L’industrie est la principale source d’émissions de PM2,5 à Hanoï
Le groupe de recherche Envim de l’Université nationale du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville a récemment publié les résultats d’une étude sur la pollution par les particules fines (PM2.5) dans la capitale dans l’Asian Journal of Atmospheric Environment.
Le Professeur Bùi Ta Long, du Laboratoire clé de contrôle numérique et d’ingénierie des systèmes de l’Université nationale du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville, a présenté au journal Nhân Dân (Le Peuple) une analyse approfondie de la situation actuelle de la pollution atmosphérique à Hanoï, en soulignant les causes sous-jacentes et les solutions à court et à long terme. Sous sa direction, le groupe de recherche Envim de l’université a récemment publié les résultats d’une étude sur la pollution par les particules fines (PM2.5) dans la capitale dans l’Asian Journal of Atmospheric Environment.
En tant que chef de l’équipe de recherche et expert en études environnementales, comment évaluez-vous le niveau actuel de pollution atmosphérique dans les grandes villes et les principales régions économiques ?
L’évaluation des niveaux de pollution dans les grandes zones urbaines relève de la compétence du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement et de ses services subordonnés. Toutefois, d’un point de vue scientifique, je considère que la pollution atmosphérique à Hanoï est grave. Dans la région économique clé du Sud, et en particulier à Hô Chi Minh-Ville, la situation est également très préoccupante.
La pollution atmosphérique, notamment due aux particules ultrafines comme les PM2,5, constitue un grave problème mondial, particulièrement pour les villes densément peuplées comme Hanoï.
Selon nos calculs pour 2023, année de reprise économique à Hanoï après le COVID-19, la concentration moyenne journalière de PM2,5 a dépassé la limite autorisée (50 µg/m³ selon la norme QCVN 05:2023/BTNMT) pendant 100 jours, soit 27,4 % de l’année. En janvier 2023, on a enregistré 27 jours sur 31 dépassant cette norme, tandis qu’en avril 2023, ce chiffre s’élevait à 17 jours sur 30. Le mois le plus stable a été juillet 2023, avec un seul jour de dépassement. Ces calculs reposent sur des méthodes de modélisation utilisant des outils modernes largement répandus à l’échelle internationale.
D’après vos études et données de surveillance, quelles sont les principales sources d’émissions et comment l’urbanisation rapide et le développement économique ont-ils contribué à la pollution ?
Dans le cadre de nos études sur Hanoi, le groupe de recherche Envim (www.envim.net) a adopté une approche de modélisation. Nous avons combiné des données de surveillance au sol recueillies à Hanoi avec une méthode descendante afin d’établir un inventaire des émissions. Les données météorologiques ont été dérivées de modèles globaux et désagrégées pour la zone d’étude.
L’approche descendante part d’observations atmosphériques, telles que des données satellitaires ou des réseaux de capteurs, et utilise des modèles de transport atmosphérique pour déduire les émissions nécessaires à la production des concentrations observées. Son principal avantage réside dans sa couverture spatiale exhaustive, permettant notamment la détection de sources non répertoriées dans les inventaires officiels.
Je tiens à préciser que de nombreux collègues vietnamiens utilisent une approche ascendante. Selon nous, chaque approche présente des avantages et des inconvénients. Nous avons opté pour notre méthode car les approches ascendantes dépendent fortement de la précision des données d’activité socio-économique et des facteurs d’émission, et peuvent omettre des sources qui n’ont pas été entièrement inventoriées. Quelle que soit l’approche, les données de surveillance au sol sont essentielles. Je recommande aux autorités compétentes de réorganiser et d’intégrer les sources de données afin de fournir aux scientifiques des ensembles de données mesurées de haute qualité et de grande valeur. Des études récentes montrent que le centre de Hanoï est fortement touché par la pollution aux PM2,5. Cependant, rien ne prouve de manière concluante que cette pollution soit directement causée par les émissions au sein même du centre-ville, notamment le monoxyde de carbone (CO) issu du trafic routier.
L’analyse révèle une relation inverse entre les concentrations de PM2,5 et les émissions de CO, ainsi que celles d’autres précurseurs tels que le carbone organique (CO), le carbone noir (CN), les oxydes d’azote (NOx), le dioxyde de soufre (SO2) et les composés organiques volatils non méthaniques (COVNM) sur le site HN1 (centre de Hanoï).
Cela suggère que l’augmentation des émissions de ces précurseurs n’entraîne pas une hausse des concentrations de PM2,5 à HN1, mais présente au contraire une corrélation positive avec les niveaux de PM2,5 dans les zones environnantes HN2 et HN3. Ceci souligne le rôle crucial du trafic et des transports interrégionaux à Hanoï, un aspect qui doit être pris en compte dans les stratégies de réduction de la pollution.
D’après nos recherches, nous avons estimé les émissions totales à Hanoi à 403 533 tonnes par an en 2023, provenant de neuf précurseurs clés. Les quatre principaux contributeurs étaient le CO (159.944 tonnes par an, soit environ 39,6%), le carbone organique (125.494 tonnes, soit 31%), le carbone noir (64.679 tonnes, soit 16%) et les NOx (30.757 tonnes, soit 7,6%). À eux quatre, ces précurseurs représentaient 94,38% des émissions totales.
Nous avons également identifié les contributions sectorielles. Concernant le CO, les émissions provenaient de l’industrie (37%), des transports (34%) et du secteur résidentiel (21%). Pour le carbone organique (CO), l’industrie contribue à hauteur de 45%, les sources résidentielles à hauteur de 36% et l’agriculture (brûlage de paille de riz) à hauteur de 15%. Pour le carbone noir (CN), l’industrie représente 76%, les sources résidentielles 11,4% et les transports 7,6%. Concernant les NOx, l’industrie contribue à hauteur de 78,7%, les transports 17% et les sources résidentielles 2%.
Nos résultats révèlent des variations saisonnières marquées des niveaux de pollution dans la capitale. Pendant la saison sèche (novembre à avril), les concentrations de PM2,5 varient de 51,3 à 63,7 µg/m³, tandis que pendant la saison des pluies (mai à octobre), elles varient de 30,45 à 39,67 µg/m³.
Notre étude s’est concentrée sur le centre de Hanoï, concluant que si les niveaux de pollution aux PM2,5 y sont élevés, ils ne peuvent être attribués avec certitude aux seules émissions locales. Ceci souligne l’importance du transport des particules fines depuis les zones périphériques vers le centre-ville. Hanoï doit donc accorder une attention particulière à l’urbanisation et au développement socio-économique des zones périurbaines, car ceux-ci peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de l’air dans le centre-ville.
Suite à la publication de votre étude, de nombreuses personnes ont suggéré que la pollution atmosphérique à Hanoi n’est pas due à l’utilisation des motos en centre-ville. Quel est votre avis à ce sujet ?
Notre étude doit être interprétée de manière globale et étayée par des données empiriques. L’article démontre clairement le rôle prépondérant de l’industrie et des transports dans la structure des émissions de précurseurs des PM2,5 à Hanoï.
Les transports contribuent à hauteur de 34% aux émissions de CO, soit moins que l’industrie (37%), tandis que leur contribution est marginale pour le carbone noir (7,6%) et les NOx (17%).
En revanche, l’industrie est le principal émetteur de trois des quatre précurseurs clés (carbone organique, carbone noir et NOx) et est également le premier émetteur de CO. Plus précisément, l’industrie est responsable de 37% des émissions de CO, 45% de celles de carbone organique, 76 % de celles de carbone noir et 78,7% de celles de NOx. Cela démontre que les parcs industriels, les pôles industriels et les activités de production sont les facteurs déterminants du profil d’émissions de Hanoï. Réduire les émissions industrielles permettrait donc d’obtenir les meilleurs résultats en matière de réduction des niveaux de PM2,5 dans toute la ville.
Pourriez-vous expliquer plus clairement pourquoi votre équipe n’a pas pu démontrer que les émissions locales sont la principale cause de la pollution aux particules fines dans le centre de Hanoï ?
Notre article présente cinq conclusions principales. La cinquième, qui a particulièrement retenu l’attention, indique que, bien que les niveaux de pollution aux PM2,5 soient élevés dans la zone HN1, ils ne proviennent pas principalement de sources d’émissions locales, notamment du CO issu du trafic routier.
L’analyse statistique montre que les concentrations de PM2,5 y sont inversement corrélées à celles de précurseurs tels que le CO, le carbone organique (OC), le carbone noir (BC), les NOx, le SO2 et les COVNM. En revanche, dans les zones voisines comme HN2 et HN3, ces précurseurs sont positivement corrélés aux PM2,5, ce qui indique que ces zones sont les véritables sources de pollution aux particules fines.
Ce contraste démontre que la majeure partie des PM2,5 présentes dans le centre-ville est transportée depuis les zones environnantes plutôt que produite localement. Les mécanismes de transport interrégional doivent donc être considérés comme un facteur central des stratégies de réduction de la pollution atmosphérique. Je pense que ces résultats devraient être approfondis dans les années à venir, car notre étude portait sur Hanoï en 2023, après la pandémie de COVID-19. L’article a clairement identifié la contribution de cinq zones de Hanoï aux émissions polluantes de la ville.
D’un point de vue professionnel, quelles sont les mesures à court et à long terme les plus urgentes pour contrôler et améliorer durablement la qualité de l’air ?
Les mesures à court terme comprennent le renforcement des systèmes de surveillance et d’alerte précoce ; l’extension du réseau de surveillance ; la publication en temps réel des données de l’indice de qualité de l’air (IQA) pour permettre à la population de se protéger ; la limitation de la circulation des véhicules privés aux heures de pointe ; la promotion des transports en commun ; et la réalisation de contrôles réguliers des émissions des véhicules.
Parmi les autres mesures à court terme, on peut citer l’obligation de couvrir les chantiers de construction ; la limitation du brûlage à l’air libre de la paille de riz et des déchets agricoles ; l’encouragement à l’utilisation de combustibles propres dans les ménages ; et l’obligation pour les usines de réduire leur production ou de suspendre temporairement leurs activités lorsque les seuils d’émission sont dépassés.
Pour atténuer les effets néfastes de la pollution atmosphérique à court terme, les autorités devraient également conseiller aux habitants de porter des masques et de limiter leurs activités extérieures lorsque la qualité de l’air atteint des niveaux dangereux.
Parallèlement, les mesures à long terme comprennent la transformation des technologies de production ; la promotion des énergies renouvelables, telles que l’énergie solaire et éolienne ; l’évaluation et la modernisation des technologies de combustion industrielle ; la suppression progressive des motos à essence dans les quartiers centraux ; le développement des réseaux de métro, des bus électriques et des infrastructures de transport écologique ; et la construction de systèmes modernes de traitement des eaux usées et de collecte des déchets solides. Renforcer les équipements de contrôle automatique de la pollution dans les zones industrielles ; et accroître les espaces verts et les plans d’eau pour absorber les particules fines et atténuer l’effet d’îlot de chaleur urbain.
En bref, résoudre le problème de la pollution atmosphérique à Hanoï exige une action concertée. L’État fournit le cadre juridique et les infrastructures nécessaires, les entreprises innovent et garantissent la transparence de leurs émissions, et les citoyens modifient leurs comportements et participent à la surveillance.
Ce n’est que lorsque ces trois acteurs agiront de concert que Hanoï pourra évoluer vers un modèle urbain vert, propre et durable.
Agence Vietnamienne d’Information – 10 janvier 2026
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