant à créer des impressions colorées à l’aide de blocs de bois sculptés traite souvent des thématiques liées au culte, à l’histoire, à la vie quotidienne ou aux paysages lors des impressions. Tout le processus est réalisé à la main étape par étape.
L’artisanat de la gravure sur bois traditionnelle de Đông Hồ est étroitement lié à d’importants festivals, notamment ceux du Nouvel An lunaire et de la Fête de la mi-automne, ainsi qu’à divers rituels en l’honneur des ancêtres et des divinités. Cette tradition est aujourd’hui perpétuée par un petit nombre de familles, qui transmettent leurs connaissances et les compétences correspondantes au sein de leur foyer et aux apprentis.
En plus de cette nouvelle reconnaissance par l’UNESCO, le Vietnam compte déjà 16 autres patrimoines inscrits. Mais, aujourd’hui, quels sont-ils exactement et comment ont-ils évolué depuis leur entrée au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO ?
Le nhã nhạc : musique de la cour de Huê
Le nhã nhạc est la musique de la dynastie des Nguyên. Elle était interprétée durant les grandes cérémonies de la cour, notamment les rituels Nam Giao, Xa Tac, le couronnement, les célébrations de longévité du roi et l’accueil des ambassadeurs.
Il s’agit d’un genre musical royal comportant des paroles raffinées et des danses somptueuses. Elle représentait l’éternité du pouvoir royal et la prospérité dynastique, raison pour laquelle les dynasties monarchiques accordaient une grande importance à cette forme musicale. D’après les annales historiques, cette musique est apparue sous la dynastie des Ly (1010-1225) et s’est développée jusqu’à la dynastie des Nguyên (1802-1945), dernière dynastie de l’ère féodale vietnamienne. Le nhã nhạc des Nguyên a pris le nom de « musique de cour de Huê », cette dynastie ayant établi sa capitale à Huê où elle demeura 143 ans, jusqu’à sa disparition en 1945.
Cet art est inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité mais il a été originellement proclamé en 2003 comme “chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité”.`
Les gongs du Tây Nguyên
L’espace de la culture des gongs du Tây Nguyên couvre cinq provinces des Hauts plateaux du Centre (Tây Nguyên) : Dak Lak, Dak Nông, Gia Lai, Kon Tum et Lâm Dông, et implique les ethnies Ba Na, Co ho, Ê dê, M’nông, Xê Dang, entre autres.
Intimement liés au quotidien des habitants de cette région, les gongs constituent également des outils de communication au sein de la communauté. Ils sont à ce titre perçus comme des instruments sacrés.
Depuis l’inscription de « l’espace de la culture des gongs » le 25 novembre 2005 par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, sa conservation a donné des résultats positifs, particulièrement à Lâm Dông. Cette province concentre ses actions sur la fourniture de gongs, la restauration et la transmission de leurs mélodies traditionnelles dans l’ensemble des maisons de la culture. D’autre part, elle s’efforce de relancer annuellement deux à quatre fêtes traditionnelles afin de préserver l’espace de représentation des gongs.
Le chant populaire de Bac Ninh
Le quan họ (chants alternés) constitue l’un des emblèmes de la culture de la région de Kinh Bac ainsi que du village de Diêm appartenant au hameau de Viêm Xa, commune de Hoà Long, ville de Bac Ninh, province septentrionale du même nom. Ces chants se composent de couplets exécutés en alternance par deux femmes d’un village chantant à l’unisson, auxquelles deux hommes d’un autre village répondent avec des mélodies semblables mais des paroles distinctes. Les femmes arborent traditionnellement de grands chapeaux ronds et des écharpes caractéristiques, tandis que le costume masculin comprend notamment un turban, un parapluie et une tunique. Le quan họ incarne un sommet de la poésie et de la musique folklorique avec environ 400 chansons et 213 mélodies différentes reflétant les traditions du Kinh Bac. Cet art populaire a obtenu la reconnaissance de l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité le 30 septembre 2009.
Le chant ca trù
Le ca trù est une forme élaborée de poésie chantée présente dans le Nord du Vietnam et utilisant des textes écrits selon les formes poétiques vietnamiennes traditionnelles. Les ensembles de ca trù comptent trois personnes : une chanteuse employant des techniques respiratoires et le vibrato pour créer des ornementations sonores uniques, tout en utilisant des claquettes ou en frappant sur une boîte en bois ; et deux instrumentistes qui l’accompagnent avec la sonorité grave d’un luth à trois cordes et le rythme dynamique d’un tambour d’éloge. Certaines représentations de ca trù intègrent également de la danse.
Les différentes formes de ca trù remplissent diverses fonctions sociales : on identifie notamment les chants de dévotion, les chants de divertissement, les chants exécutés dans les palais royaux et ceux exécutés lors des concours de chant. Le ca trù compte environ 56 formes musicales ou mélodies distinctes, chacune nommée « thể cách ». Des artistes populaires transmettent la musique et les poèmes constituant le ca trù par voie orale et technique, anciennement au sein de la famille, mais désormais à toute personne désireuse d’apprendre. Le 1er octobre 2009, l’UNESCO a inscrit cet art « nécessitant une sauvegarde urgente » sur la Liste du patrimoine immatériel.
Les fêtes Giong des temples à Hanoï
Les fêtes Giong du Temple de Phu Dông (commune de Phù Dông, district de Gia Lâm) et du Temple de Soc (commune de Phu Linh, district de Soc Son), qui se déroulent respectivement du 7 au 9e jour du 4e mois lunaire et du 6e au 8e jour du 1er mois lunaire, honorent le héros légendaire Génie Giong, l’un des quatre Immortels du peuple vietnamien. Il s’agit d’une fête très importante et populaire au Vietnam. Thanh Giong, ou Génie Giong, est né à Phu Dông. Après avoir chassé du pays les envahisseurs An (sous la dynastie des Shang en Chine au XVIIIe siècle av. J.-C., vers 1025 av. J.-C.), il monta sur son cheval de fer au sommet d’une colline d’où il s’envola.
Selon la légende, c’est à Soc Son que le Génie Giong se reposa avant de rejoindre définitivement les cieux. Ces fêtes, durant lesquelles on reconstitue à échelle réelle l’épopée du héros, sont organisées chaque année. Les préparatifs commencent des mois à l’avance. Les fêtes Giong des temples de Phù Dông et de Soc Son du Vietnam ont été reconnues en tant que patrimoine culturel immatériel de l’humanité lors de la 5e réunion du Comité intergouvernemental de l’UNESCO, tenue le 16 novembre 2010 à Nairobi, Kenya.
Le chant alterné xoan de la province de Phu Tho
Le chant alterné xoan de la province de Phu Tho (Nord), terre des rois fondateurs Hùng, a été inscrit à l’UNESCO, d’abord sur la Liste du patrimoine à sauvegarder en urgence le 24 novembre 2011, puis retiré le 8 décembre 2017 et reconnu comme Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité.
Le chant xoan est un art du spectacle, associé à des rites et à des croyances, combinés à des chants d’amour alternés entre hommes et femmes.
À l’arrivée du printemps, à l’occasion du Nouvel An ou lors des fêtes de village, artistes et amateurs chantaient pour rendre hommage aux rois fondateurs Hùng, aux génies tutélaires des villages, à la nature, à la vie et au travail. Au-delà de leur chant se manifestait aussi leur souhait de bénéficier d’un climat favorable pour les cultures ainsi que de récoltes abondantes.
Le culte des rois fondateurs
Le culte des rois fondateurs Hùng dans la province de Phu Tho (Nord) a été inscrit le 6 décembre 2012 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
La Fête commémorative de ces fondateurs du pays se tient chaque année au 10e jour du 3e mois lunaire.
Le culte s’est développé sur une longue période avant d’être officiellement célébré par la dynastie des Lê postérieurs (1428-1788). Chaque année, des millions de pèlerins se rendent au Temple des rois Hùng situé sur le mont Nghia Linh, dans la province de Phu Tho, à 80 km de Hanoï, afin d’y honorer leurs ancêtres et de prier pour la chance et la santé.
La cérémonie la plus majestueuse, la fête ancestrale de commémoration des rois Hùng, est célébrée durant près d’une semaine au début du troisième mois lunaire. Les villageois des alentours revêtent de magnifiques costumes et participent à une compétition du plus beau palanquin et des objets cultuels les plus précieux pour le rite principal, pour lequel ils se rendent au temple principal en procession avec tambours et gongs. Chaque année, la Fête commémorative des rois Hùng attire quatre millions de visiteurs, selon les statistiques du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme.
Art noble du Sud
Depuis longtemps, le đờn ca tài tử (musique des amateurs) dans le Sud du Vietnam est enraciné dans la vie culturelle et spirituelle des habitants du Sud. Le 5 décembre 2013, le đờn ca tài tử (musique et chanson) a été officiellement reconnu comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité. C’est également la première fois qu’une forme de musique folklorique traditionnelle du Sud est reconnue comme un patrimoine mondial.
Selon les chercheurs, le đờn ca tài tử est apparu à la fin du XIXe siècle. Cet art musical est pratiqué dans les fêtes, dans les jardins de vergers, sur les bateaux, lors des mariages, des funérailles et anniversaires de décès.
Les chants folkloriques ví et giặm de Nghê
Le 27 novembre 2014, à Paris (France), les chants folkloriques ví et giặm de Nghê Tinh (Centre) ont été officiellement reconnus comme patrimoine culturel immatériel représentatif de l’humanité par l’UNESCO. Il s’agit du neuvième patrimoine culturel immatériel du Vietnam honoré sur la scène internationale.
Les chants ví et giặm sont deux formes de musique vocale sans accompagnement instrumental, créées et transmises par les communautés de Nghê An et Hà Tinh au cours de leurs activités laborieuses et quotidiennes. Ces chants, aux paroles poétiques concises et faciles à mémoriser, accompagnent aussi bien le tissage que la culture du riz, transmettant des valeurs de respect, d’amour, d’humanité et de patriotisme.
Les rituels et le jeu de tir à la corde
Les rituels et jeux de tir à la corde dans les cultures rizicoles d’Asie de l’Est et du Sud-Est sont pratiqués au sein des communautés pour solliciter des conditions météorologiques favorables et des récoltes abondantes. Ils favorisent la solidarité sociale, le divertissement et marquent le début d’un nouveau cycle agricole. De nombreux rituels et jeux ont également une profonde signification religieuse.
Au Vietnam, cette tradition est concentrée dans les régions du moyen pays, du delta du fleuve Rouge et de la partie Nord du Centre, notamment les provinces de Phu Tho, Bac Ninh et Hanoï, mais elle est également pratiquée par les ethnies Tày, Thai et Giay dans les régions montagneuses du Nord.
C’est le 2 décembre 2015 que ces rituels partagés par le Vietnam, le Cambodge, la République de Corée et les Philippines ont été inscrits sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
Les Déesses-Mères des Trois mondes
Le culte des Déesses-Mères a été reconnu patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO le 1er décembre 2016. Cette cérémonie de culte des Déesses-Mères, une croyance qui a évolué et s’est transformé au fil du temps, datant des IIe – IIIe siècles avant J.-C, c’est un rite qui trouve son origine dans la coutume de culte de la Déesse du Riz et de la Déesse-Mère Selon les historiens, fortement dépendants des éléments naturels, les Vietnamiens d’autrefois vénéraient les esprits capables de les protéger, regroupés sous le terme de « Déesses-Mères ». Celles-ci géraient chacune une sphère de l’Univers : le Ciel, la Terre, les Eaux, les Forêts et Montagnes.
Né dans le Nord du pays, le culte des Déesses-Mères s’est étendu dans de nombreuses localités du Centre et du Sud. On compte plus de 7 000 lieux de culte, notamment dans le Nord (provinces de Lang Son, Hanoï, Nam Dinh, Thanh Hoa…). Lors des fêtes traditionnelles, les pèlerins prient pour la chance, la richesse, la paix et la prospérité.
Le bài chòi, un art fascinant du Centre du Vietnam
Né dans la province de Binh Đinh, le bài chòi est un art populaire mêlant musique, poésie, théâtre, peinture et littérature, très répandu dans l’ensemble du Centre du Vietnam. Le bài chòi existe sous deux formes principales : les « jeux de bài chòi » et le « spectacle de bài chòi ». Les jeux se déroulent avec des cartes, dans de petites cabanes en bambou, généralement pendant le Nouvel An lunaire. Quant aux spectacles, ils mettent en scène des artistes appelés « Hiệu », hommes et femmes se produisant sur un tapis en rotin. Le bài chòi a été inscrit le 7 décembre 2017 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
Les groupes ethniques des ethnies Tày, Nùng et Thaï
Les pratiques du then par les groupes ethniques Tày, Nùng et Thaï au Vietnam ont été inscrites sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité le 13 décembre 2019. Pratique rituelle essentielle de la vie spirituelle des ethnies Tày, Nùng et Thaï au Vietnam, le then reflète des concepts relatifs aux êtres humains, à la nature et à l’univers.
Le chant then est une forme d’art synthétique englobant le chant, la musique, la danse et le jeu scénique, constituant un rituel spirituel indispensable pour les ethnies Tày, Nùng et Thái du Nord-Ouest et du Nord-Est du Vietnam.
Les cérémonies du then décrivent un voyage au cours duquel le maître then (homme ou femme) guide les soldats fantômes dans leur trajet du royaume terrestre au royaume des cieux afin d’offrir des objets religieux et de prier pour la paix, la guérison, les récoltes, une bonne année, etc.
La danse xòe des Thaï
C’est le 15 décembre 2021 que la danse xòe du peuple Thaï du Vietnam a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
En langue thaï, xòe signifie danse : une danse collective, en l’occurrence, avec des mouvements simples qui symbolisent les activités humaines dans le rituel, la culture et le travail. Il existe trois types de xòe qui sont la xòe rituelle, la xòe en cercle et la xòe de présentation. Pour les Thaï, la xòe est aussi indispensable que la nourriture et l’eau qu’ils consomment au quotidien.
L’art de la poterie du peuple Cham
L’art de la poterie du peuple Cham a été officiellement inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO le 29 novembre 2022. L’art unique de la poterie des Cham, l’un des 54 groupes ethniques du Vietnam, dans le village de Bàu Truc, province de Khanh Hoà, est un savoir-faire dont les origines remontent environ à la fin du XIIe siècle.
Bàu Truc est considéré aujourd’hui comme l’un des très rares villages d’Asie du Sud-Est à perpétuer une méthode de production manuelle ancestrale, où les femmes artisanes tournent à reculons autour de l’argile pour façonner les pièces au lieu d’utiliser un tour de potier.
Les produits, non émaillés et cuits en plein air au feu de bois et de paille pendant plusieurs heures, conservent une âme artistique singulière traversant les siècles. Malgré les aléas de l’histoire, ce patrimoine a su préserver son identité culturelle.
Le festival de la déesse Bà Chua Xu
Le 4 décembre 2024, le festival de la déesse Bà Chua Xu au Mont Sam dans la province d’An Giang (Sud) a été inscrit par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Se déroulant annuellement du 22 au 27 du quatrième mois lunaire, cet événement spirituel et artistique majeur reflète la gratitude envers la « Mère de la Terre » et symbolise la convergence des croyances des communautés ethniques Kinh, Cham, Khmer et Hoa dans la région de Châu Dôc, province d’An Giang.
Au-delà de la vénération de la Déesse protectrice qui apporte santé, prospérité et paix, le festival constitue un puissant vecteur d’éducation morale et de cohésion sociale, célébrant le rôle des femmes ainsi que l’harmonie culturelle des ethnies.
Au fil de ces différentes inscriptions au patrimoine immatériel, c’est tout un pays qui se raconte. Grâce à cette conservation, ce sont plusieurs nouvelles générations qui découvrent et apprennent à connaitre toutes ces traditions, ces croyances, ces pratiques et ces arts.
Par Elise Palu – Lepetitjournal.com – 5 janvier 2026
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