Le 7 janvier ne sera pas célébré cette année au Cambodge
En pleine crise à la frontière avec la Thaïlande, le Parti du peuple cambodgien a choisi de ne pas organiser les célébrations du 7 janvier. Une décision exceptionnelle, sur fond de tensions militaires, de déplacements massifs de population et de débats mémoriels persistants.
Le Parti du peuple cambodgien (CPP) a décidé de ne pas célébrer le 47ᵉ anniversaire de la « Journée de la Victoire », communément appelée « 7 janvier », en raison du conflit en cours avec la Thaïlande.
Cette date commémore la chute du régime des Khmers rouges, le 7 janvier 1979. Politiquement sensible, elle continue de susciter des critiques de la part des partis libéraux et de l’opposition cambodgienne.
Habituellement organisée le 7 janvier au siège du CPP à Phnom Penh, la cérémonie n’aura pas lieu cette année. Le conflit avec la Thaïlande a entraîné le déplacement de plus de 640 000 Cambodgiens, pesant lourdement sur la décision du parti au pouvoir.
« En raison du conflit et de l’invasion de la Thaïlande, nous n’organiserons pas l’événement annuel. Nous nous limiterons à la diffusion d’un message politique du président du parti, Samdech Techo Hun Sen », a déclaré Chea Thyrith, porte-parole du CPP.
Une date toujours au cœur des débats politiques
Le 7 janvier 1979 marque la victoire sur les Khmers rouges. Mais son interprétation reste profondément divisée sur la scène politique cambodgienne.
Le 18 mars 1970, un coup d’État mené par Lon Nol avait entraîné un pays jusque-là pacifique dans la guerre, causant la mort de plus d’un demi-million de personnes. Le 17 avril 1975, le Cambodge avait sombré dans une catastrophe génocidaire sous le régime de Pol Pot, selon le Bureau du Conseil des ministres.
Pour les partis d’opposition, la Journée de la Victoire revêt toutefois une autre signification. Ils la considèrent comme le jour où le Vietnam serait intervenu au Cambodge.
« Habituellement, le 7 janvier est le plus grand événement du CPP, et il leur appartient de prendre ce type de décision », a déclaré Kimsour Phirith, porte-parole du Candlelight Party.
Appels à la réconciliation et au pluralisme politique
Au pouvoir depuis 47 ans, depuis la chute du régime des Khmers rouges, le CPP est régulièrement critiqué par l’opposition. Kimsour Phirith estime que la démocratie et l’espace politique se réduisent au Cambodge et a appelé à la libération des prisonniers politiques.
Il a également exhorté le gouvernement à rétablir le 23 octobre comme jour férié national, afin de commémorer les accords de paix de Paris, signés le 23 octobre 1991 par 18 pays, en présence du secrétaire général des Nations unies. Ces accords ont ouvert la voie à la mise en place de l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge, aux premières élections nationales de 1993 et à l’adoption de la Constitution cambodgienne.
Malgré ces divergences, Kimsour Phirith a dit comprendre la décision de ne pas célébrer le 7 janvier cette année, compte tenu du contexte sécuritaire.
Ou Chanrath, vice-président du Cambodia Reform Party, a exprimé une position similaire, appelant les Cambodgiens à l’unité dans l’esprit des accords de paix de Paris.
« Le 7 janvier est un événement historique, mais les interprétations qui l’entourent restent différentes », a-t-il déclaré, évoquant l’intervention présumée du Vietnam à cette époque.
Par Khuon Narim – CamboJA News / Lepetitjournal.com – 7 janvier 2026
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