7 janvier 1979 : une date charnière de l’histoire cambodgienne
Jour férié au Cambodge, le 7 janvier commémore la chute des Khmers rouges en 1979. Une date historique, entre fin du génocide, guerre civile et intervention vietnamienne.
7 janvier 1979, une date fondatrice
Jour férié au Cambodge, le 7 janvier commémore la chute du régime khmer rouge en 1979. Cette date marque l’entrée des forces vietnamiennes à Phnom Penh et la fin d’un pouvoir responsable de l’un des génocides les plus meurtriers du XXᵉ siècle. Quarante-six ans plus tard, elle reste au cœur d’une mémoire nationale complexe, à la fois consensuelle dans son constat historique et traversée de lectures politiques divergentes.
De la guerre civile au Kampuchéa démocratique
Lorsque les Khmers rouges entrent à Phnom Penh le 17 avril 1975, le Cambodge sort de cinq années de guerre civile et a déjà subi les contrecoups du conflit vietnamien voisin, notamment à travers les bombardements américains menés entre 1969 et 1973. Le pays est exsangue.
Un an plus tard, le 5 avril 1976, le roi Norodom Sihanouk abdique. Le Kampuchéa démocratique est officiellement proclamé. Le nouveau régime, dirigé par Pol Pot, impose un communisme radical fondé sur une idéologie agraire extrême. Toute forme de vie urbaine, intellectuelle ou religieuse est perçue comme une menace.
Le pouvoir réel est exercé par l’Angkar, une organisation opaque et toute-puissante. La police politique, le Santebal, administre notamment la prison S-21, à Phnom Penh, où plus de 15 000 personnes sont détenues, torturées puis exécutées.
Un génocide systématique
Entre 1975 et 1979, près d’un Cambodgien sur quatre meurt d’exécutions, de famine, de maladies ou de travail forcé. Les premières victimes sont les cadres de l’ancien régime, les fonctionnaires, les militaires et les opposants politiques. Très rapidement, le clergé bouddhiste, les intellectuels, les personnes instruites et les minorités ethniques et religieuses deviennent à leur tour des cibles prioritaires, notamment les Vietnamiens et les Chams musulmans.
Une guerre régionale aux racines profondes
Parallèlement à la terreur intérieure, les relations entre le Kampuchéa démocratique et le Vietnam se dégradent rapidement. Malgré une alliance passée contre les États-Unis, les Khmers rouges redoutent la domination vietnamienne sur la région. Les tensions frontalières se multiplient dès 1975 et dégénèrent en affrontements ouverts entre 1977 et 1978.
Le 25 décembre 1978, le Vietnam lance une offensive militaire de grande ampleur. En moins de deux semaines, l’armée vietnamienne, appuyée par des forces cambodgiennes dissidentes regroupées au sein du Front uni national pour le salut du Kampuchéa, met en déroute l’armée khmère rouge.
Le 7 janvier 1979, les troupes vietnamiennes entrent dans Phnom Penh. La capitale est quasiment vide, abandonnée par ses défenseurs.
Chute du régime et occupation vietnamienne
L’effondrement du régime khmer rouge marque un tournant majeur. Ses dirigeants se replient vers la frontière thaïlandaise, où ils poursuivent une guérilla meurtrière pendant près de vingt ans.
Un nouveau pouvoir est mis en place avec le soutien du Vietnam : la République populaire du Kampuchéa, dirigée par Heng Samrin. L’occupation vietnamienne durera jusqu’en 1989, dans un contexte international tendu. Malgré la révélation progressive des crimes du régime de Pol Pot, les Khmers rouges conservent longtemps le siège du Cambodge aux Nations unies, soutenus notamment par la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni.
Le 7 janvier dans la mémoire cambodgienne
Depuis les années 1980, le 7 janvier est commémoré chaque année au Cambodge. D’abord marqué par des cérémonies modestes, il est progressivement devenu une date centrale du calendrier politique et mémoriel. Les autorités y voient une journée de libération nationale, mettant fin au génocide et ouvrant la voie à la reconstruction du pays.
Cette mémoire est également inscrite dans l’espace public. Il n’est pas de ville qui se respecte au Cambodge qui ne possède sa rue du 7 Makara. De Phnom Penh aux capitales provinciales, cette toponymie rappelle quotidiennement une date fondatrice de l’histoire contemporaine, bien au-delà des cérémonies officielles.
Par Raphaël Ferry – Lepetitjournal.com – 7 janvier 2026
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