Le People’s Party a une épée de Damoclès au-dessus de la tête
Depuis 25 ans — un quart de siècle tout de même — la volonté des électeurs thaïlandais sortie des urnes a, à un moment ou à un autre, toujours été contrariée. Seul le mandat populaire donné à Thaksin Shinawatra en 2001, avec la victoire indiscutable du parti Thai Rak Thai, a pu aller à son terme de cinq années de gouvernance.
Tout le monde se souvient des coups d’État de 2006 et de 2014, qui ont mis fin aux gouvernements de Thaksin et de Yingluck, des élections de 2019 dans une ambiance particulière sous Constitution militaire, et de l’empêchement de Pita Limjaroenrat, en 2023, de devenir Premier ministre.
Alors que le Move Forward avait gagné le scrutin et aurait pu former une coalition avec le Pheu Thai, l’élection lui a été confisquée par les sénateurs. Pita en a d’ailleurs tiré un gros succès de librairie avec son Almost Prime Minister. Ces graves imperfections de la démocratie thaïlandaise nous incitent à nous interroger sur ce qui pourrait se passer après les élections générales du 8 février.
44 hauts membres du People’s Party menacés
Prenons le cas où le People’s Party arriverait en tête des élections et serait en mesure de former une coalition avec le Pheu Thai et le Thai Sang Thai de Khunying Sudarat Keyuraphan. Le candidat numéro un au poste de Premier ministre, Natthapong Ruengpanyawut, leader du parti orange, pourrait se voir radié pour des années — voire à vie, comme l’a été Pannika Wanich — de la vie politique.
Car pèse sur lui, comme sur 43 députés ou cadres du People’s Party, une possible condamnation pour crime de lèse-majesté, pour avoir été impliqués en 2021 dans une pétition visant à modifier l’article 112, qui interdit de diffamer, d’insulter ou de menacer le roi, la reine, l’héritier présomptif et le régent. La Commission nationale anti-corruption (NACC) s’est saisie de l’affaire et examine actuellement si ces 44 personnalités du Move Forward de l’époque ont commis des « violations déontologiques » en tentant de modifier cette loi.
La décision judiciaire concernant ces 44 politiciens est attendue début 2026, sans qu’une date précise n’ait été communiquée à ce jour. Fort du vécu factuel antérieur, on imagine sans peine l’issue du procès si l’establishment considérait qu’une victoire des réformistes aux élections du 8 février prochain menace ses intérêts. Une épée de Damoclès flotte donc au-dessus de la tête du People’s Party.
Thaksin et le Pheu Thai muselés ?
Mieux encore : les conservateurs ont toujours le sort de Thaksin Shinawatra entre leurs mains. L’ancien Premier ministre est toujours en prison et, au mieux, sa libération conditionnelle pourrait intervenir en mai, soit trois mois après les élections, une fois le résultat connu de tous.
Le Pheu Thai pourrait donc se voir, si nécessaire, imposer une alliance avec le Bhumjaithai d’Anutin Charnvirakul et de son leader de facto, Newin Chidchob. D’autant qu’environ 60 candidats à forte notoriété locale ont fait défection du Pheu Thai pour concourir sous les couleurs du BJT, dans des baronnies gagnables.
Pourtant, les thèmes de campagne du parti thaksinien semblent plutôt converger vers une coalition avec le People’s Party. Yodchawat Wongsawat, neveu de Thaksin et universitaire de renom, qui mène la bataille pour le PT, a dû remarquer que les électeurs traditionnels du parti — surtout dans le Nord et le Nord-Est — préféreraient que celui-ci s’engage dans une coalition réformiste plutôt que conservatrice.
Nous saurons bientôt quel sera le choix des Thaïlandais le 8 février. Donneront-ils un message clair lors de ce vote ? Les appels du People’s Party à leur accorder une victoire significative afin que les manipulations du lendemain soient empêchées par la volonté populaire seront-ils entendus ? Natthapong, leader du parti orange, souhaite « un mandat clair par une victoire écrasante afin de tourner la page de la vieille politique ». A bon entendeur.
Par Philippe Bergues – Gavroche-thailande.com – January 30, 2026
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