Luang Prabang, joyau laotien menacé par un projet de barrage sur le Mékong
La construction de l’ouvrage, à une vingtaine de kilomètres au nord de l’ancienne capitale du Laos, risque de bouleverser de manière irréversible l’écosystème local.
Il y a péril en la demeure et celle-ci est une merveille : le projet de construction d’un nouveau barrage sur le Mékong menace l’environnement immédiat de Luang Prabang, joyau d’architecture franco-laotien situé sur les rives du grand fleuve. La ville est classée au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1995.
L’ouvrage d’art, qui sera bâti par le géant thaïlandais de la construction d’infrastructures CH Karnchang, ne représente pas seulement une menace pour les populations locales, la libre circulation des poissons et l’apport des sédiments sur le lit d’un fleuve déjà malmené par la construction de nombreux barrages (onze en Chine, deux au Laos) : la retenue représente aussi un danger immédiat pour Luang Prabang, cité qui fut la capitale, entre le XIVe siècle et 1946, d’un Laos jadis appelé le« royaume au million d’éléphants » (Lan Xang).
Le lac créé par le barrage, dont les turbines pourront développer une énergie de 1 460 mégawatts, ne va certes pas engloutir les « wat » (temples) bouddhistes et les gracieuses maisons coloniales construites au temps du protectorat français (1893-1949), fruits d’une heureuse rencontre esthétique qui a donné à la ville son caractère si particulier. Mais la construction d’un tel ouvrage risque néanmoins de bouleverser de manière irréversible l’environnement immédiat de Luang Prabang.
« L’authenticité du site et son intégrité seront perdues »
« La péninsule historique est bordée tout à la fois par le Mékong et l’un de ses affluents, la Nam Khan, et cela ne sera plus le cas après la construction du barrage », s’offusque Minja Yang, qui était directrice adjointe du centre du Patrimoine mondial de l’Unesco quand Luang Prabang fut ajoutée à la liste des sites classés. « Si la ville se retrouve en bordure d’un lac artificiel, l’authenticité du site et son intégrité seront perdues, et pour toujours », déplore-t-elle.
Est-il déjà trop tard ? Pour l’instant, rien ne semble empêcher l’inexorable de se produire : même si la construction proprement dite du barrage, qui sera érigé à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville, en amont du fleuve, n’a pas commencé, une route d’accès au site est pratiquement finie.
Par Bruno Philip – Le Monde – 8 janvier 2021
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