Cyberescroqueries : Phnom Penh affiche sa fermeté
Plus de 48 000 expulsions, 2 500 sites perquisitionnés, 210 000 départs volontaires : le gouvernement cambodgien intensifie sa lutte contre les réseaux d’escroqueries en ligne et prépare une loi dédiée.
Une offensive nationale contre les centres d’escroquerie
Le Cambodge a lancé une vaste opération nationale contre les réseaux d’escroqueries en ligne, affichant une politique de « tolérance zéro » à l’égard de la fraude numérique transnationale.
Lors d’un point d’information au ministère des Affaires étrangères, H.E. Santepundit Chhay Sinarith, ministre senior et chef du secrétariat de la Commission de lutte contre les escroqueries en ligne (CCOS), a détaillé l’ampleur des opérations menées depuis juin 2025, sous la supervision directe du Premier ministre Hun Manet.
Environ 2 500 sites auraient été perquisitionnés, conduisant au démantèlement de 200 affaires majeures. Les autorités indiquent avoir saisi 10 444 ordinateurs et 36 476 téléphones portables. Plus de 200 lieux, dont d’anciens casinos convertis en centres d’escroquerie, ont été fermés de manière définitive.
Des expulsions massives et des départs volontaires
Le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur Sar Sokha a précisé que plus de 48 000 ressortissants étrangers liés à ces activités avaient été expulsés depuis l’entrée en fonction du gouvernement actuel.
Parallèlement aux expulsions formelles, plus de 210 000 étrangers auraient quitté le pays volontairement dans le même intervalle, à mesure que la pression policière s’est accentuée.
Le ministère de la Justice indique également que plus de 500 personnes ont été poursuivies, parmi lesquelles des chefs de réseau et des figures considérées comme influentes. Les affaires dites « Chen Zhi » et « Oknha Ly Kuong » figurent parmi les dossiers les plus médiatisés.
Coopération internationale et lutte contre la traite
Les autorités cambodgiennes affirment avoir collaboré avec plusieurs partenaires internationaux, dont les États-Unis, la Chine, la Corée du Sud, les Philippines, Interpol et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, afin de démanteler des réseaux transnationaux et de secourir des victimes contraintes de travailler dans des « usines à escroquerie ».
Le ministre Sar Sokha, qui dirige également le Comité national de lutte contre la traite des êtres humains, a rappelé qu’une centaine de Cambodgiens seraient chaque année attirés à l’étranger par de fausses promesses d’emploi, notamment vers la Chine.
Face à ces risques, les contrôles aux frontières aériennes ont été renforcés. Les autorités demandent une vigilance accrue pour certains profils de voyageurs ne présentant ni justificatifs suffisants ni ressources financières adéquates.
Vers un cadre juridique renforcé
Le gouvernement accélère par ailleurs l’élaboration d’un projet de loi contre la cybercriminalité. Le texte, actuellement en examen interministériel, devrait établir un cadre juridique plus strict et prévoir des sanctions lourdes afin de prévenir la reconstitution de ces réseaux.
Le ministère de l’Intérieur envisage également un mécanisme d’incitation financière pour récompenser les signalements citoyens menant à l’identification de nouveaux centres d’escroquerie. « Notre police est sous pression. Nous ne pouvons pas agir seuls », a déclaré Sar Sokha, appelant la population à devenir les « yeux et les oreilles » des autorités.
Le Premier ministre Hun Manet a réaffirmé que le Cambodge ne servirait pas de refuge aux cybercriminels et que toute personne impliquée s’exposerait à la pleine rigueur de la loi.
Lepetitjournal.com – 20 février 2026
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