Élection en Birmanie : la junte poursuit plus de 200 personnes pour « sabotage » du scrutin
La junte birmane a annoncé mercredi qu’elle engageait des poursuites contre plus de 200 personnes pour la « perturbation » des prochaines élections législatives, en vertu d’une loi que les défenseurs des droits humains estiment destinée à museler la dissidence.
En Birmanie, 229 personnes sont poursuivies depuis ce mercredi « pour avoir tenté de saboter le processus électoral », selon les mots de Tun Ton Naung, le ministre de l’Intérieur de la junte (qui dirige le pays par la force), rapportés par les médias d’État.
Le gouvernement militaire a introduit en juillet une loi punissant de jusqu’à dix ans de prison les auteurs de critiques ou les responsables de perturbations du scrutin, qui doit débuter le 28 décembre.
La Birmanie est minée par une guerre civile depuis que l’armée a renversé en 2021 le gouvernement démocratique d’Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix.
La junte présente les élections législatives comme une étape vers la réconciliation, mais les observateurs internationaux y voient plutôt un prétexte pour maintenir au pouvoir le régime militaire.
Différents groupes rebelles ont annoncé qu’ils bloqueraient le vote dans les importantes zones qu’ils contrôlent.
Le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains en Birmanie, Tom Andrews, a évoqué une « imposture », citant les restrictions à la liberté d’expression parmi les obstacles à un scrutin libre et équitable.
La junte a ouvert de nombreux dossiers contre des militants et des rebelles en fuite, ce qui rend improbable que les 229 personnes poursuivies soient actuellement toutes en détention.
À l’approche des élections, la junte resserre l’étau
Des arrestations ont eu lieu ces derniers mois pour des gestes aussi minimes qu’un simple « like » sur Facebook en réaction à des publications critiques.
Le gouvernement militaire a annoncé la semaine dernière qu’il recherchait dix militants ayant organisé une manifestation antiélectorale dans la ville de Mandalay, dans le centre du pays.
Un homme a été condamné en septembre à sept ans de prison, avec travaux forcés, pour une publication Facebook remettant en question le scrutin.
Trois artistes — un réalisateur, un acteur et un comédien — ont été arrêtés le mois suivant « pour avoir publié sur les réseaux sociaux des critiques fausses et trompeuses » à l’encontre d’autres artistes qui avaient produit un film en faveur des élections.
Les personnes emprisonnées au nom de la loi sur la « perturbation » des élections rejoindront les plus de 22 000 détenus politiques de la junte, selon les chiffres de l’Association d’aide aux prisonniers politiques.
Parmi eux figure Mme Suu Kyi, ancienne présidente, renversée par le coup d’État de 2021.
Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), avait largement remporté les dernières élections. Mais l’armée a annulé le scrutin, pour des accusations de fraude électorale non étayées, avant de dissoudre la LND.
La junte mène depuis plusieurs mois une offensive militaire pour conquérir davantage de terrain avant le début des élections le 28 décembre. Les résultats sont attendus vers la fin du mois de janvier.
Géo Magazine avec Agence France Presse – 5 janvier 2026
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