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Invasion navale, armes biochimiques et nucléaires… Le Vietnam prévoit une «guerre d’agression» des États-Unis

Le Vietnam, qui a connu la guerre contre les Américains entre 1955 et 1975, craint que sa position entre la Chine et les États-Unis fasse de nouveau de lui une cible.

L’armée vietnamienne anticipe une possible « guerre d’agression » par les États-Unis, plus de 50 ans après la fin de la guerre du Vietnam. Un document militaire interne, émis le 1er août 2024 par la marine vietnamienne sous l’autorité du ministère de la Défense, a été publié mardi par le groupe de défense des droits de l’Homme Project 88. Il démontre que même si Hanoï entretient de bonnes relations avec Washington, son établissement de défense prévoit sérieusement une éventuelle invasion américaine et qualifie cette dernière de «puissance belliqueuse».

L’idée même d’une deuxième invasion du Vietnam par les États-Unis peut paraître absurde, mais les craintes de Hanoï sont étayées dans ce document. Le Vietnam est encore meurtri par la guerre qui a causé plusieurs centaines de milliers de morts sur son territoire entre 1955 et 1975. Et il connaît la capacité du gouvernement de Washington à s’ingérer dans les affaires d’autres États, sous prétexte de défense des droits de l’homme et de la démocratie, pour poursuivre des objectifs géopolitiques et économiques, comme au Venezuela dernièrement.

« Hanoï voit Washington comme une menace existentielle et n’a pas l’intention de rejoindre son alliance anti-Chine », affirme Ben Swanton, co-directeur de Project 88, au média britannique The Times.  « À cet égard, le plan s’appuie sur plus d’une décennie de politique américaine, qui a cherché à convaincre le Vietnam de former une telle alliance, tout en fermant les yeux sur les violations des droits de l’homme au service de cet objectif. »

Les raisons d’une possible attaque

Ce plan, révélé mardi 3 février, suggère que les planificateurs vietnamiens sont profondément méfiants des intentions américaines et nourrissent des craintes que Washington puisse chercher à saper le régime communiste, en soutenant une «révolution de couleur»  similaire aux mouvements observés dans les post-États soviétiques au cours des années 2000.

Ce document envisage aussi un scénario où les États-Unis et leurs alliés «envahissent ou interviennent militairement au Vietnam», si Hanoï décide de ne pas rejoindre leur politique d’endiguement, cette stratégie qui vise à contenir l’expansion et l’influence de la Chine. Le plan prévoit que, si le Vietnam ne soutient pas les États-Unis, ces derniers «pourraient utiliser des armes biochimiques et nucléaires tactiques» contre le Vietnam. « Les États-Unis et leurs alliés pourraient pleinement exploiter les caractéristiques géographiques et naturelles des vastes mers et des longues côtes du Vietnam, avec la force supérieure de leur marine, pour mener des opérations militaires contre notre pays». En conclusion, ce document appelle l’armée vietnamienne à réviser ses plans de combat pour se préparer à de telles éventualités.

Les stratégies américaines dans la région

Ce plan détaille comment, ces dernières années, «les États-Unis sont passés d’une politique de “pivot vers l’Asie” caractérisée par une “action unilatérale”, à une stratégie “indo-pacifique” qui met l’accent sur “l’action collective” fondée sur la coordination et les intérêts communs avec les alliés et les partenaires de la région.» Le plan décrit l’action de Barack Obama comme le point de départ de cette stratégie. En poursuivant une politique plus restreinte visant à limiter l’influence de la Chine et commencer ainsi cette politique d’endiguement, Obama a montré la voie, reprise plus tard par ses successeurs, selon le document.

Puis Joe Biden lui a donné une dimension économique de la stratégie, décrite comme un effort pour transformer la région «Asie Pacifique en un bloc économique libéralisé à l’occidentale qui sert de marché pour les véhicules, équipement de haute technologie, et armes des États-Unis et des Alliés». Le document vietnamien estime que Hanoï considère l’agenda économique des États-Unis comme une tentative de Washington pour rendre la région dépendante économiquement.

Enfin, Donald Trump n’est pas non plus considéré comme un partenaire fiable. Au contraire, le plan dit de lui qu’il souhaite «déployer la puissance militaire, inciter à une course aux armements et étendre le marché d’exportation de l’équipement et de la technologie militaire américaine.» À l’exception du média américain Associated Press, cette information trouve très peu d’écho aux États-Unis.

Par Joséphine Guilhem de Pothuau – Le Figaro – 6 février 2026

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