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Les entrepreneurs européens confiant dans l’avenir du pays

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Alors que la Birmanie annonçait ses tous premiers cas de COVID-19, la Chambre de commerce européenne (EUROCHAM) de Rangoun menait une enquête auprès de ses membres pour appréhender aussi précisément que possible, leurs premiers effets sur les entreprises européennes installées dans le pays.

Le résultat est sans appel : 90 % de sociétés consultées ont déclaré être affectées économiquement. Une sur cinq dit même l’être de manière très sévère. Très concrètement, c’est près d’une société européenne sur deux qui a vu son chiffre d’affaires diminuer en quelques semaines d’au moins 30 % par rapport à la même période de l’année précédente. Mais bonne nouvelle: 51 % des entrepreneurs européens estiment que la situation redeviendra normale dans les six mois.

Pour 12,1 % des entreprises européennes présentes en Birmanie, la situation est plus grave encore. Celles-ci ont perdu plus de 50 % de leurs revenus. Des résultats dévastateurs pour les bilans 2020, les investissements à venir et qui sont bien loin des signaux encourageants envoyés par les indicateurs macroéconomiques au cours du dernier trimestre de l’année dernière et les toutes premières semaines de la nouvelle décennie.

Les PME très touchées


Sans surprise, la crise enclenchée par le virus venu de Wuhan a touché de plein fouet les petites et moyennes entreprises. Les secteurs de la distribution, des biens de consommation, de l’automobile et du tourisme ont été les plus sévèrement malmenés. Pour autant, les entrepreneurs européens demeurent relativement optimistes sur l’avenir de court et moyen terme. 3 % seulement pensent qu’il faudra plus de dix mois à leur entreprise pour se remettre des effets de l’épidémie du COVID-19. Pour se rassurer plus encore, ils peuvent s’appuyer sur les prévisions des conjoncturistes internationaux. Selon la Banque asiatique de développement, qui vient de mettre à jour ses prévisions, la Birmanie serait appelée à connaître une croissance de + 4,2% en 2020 puis + 6,8 % en 2021, soit sur les 18 mois qui viennent les taux les plus dynamiques de toutes les nations de l’ASEAN.

Dans un contexte dont il convient de ne pas sous-estimer la versatilité, les entrepreneurs européens demeurent néanmoins prudents. 51 % d’entre eux estiment que la situation redeviendra normale dans les six mois. Reste à savoir si cette perception sera encore la même à l’issue des fêtes de Thingyan et après le 30 avril, date butoir de l’extinction prévue des premières mesures contraignantes adoptées par les autorités nationales et provinciales. Rien de moins sûr ! Les industriels constatent le nombre grandissant des personnes infectées (28 au 10 avril et 3 décès) et le renforcement des mesures de confinement. Ils s’inquiètent aussi de voir le pic d’une épidémie coïncider avec la campagne électorale des élections générales de novembre 2020, sans même parler de la saison des pluies généralement favorable à la propagation des épidémies de grippe, de dengue et autres pathologies virales.

Politique macroéconomique


Au-delà de leurs préoccupations politiques et sanitaires, les chefs d’entreprises européens s’interrogent sur la politique macroéconomique du gouvernement. Les deux-tiers jugent même sans effet pour leurs affaires les premières décisions qui ont été prises par Nay Pyi Taw. Il est vrai que peu d’entre elles étaient tournées vers le monde des affaires. Aucune n’a même été adoptée au profit des investisseurs étrangers, pourtant si indispensables au soutien de la croissance et à l’intégration régionale. Les businessmen européens s’en inquiètent mezza voce.

Consciente qu’il existe chez des cronies et de haut responsables politiques et administratifs birmans la tentation d’un repli sur soi, de mettre en œuvre des mesures protectionnistes voire autarciques, l’EUROCHAM cherche à convaincre les décideurs birmans et la cheffe du gouvernement à prendre des mesures à caractère général et non au profit de quelques-uns ou quelques secteurs industriels. Parmi les gestes espérés, il est souhaité des procédures douanières et d’importation plus aisées, plus rapides.

Plus de camions chinois

Pas si simple à l’heure où les frontières aériennes sont de facto closes, le fret maritime en décroissance et les frontières terrestres bouclées à l’ouest comme à l’est. Les espoirs de voir le commerce reprendre, à commencer par la Chine, sont douchés jour après jour. Les dernières décisions de l’administration de la République populaire suscitent même de la colère. Suite à la fermeture de la frontière du Yunnan le 1er avril, les autorités chinoises ont interdit à leurs camionneurs d’entrer en Birmanie. Elles exigent même que les commerçants birmans paient aux chauffeurs chinois 10 yuans chacun (1,40 dollars américains) pour transporter des chargements de riz, de fruits et légumes des postes frontières aux infrastructures de transbordement du fret en Chine.

La deuxième mesure majeure suggérée par l’EUROCHAM ne sera pas plus facile à mettre en œuvre que la précédente. Certes, les autorités de Nay Pyi Taw ont décidé des facilités fiscales et de crédits mais au profit des seules PME locales. Accorder des rabais de taxes pour l’année 2020 aux sociétés étrangères faciliterait sans contexte la trésorerie des firmes européennes et l’emploi local, encore faut-il le vendre politiquement et à la veille d’un scrutin historique pour la survie de la démocratie birmane.

Montée en flèche de la pauvreté

La première urgence politique du moment pour les autorités centrales et provinciales est de faire face à une montée en flèche de la pauvreté. Pour en limiter autant que possible l’ampleur voire les effets partisans, des distributions de denrées alimentaires aux ménages sans revenus réguliers viennent de commencer aux quatre coins du pays. Espérons qu’elles ne soient entravées par aucune discrimination religieuse, ethnique ou territoriale. Elles concernent officiellement cinq denrées de base : riz, huile de cuisine, sel, lentilles et oignons. Ce dispositif se révélera coûteux pour les budgets nationaux et régionaux.

A titre d’exemple, pour la seule région de Rangoun, la mesure est appelée à s’appliquer au profit de 675 000 ménages. C’est pourquoi, elle nécessite de mettre sur pied des partenariats « public-privé »pour répondre à l’ambition de générosité. A cette fin, le gouvernement régional coopère en conséquence avec des groupes interconfessionnels et des entreprises pour faire don de ces fournitures de base aux monastères, couvents, maisons de retraite, orphelinats et autres institutions religieuses de la région.

Dans cette conjoncture, faire des gestes perçus dans l’opinion publique comme répondant à des injonctions de l’étranger, d’entreprises « riches » ayant fait localement de confortables bénéficies ces dernières années n’est pas des plus aisé pour n’importe quel gouvernement. En outre, les Occidentaux n’ont guère bonne presse en ce moment. Il y a non seulement les incompréhensions nées de l’interprétation à donner aux violences de 2016 – 2017 mais aussi des événements les plus récents. Le rapatriement des touristes sans solution de transport pour rentrer à la maison a pu être perçu par une partie de la société birmane comme un abandon des résidents à l’heure où la menace sanitaire se précisait sur eux.

Pire, le narratif employé par le ministère de la Santé dans ses communiqués quotidiens incite à croire que le COVID-19 est une maladie « importée » par les Européens et les Américains ou colportée par des Birmans rentrant de ces pays. Ce discours politico-administratif recèle en soi bien des dangers intérieurs mais il établit un obstacle majeur pour adopter des mesures favorables aux entreprises « étrangères ». L’évolution de l’image des entreprises « étrangères » à l’heure du COVID-19 est une étude encore à faire. Elle sera très utile voire indispensable à conduire pour définir les stratégies entrepreneuriales de sortie de crise.

Par François Guilbert – Gavroche-thailande.com – 13 avril 2020

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