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En Thaïlande, la campagne électorale occulte le débat sur le déclin économique

Pénalisée par l’instabilité politique et la poussée des concurrents régionaux, la croissance thaïlandaise ralentit. Mais les partis en lice pour les législatives de dimanche préfèrent promettre des cadeaux fiscaux de court terme plutôt que des réformes structurelles pour essayer d’arriver en tête dans un scrutin dont l’issue demeure très incertaine.

Quel citoyen veut gagner des millions ? Pour essayer de séduire les électeurs avant le scrutin législatif de ce dimanche 8 février, le parti Pheu Thai, qui avait longtemps dominé la vie politique du royaume, propose, s’il est élu, de tirer au sort, chaque jour de l’année, le nom de neuf « bons » citoyens, ayant soutenu la lutte contre le travail au noir, et de leur offrir, à chacun, 1 million de bahts, soit 27.000 euros.

Engagés dans une élection qui s’annonce extrêmement serrée, les partis du royaume ont multiplié, ces derniers jours, les propositions populistes et coûteuses, pour essayer de se distinguer les uns des autres. Le parti écologique propose également une loterie mais pour récompenser les habitants qui plantent des arbres.

Gratuité des soins pour les chats

Une formation suggère un revenu minimum pour tous les adultes quand une autre milite pour la gratuité des soins vétérinaires pour les chiens et les chats. « Les grands partis reconnaissent que l’économie doit être restructurée mais aucun n’a centré sa campagne sur ce sujet. Tous préfèrent proposer des mesures pour stimuler la consommation à court terme », remarque le chercheur Ken Lohatepanont.

Cette pusillanimité s’explique par l’absence de parti dominant. « Les candidats évitent les sujets controversés pour maintenir leurs chances de former une coalition avec d’autres partenaires après le scrutin », explique l’expert. Si les progressistes du parti du Peuple (ancien Move Forward Party), qui avaient largement gagné les législatives de 2023, avant d’être écartés du pouvoir par les clans royalistes et militaires, se retrouvent en tête dans tous les sondages, ils n’auront probablement pas de majorité seuls, dimanche soir à l’Assemblée, et devront négocier après le scrutin avec l’une des autres grandes formations.

Ils sont concurrencés par les conservateurs du Bhumjaithai emmené par l’actuel Premier ministre Anutin Charnvirakul qui joue habilement la carte du nationalisme après le bref mais sanglant conflit, l’an dernier, avec le Cambodge. Beaucoup moins à l’aise sur ce dossier, les populistes du Pheu Thai, dont le leader historique Thaksin Shinawatra a longtemps été lié à Hun Sen, l’homme fort du Cambodge, peinent, eux, à réveiller leur flamme passée, malgré la promesse de coups de pouce très généreux à tous les ménages.

Dans ce contexte, les annonces de réformes audacieuses sont rares. « Quel que soit le parti qui l’emportera, il héritera d’une économie fragile, de contraintes budgétaires strictes et de défis structurels et démographiques profondément enracinés », résume Gareth Leather, chez Capital Economics. « La tendance au populisme économique signifie que le nouveau gouvernement aura du mal à relever ces défis », prévient-il.

Consommation en berne

Déjà pénalisé par son instabilité politique – six ministres des Finances en cinq ans – qui inquiète les investisseurs et retarde les grands chantiers d’infrastructures, le pays a souffert, ces derniers mois, de la hausse des droits de douane américains sur ses marchandises exportées aux Etats-Unis et de la chute du nombre de touristes étrangers (-7 % en 2025). Les ménages, très endettés (à hauteur de 87 % du PIB), ont perdu confiance et réduisent leur consommation, entraînant, avec eux, la qualité de la croissance.

Elle n’a atteint que 2,1 % en 2025 et pourrait encore refroidir cette année. « Les entreprises, en particulier les PME, sont confrontées à des contraintes de crédit et à une concurrence intense de la part de produits étrangers moins chers », détaillent les analystes de Goldman Sachs, dans une note à leurs clients. Ils estiment que la hausse du PIB ne pourrait atteindre que 1,3 % en 2026. Du jamais-vu en dix ans, hors crise du Covid.

Si cette progression ne choque pas au Japon ou en Europe, elle est à comparer au dynamisme des autres nations d’Asie du Sud-Est qui cherchent à capter les capitaux des groupes étrangers qui se dirigeaient autrefois massivement vers la Thaïlande. Le Vietnam, piloté par un régime communiste autoritaire, affiche, encore, des croissances annuelles proches de 8 % grâce à une accélération des implantations de multinationales sur son sol et à un soutien étatique aux nouvelles industries, notamment dans les semi-conducteurs.

« A ce rythme, le revenu national brut par habitant du Vietnam pourrait dépasser celui de la Thaïlande d’ici à 2043 », mettent en garde Nonarit Bisonyabut et Watcharin Tantisan, dans leur dernière étude pour le Thailand Development Research Institute. « Cela met en évidence l’urgence pour la Thaïlande d’entreprendre des réformes profondes visant à améliorer sa productivité », insistent les économistes. Sans illusion.

Par Yann Rousseau – Les échos – 7 février 2026

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