Législatives en Birmanie : le rapporteur spécial de l’ONU appelle au rejet des résultats
Le monde doit d’ores et déjà rejeter les résultats des législatives « bidons » organisées par la junte en Birmanie, dont la dernière phase est prévue dimanche, a estimé vendredi le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme dans le pays.
L’armée dirige ce pays d’Asie du Sud-Est depuis son indépendance en 1948, à l’exception d’une parenthèse démocratique ayant suscité une vague de réformes et d’optimisme entre 2011 et 2021, avant que les militaires reprennent le pouvoir lors d’un coup d’Etat : le résultat des élections ont été annulées, la figure démocratique Aung San Suu Kyi emprisonnée et son parti dissout, et la Birmanie a plongé dans la guerre civile.
« La junte a organisé ces élections expressément pour permettre un raz-de-marée de son relais politique », estime dans un communiqué Tom Andrews, rapporteur spécial sur la situation des droits de l’Homme en Birmanie.
« Elle n’a pris aucun risque, interdisant les partis d’opposition crédibles, emprisonnant des personnalités politique populaires, muselant la presse, réduisant à néant les libertés fondamentales et utilisant la peur et la coercition pour amener aux urnes un électorat réticent », ajoute-t-il.
Le Parti de l’Union, de la Solidarité et du Développement (PUSD), que des experts considèrent comme un relais civil de la junte, assure avoir remporté près de 90% des sièges de la chambre basse en jeu lors de la première phase du scrutin fin décembre.
La junte espère que les gouvernementaux mondiaux vont « accepter un pouvoir militaire habillé en civil », poursuit M. Andrews, ils « ne doivent pas permettre que cela arrive ».
Ancien membre démocrate du Congrès américain, Tom Andrews dit espérer que l’ultime jour de vote dimanche fasse cesser les intimidations, menaces, arrestations et peines de prison auxquelles ont été soumis les Birmans ayant critiqué les élections et ou s’étant abstenus.
Il souligne que la plupart des pays « ont reconnu l’absurdité des manigances électorales de la junte » et que ceux qui reconnaîtront les résultats se rendront « complices ».
« Une reconnaissance internationale de cet exercice frauduleux retarderait la véritable résolution à cette crise », avertit-il.
Les rapporteurs spéciaux sont des experts indépendants nommés par le Conseil de sécurité de l’ONU mais ne s’expriment pas au nom des Nations-Unies.
« Les Birmans ont montré un courage extraordinaire en résistant à la tyrannie militaire » et « ils méritent un avenir qu’ils auront décidé, pas un processus truqué mis en place pour maintenir leurs oppresseurs au pouvoir », estime M. Andrews.
Agence France Presse – 23 janvier 2026
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