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Birmanie : «Avec ces élections, les militaires ont juste troqué leurs uniformes»

La troisième et dernière phase d’un scrutin largement qualifié de « mascarade » a lieu ce dimanche en Birmanie. La junte, au pouvoir depuis son violent coup d’État en 2021, organise des élections en pleine guerre civile. Alors que l’armée ne contrôle pas tout le territoire, le scrutin n’a lieu que dans 265 des 330 divisions administratives du pays. Opposition enfermée ou interdite, partis politiques dissous et vote sous contrainte, ces élections sont largement contestées et sans réel enjeu. Le parti proche de l’armée est déjà annoncé vainqueur.

La junte birmane espère utiliser ces élections pour mettre à fin à son statut de paria sur la scène internationale et étioler la légitimité démocratique du NUG (Gouvernement d’unité nationale). Née des élections de 2020, cette organisation qui conteste le pouvoir de la junte peine à unir la rébellion et est en difficulté sur le terrain. Elle continue d’assurer qu’elle contrôle une large partie du territoire, mais elle semble en perte de vitesse. RFI s’est entretenu avec Nay Phone Latt, porte-parole du Gouvernement d’unité nationale.

RFI : Sans révéler votre localisation pour des raisons de sécurité, comment est l’atmosphère dans ces zones où vous vous trouvez ?

Nay Phone Latte : Dans notre pays, il faut différencier trois types de zones. La première est contrôlée par le NUG et les autres forces révolutionnaires ethniques. La deuxième est une zone grise que ni la junte militaire, ni le NUG ne contrôlent à 100 %. Le troisième type est contrôlé par la junte. Dans les zones sous contrôle du NUG, les gens vivent de manière très paisible et heureuse, mais avec la peur constante des frappes aériennes de la junte, qui utilise des avions de chasse, des paramoteurs, des gyrocoptères et des drones. Chaque jour, à chaque instant, cette menace plane. Par ailleurs, le NUG gère des hôpitaux, des cliniques et des écoles dans ces zones et fournit divers services publics à la population.

En 2024, la dynamique était en votre faveur, avec l’opération 1027 et l’alliance entre les groupes ethniques, mais depuis le rôle de la Chine a joué en faveur de la junte qui gagne du terrain, l’unité de la rébellion s’est effritée. Comment comptez-vous renverser la vapeur ?

Nos alliés ethniques subissent des pressions de la part de certains pays voisins. C’est inévitable et nous devons le surmonter. Cependant, aucune pression ou intervention extérieure ne pourra détruire la volonté et le désir de notre peuple. Rien n’arrêtera notre révolution. Les gens n’aiment pas la junte et l’ont prouvé lors des élections de 2020 et par les manifestations massives après le coup d’État. Aider la junte n’est pas aligné avec la volonté du peuple birman. Des pays comme la Chine, l’Inde ou la Russie pensent que les élections frauduleuses organisées actuellement peuvent résoudre le problème, mais c’est faux.

Ce simulacre d’élection ne sert qu’à étendre le pouvoir des militaires et leur garantir l’impunité pour leurs crimes. Cela ne changera rien à la situation réelle. Un gouvernement fantoche sera formé vers avril, et Min Aung Hlaing [le chef de la junte, ndlr] deviendra probablement président. Rien ne changera. Je demande à la communauté internationale de ne pas accepter les résultats et de ne donner aucune légitimité à ce gouvernement fantoche. Le NUG est le seul gouvernement légitime, fondé sur le mandat des élections de 2020.

Mais ne craignez-vous pas qu’elles donnent malgré tout à la junte une forme de légitimité internationale ?

Je n’ai pas très peur. L’Asean et la plupart des pays ont déjà déclaré qu’ils n’accepteraient pas les résultats de ce simulacre d’élection. La majorité du monde ne reconnaît pas la junte comme un gouvernement légitime, et c’est encore plus vrai pour notre peuple et nos forces révolutionnaires. Le gouvernement fantoche qui sortira de ces élections sera identique à la junte actuelle. Les militaires ont déjà placé leurs hommes au sein de l’USDP (Union Solidarity and Development Party). Avec ces élections, ils ont simplement troqué leur uniforme, rien d’autre.

Cela fait presque cinq ans depuis le coup d’État. Comment le NUG tient-il financièrement et sur le terrain ?

Il y a beaucoup d’aspects positifs. Dans les territoires que nous contrôlons, nous avons mis en place une collecte de taxes qui nous donne des revenus. De plus, les gens croient fermement en la révolution et contribuent financièrement partout dans le monde. Nous travaillons également à la formation d’une force unie avec les organisations ethniques, via un conseil de direction pour obtenir un accord politique commun.

Quels sont vos besoins en termes d’équipements militaires ?

Nous devons combattre la junte partout dans le pays. Nous comprenons que beaucoup de pays ne peuvent pas nous aider militairement, mais nous avons un besoin immense d’aide humanitaire pour les déplacés internes. Face aux frappes aériennes quotidiennes, nous avons besoin de systèmes d’alerte précoce et d’abris anti-bombes. Nous pouvons dire que nous avons suffisamment d’effectifs militaires dans les PDF (Forces de défense du peuple), ce n’est pas le problème. Mais nous avons besoin de munitions et d’autres équipements. Nous avons assez de soldats, mais nous ne pouvons toujours pas tous les équiper pour le champ de bataille.

Par Nicolas Rocca – Radio France Internationale – 25 janvier 2026

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