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Au Vietnam, To Lam accélère les mégaprojets au nom de la croissance

Du plus grand stade du monde en passant par des centaines de projets routiers, aériens et énergétiques, le Vietnam construit à un rythme inédit, au cœur de ce qu’il qualifie d’«ère de l’essor national».

Le pays a lancé plus de 550 projets d’infrastructure rien que l’année dernière, dans une frénésie stupéfiante qui coûtera environ 200 milliards de dollars.

Et des centaines d’autres projets, notamment de centrales nucléaires ainsi qu’une ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV) de 1500 kilomètres de long vers la Chine, sont prévus.

Mardi, To Lam, le chef du Parti communiste vietnamien (PCV) a réaffirmé son statut de dirigeant le plus puissant du pays depuis des décennies en étant également désigné président.

Il engage sa crédibilité dans des réformes ambitieuses visant à atteindre une croissance à deux chiffres, en taillant dans la bureaucratie, en renforçant le rôle du secteur privé et en orientant des ressources considérables vers des mégaprojets.

À toute vitesse

«Le parti comprend que la légitimité au Vietnam repose en fin de compte sur l’amélioration du niveau de vie», explique Dan Martin, du cabinet de conseil Dezan Shira & Associates.

Selon lui, «les dirigeants les plus influents de l’histoire moderne du Vietnam sont restés dans les mémoires pour avoir mené des transformations structurelles».

Autrefois l’un des pays les plus pauvres et les plus isolés d’Asie, le Vietnam s’est transformé en une économie d’exportation florissante, fournissant des produits électroniques grand public, des machines et des vêtements aux pays occidentaux.

Il vise à devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici la fin de la décennie, un objectif qui nécessitera une augmentation de 70 % du PIB/habitant par rapport aux 5 000 dollars actuels.

Depuis l’élévation de To Lam au rang de chef du PCV suite au décès de son prédécesseur Nguyen Phu Trong en juillet 2024, des projets sont menés à un rythme accéléré, notamment un nouvel aéroport de 8,1 milliards de dollars destiné à desservir la région de la capitale.

«C’est une compression délibérée: ce qui prendrait normalement une décennie est condensé en une fenêtre de trois ans », explique Dan Martin.

Inquiétudes

Mais le gouvernement recourt massivement à l’emprunt pour financer ces travaux, tout en cherchant à attirer des investisseurs privés, tels que le méga-conglomérat Vingroup.

«Compte tenu du manque de transparence financière qui entoure ces mégaprojets, on ne peut exclure la possibilité qu’ils ne soient qu’un moyen pour les responsables gouvernementaux de détourner des fonds publics», estime Tuong Vu, qui dirige le Centre de recherche américano-vietnamien de l’université de l’Oregon.

«De meilleures infrastructures pourraient stimuler la croissance à long terme, abonde l’analyste vietnamien Le Hong Hiep, mais une mauvaise gestion des projets «pourrait surchauffer l’économie, entraînant de l’inflation, une dette publique plus élevée, des tensions budgétaires et, en fin de compte, une instabilité macroéconomique».

Chung, 62 ans, a été contraint de céder une grande partie de ses terres agricoles situées à la périphérie de Hanoï pour laisser place à un immense complexe qui comprendra un stade d’une capacité de 135 000 places.

«Je ne pense pas que le Vietnam soit en mesure d’accueillir une Coupe du monde, alors à quoi sert le plus grand stade du monde ici?», s’interroge-t-il.

Le promoteur, Vingroup, lui a versé près de deux milliards de dongs (près de 66 000 euros) à titre d’indemnisation, une fortune pour la plupart des agriculteurs vietnamiens, mais insuffisante pour apaiser les inquiétudes de Chung quant à l’avenir.

«Nous ne pourrons jamais profiter de cet immense stade. Il n’y aura pas d’emplois pour nous là-bas», confie-t-il à l’AFP.

À environ 40 kilomètres au sud-est de Hanoï, dans la province de Hung Yen, dont To Lam est originaire, Dong exprime des griefs similaires après avoir été expulsée pour faire place à un parcours de golf de 1,5 milliard de dollars développé par la Trump Organization.

«Un complexe de luxe destiné aux super-riches ne peut pas remplacer les terres agricoles qui ont fait vivre la communauté pendant des générations», estime-t-elle.

«En un peu plus d’un an, ils nous ont rapidement pris toutes nos terres.»

Agence France Presse – 8 avril 2026

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