Laos : tout ce qu’il faut savoir sur les droits humains
Chaque année, nous publions notre Rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 150 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Laos en 2024.
Les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique ont fait l’objet de restrictions. Des chrétien·ne·s ont été persécutés pour avoir pratiqué leur religion. L’État a continué de réduire ses dépenses dans le domaine des services sociaux. Des ressortissant·e·s du Myanmar ont été arrêtés et remis à l’armée du Myanmar, ce qui les exposait au risque de subir de graves violations des droits humains. Le gouvernement n’avait toujours pas pris de mesures appropriées pour lutter contre la traite des êtres humains.
CONTEXTE
Dans le contexte de la crise économique qui a continué de frapper le pays, la dette publique brute est restée élevée, atteignant 108,3 % du PIB, et le taux d’inflation a culminé à 26,15 % en juin.
Le même mois, le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a effectué une visite d’une journée au Laos. Il a signalé les conséquences néfastes de l’absence d’un « espace civique dynamique » sur les politiques relatives aux droits humains, à l’environnement et à la société.
À la suite de graves inondations et glissements de terrain provoqués par le passage du typhon Yagi dans le nord et le centre du pays en septembre, quelque 204 500 personnes ont eu besoin d’une aide humanitaire.
LIBERTÉ D’EXPRESSION ET DE RÉUNION
Des personnes ayant participé à des manifestations pacifiques ont été arbitrairement arrêtées et placées en détention. Le 23 janvier, la police a arrêté quatre habitants du village de Xang, dans la province de Xieng Khouang. Les quatre hommes participaient à une manifestation pacifique dénonçant l’obtention, par une entreprise de transformation du bois, de titres officiels de propriété foncière concernant des terres dont le village revendiquait la propriété. Par la suite, deux femmes qui rendaient visite aux détenus ont également été arrêtées.
Le 28 août, la police a arrêté deux graphistes qui avaient publié sur Facebook une vidéo satirique sur l’état des routes dans la ville de la province de Bokeo, où ils résidaient. L’un des deux hommes a été relâché le jour même sans inculpation. Le second a été obligé d’assister à un cours de « rééducation » et de présenter des excuses publiques avant d’être remis en liberté cinq jours plus tard.
LIBERTÉ DE RELIGION ET DE CONVICTION
Des groupes chrétiens non enregistrés ont cette année encore fait l’objet de persécutions, bien que le droit à la liberté de religion soit garanti par la Constitution. Le 4 février, les autorités locales du village de Kaleum Vangke, dans la province de Savannakhet, ont détruit une maison dans laquelle se tenaient des rassemblements chrétiens et ont brûlé des textes religieux. Selon certaines informations, elles avaient convoqué des familles chrétiennes avant l’attaque pour leur ordonner de cesser de célébrer des offices religieux.
Thongkham Philavanh, un pasteur chrétien khmu, a été abattu par deux hommes non identifiés le 2 mai dans le district de Xai (province d’Oudomxay). La police a déclaré avoir ouvert une enquête sur cet homicide mais n’avait publié aucune information quant à sa progression à la fin de l’année.
DROIT À LA SÉCURITÉ SOCIALE
Lors de sa visite dans le pays, le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a fait part de sa préoccupation face à la baisse des dépenses publiques destinées à la protection sociale, à la santé, à l’éducation et à d’autres services sociaux. D’après la Banque asiatique de développement, les dépenses du Laos pour la protection sociale s’élevaient à seulement 0,7 % du PIB. Les personnes travaillant dans le secteur informel, qui constituaient 86,4 % de la population active, n’avaient pas accès aux mesures de protection destinées aux travailleuses et travailleurs, notamment aux indemnités de chômage ni à une assurance pour les accidents du travail et les maladies professionnelles.
DROITS DES PERSONNES RÉFUGIÉES OU MIGRANTES
Le 13 avril, la police a arrêté 17 ressortissant·e·s du Myanmar dans le district de Ton Pheung (province de Bokeo). Elle les a transférés le 3 mai au Myanmar, où ils risquaient la torture et d’autres violations des droits humains. Selon les médias, ces arrestations auraient été effectuées à la demande de l’armée du Myanmar, qui aurait affirmé que ces 17 personnes soutenaient les Forces de défense du peuple, un groupe armé d’opposition. D’autres sources ont déclaré que les détenu·e·s procédaient à une collecte de fonds pour les personnes déplacées par le conflit au Myanmar.
TRAITE DES ÊTRES HUMAINS
Au mois d’octobre, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a signalé que le Laos devenait « de plus en plus un pays de transit et de destination pour l’exploitation sexuelle et la traite des êtres humains ». La traite des êtres humains liée à des activités d’escroquerie en ligne dirigées par des syndicats du crime organisé transnational est restée monnaie courante dans la zone économique spéciale du Triangle d’or, dans le nord du Laos. Les polices laotienne et chinoise ont participé à des opérations visant à arrêter et à expulser des centaines de ressortissant·e·s chinois soupçonnés d’être impliqués dans des entreprises d’escroquerie. Les informations disponibles ne faisaient pas état de poursuites contre des responsables de la traite d’êtres humains.
Selon des sources fiables, le recrutement en ligne et la traite de jeunes femmes à des fins d’exploitation sexuelle, en particulier à destination de la Chine et de zones de divertissement dans le Triangle d’or du nord du Laos, étaient toujours pratiqués.
Amnesty International – 29 janvier 2026
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