Indice de corruption : la Thaïlande chute derrière le Laos et le Vietnam
L’agence Transparency International abaisse une fois de plus le score de la Thaïlande en matière d’Indice de Perception de la Corruption, qui atteint seulement 33 sur 100 points en 2025. Cette chute soulève des questions sur la solidité et la gouvernance des institutions démocratiques du royaume.
Points clés
- Rapport Transparency International : La Thaïlande obtient un score de 33/100, son plus bas niveau en 19 ans.
- Classement mondial : 116e sur 182 pays, désormais derrière le Vietnam et le Laos.
- Comparaison régionale : Très loin de Singapour (3e), Brunei (31e) et Malaisie (54e).
- Problèmes structurels :
- Corruption systémique liée à une bureaucratie opaque, une justice faible et des institutions inefficaces.
- Coût économique estimé à 500 milliards de bahts par an.
- Réduction de la corruption = gain potentiel de 4 % du PIB.
Comme chaque année depuis 19 ans, l’agence Transparency International a publié l’ensemble des données constituant l’Indice de Perception de la Corruption par pays en 2025.
Le royaume se classe au 116ème rang sur 182 des pays les moins corrompus et se positionne même derrière la République Socialiste du Vietnam et la République Populaire du Laos, alors même que 13 ans plus tôt elle les dépassait avec un score de 38.
Les résultats sont peu flatteurs pour le pays du sourire : avec un point en moins elle se place parmi les mauvais élèves : loin derrière Singapour, Brunei et la Malaisie (respectivement 3ème, 31ème et 54ème) et en dessous de la moyenne mondiale (fixée autour de 42).
“C’est le pire score qu’ait connu la Thaïlande depuis 19 ans” a déclaré le Dr Mana Nimimongkol président de l’Anti Corruption Organisation of Thailand (ACT) pointant du doigt la nature structurelle de la corruption du royaume. En effet la tendance est nette : le pays glisse année après année depuis 2012, reflétant une perte de confiance de la part des acteurs économiques et de la société civile.
Un problème structurel
Pour le président de l’ACT, la corruption n’est pas une anomalie isolée mais un phénomène ancré dans les structures politiques et administratives du pays: une bureaucratie opaque, une justice peu indépendante et des mécanismes institutionnels inefficaces encourageant les pratiques illicites et l’impunité judiciaire.
Les critiques vont au-delà des simples perceptions : des représentants du secteur privé estiment que la corruption coûte jusqu’à 500 milliards de baht par an au pays, notamment dans les marchés publics où des paiements « de dessous de table » de 20 % à 30 % sont monnaie courante
Selon les ONG, ce coût structurel grève la croissance économique et pourrait faire gagner jusqu’à 4 % de PIB si le problème était effectivement traité. Cette situation résulte directement de l’inaction des gouvernements à traiter la question ces dernières années.
Les conservateurs réélus ce dimanche à la tête du pays avaient pourtant fait du retour à l’ordre et la lutte contre la corruption leur cheval de bataille sans néanmoins obtenir de résultats probants.
Le moment clef de ce basculement a été pour le responsable d’ACT l’effondrement le 26 mars 2025 du bâtiment du bureau d’audit de l’État, suite à un séisme. Cet événement a clairement mis en lumière l’utilisation de matériaux non conformes et la falsification de documents, exposant ainsi les failles dans les mécanismes de prévention de la corruption. Cela a entraîné, tant sur le plan national qu’international, une perception d’un manque de surveillance indépendante et crédible.
Des progrès dans certains secteurs
Si le score de la Thaïlande est préoccupant, il doit néanmoins être replacé dans un contexte plus large. Tout d’abord, le CPI reste un indice imparfait car mesurant une perception, influencée par l’environnement politique et médiatique sur un instant précis.
D’autres part, sa globalité ne lui permet pas de saisir les progrès non globaux en terme de lutte contre la corruption : certaines initiatives sectorielles ont été mises en avant ces dernières années telle que la digitalisation de certaines procédures administratives, l’amélioration de la transparence budgétaire dans certains ministères et le renforcement des dispositifs de conformité dans le secteur privé.
Un contexte mondial défavorable
La baisse thaïlandaise s’inscrit dans un contexte mondial de recul de l’ordre démocratique mondial sur l’ensemble du globe ainsi que le rappelait la semaine dernière Elaine Pearson Directrice Asie de l’agence Humans Rights Watch a l’occasion d’une conférence au FCCT de Bangkok.
Selon Transparency International, la majorité des pays stagnent ou reculent en matière de lutte contre la corruption: le Danemark premier pays du classement connaît un recul d’un point similaire au recul Thai.
Plus largement, des rapports internationaux montrent une érosion globale de l’État de droit et des contre-pouvoirs : la plupart des grandes démocraties occidentales, notamment les États Unis, l’Allemagne ou la France font également face à ce phénomène : cette dernière a d’ailleurs perdu 5 points entre 2012 et 2025.
- Score mondial en baisse
- La moyenne mondiale chute à 42, première baisse en plus de dix ans.
- 122 pays sur 182 obtiennent moins de 50 points.
- Seuls 5 pays dépassent 80 points, contre 12 il y a dix ans.
- Démocraties fragilisées
- Les scores reculent même dans des démocraties établies : États-Unis (64), Royaume-Uni (70), France (66), Suède (80), Nouvelle-Zélande (81).
- Causes principales : affaiblissement des contre‑pouvoirs, politisation de la justice, influence de l’argent privé.
Dans ce cadre, même si elle fait toujours figure de mauvais élève, la Thaïlande ne constitue pas une exception isolée, mais un cas inscrit dans une dynamique internationale plus large où la concentration du pouvoir, la polarisation politique et l’affaiblissement des institutions indépendantes compliquent la lutte contre la corruption.
Par Jules Sanchez – Thailande-fr.com – 15 février 2026
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