La Cour suprême cambodgienne refuse la libération des activistes de Mother Nature
La Cour suprême rejette la demande de libération de cinq militants de Mother Nature. ONG et défenseurs des droits dénoncent une atteinte aux libertés fondamentales.
La Cour suprême a statué lundi contre la libération de cinq militants écologistes de Mother Nature, condamnés pour complot visant à renverser le gouvernement. Des organisations de défense des droits estiment que la prolongation de leur détention porte atteinte à leurs droits et libertés fondamentales.
Une requête déposée par l’équipe juridique des militants avait été examinée le 23 février. Elle demandait leur remise en liberté dans l’attente de leur procès devant la Cour d’appel. Lundi, le juge de la Cour suprême, Saly Theara, a confirmé la décision de la Cour d’appel et refusé de libérer Ly Chandaravuth, Phuon Keoreaksmey, Long Kunthea, Thon Ratha et Yim Leanghy. Il n’a fourni aucune explication supplémentaire à l’appui de cette décision.
« Je ne peux pas accepter d’être détenu ne serait-ce qu’un seul jour. À ce jour, j’ai déjà passé 18 mois en prison », a déclaré Yim Leanghy à l’extérieur de la salle d’audience après le verdict.
Des condamnations de six à huit ans de prison
Les militants ont été condamnés à des peines allant de six à huit ans d’emprisonnement pour « complot » et « outrage au Roi ». Ils avaient été inculpés après leur arrestation en juillet 2024, lorsqu’ils avaient lancé une campagne visant à protéger les ressources environnementales. Des organisations nationales et internationales de défense des droits humains ont dénoncé cette décision, la qualifiant de revers pour la société civile cambodgienne.
Les proches et ONG dénoncent une injustice
Pat Reaksmey, épouse de Thon Ratha, s’est dite déçue que la justice maintienne son mari en détention, estimant que cette situation pourrait nuire à l’image du gouvernement.
« Il est injuste que mon mari et les autres militants aient été emprisonnés pour avoir protégé l’environnement », a-t-elle déclaré.
Le directeur des opérations de Licadho, Am Sam Ath, a également exprimé son regret face au rejet par la Cour suprême de la demande de libération des cinq militants.
« La protection de l’environnement n’est pas un crime. Ils ne devraient pas être punis pour leur engagement en faveur de la défense de l’environnement », a-t-il affirmé. « Cette décision pourrait susciter la peur chez d’autres militants écologistes ou chez les jeunes souhaitant s’engager dans la protection de l’environnement, et avoir un impact négatif sur le travail des activistes et des organisations de la société civile. »
Des préoccupations sur le respect du droit à un procès équitable
Le coordinateur de projet du CCHR, Ros Sarath, présent à l’audience, a fait écho aux propos de Sam Ath. Selon lui, les efforts déployés pour garantir un environnement propre et protéger les ressources naturelles au bénéfice des Cambodgiens risquent d’être interprétés comme des activités criminelles, alors même qu’ils visent à dénoncer l’état de l’environnement.
Il a également relevé que seul un des accusés était présent durant l’intégralité de l’audience lundi. Deux autres ont été conduits tardivement et deux n’ont pas été présentés du tout. « Cela affecte leur droit d’être présents à leur procès, tel que garanti par le droit international », a déclaré Sarath.
Il a ajouté que le CCHR avait déjà souligné le retard important dans l’examen de leur appel — 19 mois après leur condamnation — ce qui, selon l’organisation, porte gravement atteinte à leur droit d’être jugés sans délai excessif et à la présomption d’innocence.
2025, une année sombre pour la liberté d’expression
Selon Licadho, l’année 2025 a été marquée par un recul préoccupant de la liberté d’expression. Au moins 82 arrestations étaient liées à l’exercice de cette liberté, dont 76 personnes demeuraient incarcérées en prison en décembre dernier. Elles avaient été arrêtées pour avoir exprimé leurs opinions, principalement sur les réseaux sociaux.
Par Khuon Narim – CamboJA News / Lepetitjournal.com – 4 mars 2026
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