Birmanie : dernier tour des élections législatives pour sceller la victoire du parti aligné sur la junte
Les bureaux de vote ont ouvert dimanche dans des dizaines de circonscriptions. Le principal parti promilitaire a déjà remporté plus de 85 % des sièges de la Chambre basse du Parlement en jeu et deux tiers de ceux de la Chambre haute lors des deux premières phases du scrutin.
La dernière phase des élections législatives birmanes doit sceller, dimanche 25 janvier, la victoire écrasante du principal parti promilitaire, lors d’un scrutin dénoncé par des observateurs occidentaux comme une manœuvre de la junte pour prolonger sa mainmise sur le pouvoir.
Depuis son indépendance, en 1948, la Birmanie n’avait connu que des régimes militaires avant que les généraux ne cèdent la place à un gouvernement civil pour une décennie de réformes et d’optimisme.
A une semaine du cinquième anniversaire du coup d’Etat, la troisième et dernière phase des législatives, étalées sur un mois, a débuté dimanche à 6 heures, heure locale (0 h 30 heure de Paris), dans des dizaines de circonscriptions.
Le scrutin ne peut se tenir dans de vastes zones
Des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) ont vu les bureaux ouvrir à Mandalay, la deuxième ville du pays, et dans le quartier de Hlaingthaya, à Rangoun, où des manifestations hostiles au coup d’Etat avaient été réprimées dans le sang il y a cinq ans.
La junte présente le scrutin comme un retour à la démocratie, alors qu’il ne peut pas se tenir dans les vastes zones contrôlées par les rebelles et que le parti d’Aung San Suu Kyi, toujours emprisonnée, a été dissous.
Lors des deux premières phases de l’élection, le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (PUSD), que des experts considèrent comme un relais civil de la junte, a remporté plus de 85 % des sièges de la Chambre basse du Parlement en jeu et deux tiers de ceux de la Chambre haute. La Constitution, rédigée par l’armée, réserve par ailleurs un quart des sièges de chaque chambre aux forces militaires.
Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, n’a pas exclu la possibilité de briguer la présidence lorsque le Parlement nouvellement élu se réunira pour attribuer ce poste.
Les résultats officiels doivent être communiqués en fin de semaine prochaine, mais le parti promilitaire pourrait revendiquer la victoire dès lundi.
« Se déplacer n’est pas du tout sûr »
Le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie, avait largement devancé le PUSD lors des dernières législatives en 2020. Mais les militaires en ont annulé le résultat et repris le pouvoir par la force le 1er février 2021, invoquant, sans fondement, des fraudes électorales généralisées. « La fraude électorale est une question grave et répugnante dans une démocratie », a déclaré, mardi, le chef de la junte, Min Aung Hlaing, dans les médias d’Etat.
Le coup d’Etat a plongé le pays dans une guerre civile, des guérillas prodémocratie combattant le régime aux côtés d’armées issues de minorités ethniques longtemps hostiles au pouvoir central. Les frappes aériennes sont fréquentes dans certaines régions, où « les candidats n’ont pas pu faire campagne pour des raisons de sécurité », regrette un aspirant député sous couvert d’anonymat. « Se déplacer n’est pas du tout sûr », ajoute-t-il, estimant qu’à peine un bureau de vote sur dix pourra ouvrir dimanche dans sa circonscription.
Il n’existe pas de bilan officiel de la guerre civile en Birmanie, et les estimations varient largement. Selon le groupe de surveillance Acled, plus de 90 000 personnes ont été tuées, tous camps confondus. L’ONU estime que près de la moitié des 50 millions de Birmans vivent sous le seuil de pauvreté.
Le Monde avec Agence France Presse – 25 janvier 2026
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