Visite d’un centre d’arnaques en ligne à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande
L’armée thaïlandaise, en pleines tensions avec le Cambodge, a fait visiter à des journalistes les locaux d’un centre d’escroqueries en ligne basé à la frontière, qui avait été déserté. Par l’image et le texte, une documentation sur ces douteuses usines
Ordinateurs brisés, uniformes de policiers contrefaits, faux billets de cent dollars: ces vestiges témoignent de la fuite précipitée des employés d’un centre d’escroqueries en ligne, à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande. Ces employés étaient contraints d’y travailler, selon l’armée thaïlandaise, avant qu’elle ne s’en empare.
Jeudi, l’agence de presse AFP a participé à une visite du site cambodgien d’O’Smach, dont l’armée a pris le contrôle au cours des affrontements frontaliers de 2025, et que Bangkok présente comme une base utilisée à la fois par l’armée cambodgienne et des réseaux criminels transnationaux d’arnaque en ligne.
Les deux pays voisins se sont livrés à des affrontements meurtriers pendant trois semaines en décembre 2025 le long de leur frontière commune, dernier épisode guerrier d’un différend frontalier de longue date. La Thaïlande a alors annoncé que ses forces avaient lancé une attaque contre plusieurs casinos situés de l’autre côté de la frontière, affirmant qu’ils servaient aux forces cambodgiennes d’entrepôts d’armes et de positions de tir.
Au moins deux ont été identifiés par des observateurs comme des centres d’escroqueries en ligne. «C’est une coïncidence: l’attaque de ces établissements a été décidée parce qu’ils servaient de bases militaires aux forces cambodgiennes», a déclaré aux journalistes le porte-parole du ministère thaïlandais de la Défense Surasant Kongsiri au cours de la visite.
Derrière les casinos, les centres à arnaques
Lorsque les forces thaïlandaises ont progressé, dans le but de neutraliser la menace des forces cambodgiennes, elles «ont découvert que les installations derrière les casinos étaient en réalité des centres d’escroquerie», a-t-il ajouté.
Depuis la fragile trêve conclue fin décembre, l’armée thaïlandaise maintient sa présence dans la région, en dépit des appels du Cambodge à son retrait de la zone d’O’Smach et d’autres zones frontalières.
La protestation cambodgienne
Le ministre cambodgien de l’Information Neth Pheaktra a accusé la Thaïlande d’avoir tenté de justifier «l’annexion de facto» de parties du territoire cambodgien «sous le prétexte d’opérations anti-fraudes». «De tels agissements constituent un grave détournement du discours invoquant l’application de la loi pour justifier une intrusion militaire», a-t-il déclaré dans un communiqué, jeudi.
Des faux bureaux et des liasses de papiers
Les vestiges et décombres subsistant dans le complexe d’O’Smach plus de deux mois après les combats témoignent de la fuite en catastrophe de milliers de personnes.
Les journalistes ont été conduits dans les bureaux et les dortoirs aux lits superposés où ont été abandonnés les outils de travail des escrocs: faux bureaux de faux policiers, transcriptions d’appels frauduleux et liasses de papier avec les numéros de téléphone de victimes d’escroqueries du monde entier.
L’armée thaïlandaise a affirmé qu’environ 20 000 personnes soupçonnées d’avoir travaillé dans ces centres d’escroquerie se sont enfuies avant les frappes de missiles. O’Smach et d’autres casinos ciblés par les forces thaïlandaises lors des affrontements de décembre abritaient potentiellement des milliers de travailleurs forcés, obligés de commettre des arnaques en ligne, avait indiqué un analyste en décembre.
Les lieux visités sont proches des installations d’un homme d’affaires cambodgien mis en cause
Les lieux visités jeudi, logements pour employés vietnamiens et indonésiens, et bureaux pour les chefs chinois, selon l’armée thaïlandaise, se situaient en face du complexe hôtelier et casino d’O’Smach, propriété du sénateur et homme d’affaires cambodgien Ly Yong Phat.
Ce dernier a été sanctionné par Washington en 2024 pour l’implication présumée de sa société «dans de graves violations des droits humains liées au traitement de travailleurs soumis au travail forcé dans des centres d’escroquerie en ligne», selon les autorités américaines.
En novembre, la Thaïlande a émis un mandat d’arrêt contre le magnat pour son implication présumée dans des crimes d’ampleur internationale.
Prapas Sornchaidee, de l’Armée de l’air thaïlandaise, a déclaré que le Cambodge, qui s’est engagé à éliminer les activités frauduleuses avant mai, devrait solliciter l’aide internationale pour les combattre. «Si le Cambodge reconnaissait l’existence de ces activités frauduleuses, son incapacité à les contrôler, et se coordonnait avec la Thaïlande et d’autres pays pour résoudre le problème, ce serait beaucoup mieux», a-t-il dit.
Un épicentre des arnaques en ligne
L’Asie du Sud-Est est devenue un épicentre des arnaques en ligne, un secteur qui rapporte des milliards de dollars, et qui emploie des centaines de milliers de travailleurs, certains victimes de trafic d’êtres humains, d’autres consentants.
Ces employés piègent des internautes du monde entier par le biais de fausses relations romanesques ou d’investissements dans les cryptomonnaies.
Le Temps avec Agence France Presse – 13 mars 2026
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