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19 Juillet 2020 : Martyrs, une journée particulière

Hier, 19 juillet 2020, une partie de la Birmanie a commémoré la Journée des Martyrs, une cérémonie organisée tous les 19 juillet depuis une dizaine d’année, après être tombée dans les limbes durant presque 50 ans.

Dès la mort de huit dirigeants politiques majeurs et du garde du corps de l’un deux le 19 juillet 1947, cette journée est devenue particulière. Parmi les neuf victimes, en effet, plusieurs des principaux organisateurs de la lutte pour l’indépendance, comme Mahn Ba Khaing, Sao San Tun, Abdul Razak et bien sûr le Premier ministre auto-désigné de l’époque, Aung San. Son frère aîné, Ba Win, figurait aussi parmi les victimes. Il a fallu plusieurs années entre 1948 et 1962 pour cette date s’impose peu à peu comme un équivalent du 14 juillet français (n’oublions pas qu’il a fallu attendre la loi Raspail du 6 juillet 1880 pour que le 14 juillet devienne ce qu’il est aujourd’hui…) dans l’esprit des Birmans : une journée fondatrice de la Nation. Il faut toutefois bien noter que la fête nationale birmane se tient le 4 janvier, le jour de la proclamation de l’indépendance (1948).

Et ce n’est bien sûr pas un hasard si Ne Win, juste après son coup d‘état du 2 mars 1962, a cessé toute célébration de cette Journée des Martyrs : le dictateur avait côtoyé la plupart des neuf victimes durant leurs années communes de militantisme pour l’indépendance, plusieurs d’entre eux avaient été formés ensembles par les militaires japonais à des techniques d’insurrection et à la conduite d’une armée. Ne Win avait bien conscience de l’importance des symboles et ne voulait surtout pas en laisser construire un qu’il ne contrôlait pas. Durant 50 ans, et bien après la perte du pouvoir par Ne Win en 1988, la mort des neuf martyrs ne fut plus une célébration officielle, même si leurs légendes persistèrent à se construire. Ce ne fut qu’après les élections de 2010 que les commémorations officielles ont repris, avec la présence du président du pays et de responsables politiques très en vue. Mais cela se faisait surtout par des dons à des religieux, pas au mausolée des Martyrs. Et il a fallu attendre 2016 et la première cérémonie tenue sous la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) pour que le chef d’état-major des armées assiste aux manifestations. Depuis, la LND au pouvoir a essayé d’instaurer une sorte de fête de ses partisans autour de ce jour spécial, notamment en créant un événement au sein du Secrétariat, récemment rénové et qui est le lieu où les Neuf trouvèrent la mort.

Une instrumentalisation qui fonctionne plutôt très bien puisque ces dernières années, ce sont des milliers de personnes qui se sont rassemblées autour du Secrétariat pour commémorer la Journée des Martyrs. Mais comme en 2020 le bâtiment reste fermé jusqu’à la fin de l’année pour cause de Covid-19, la fête a été moins probante cette année, même si elle a bel et bien eu lieu. Soucieux de donner l’impression que le contrôle de l’épidémie est leur priorité, les organisateurs ont bien spécifié que la cérémonie respecterait les règles birmanes officielles de distance physique de sécurité qui prévoient deux mètres entre chaque personne. Mais un zapping des diverses chaînes de télévision à l’heure des informations montrait certes des personnes plus éloignées les unes des autres et plus disciplinées qu’à l’habitude, mais cet éloignement relevant plutôt des cinquante centimètres à un mètre, donc insuffisant. Sans compter tous ceux pris par les mouvements fugaces de cameras, qui montrent beaucoup de masques portés au menton, la dernière mode en Birmanie, chez ceux qui portent des masques, qui ne sont pas la majorité dès que l’on s’éloigne du centre de Yangon… ou que l’on prend le bus.

Par ailleurs, les chaînes de télévision ont présenté toute la journée des programmes à la gloire de Aung San, des chansons à la gloire de Aung San… et au final très peu sur les autres protagonistes du massacre du 19 juillet 1947. De quoi faire enrager un peu plus les différents grands partis ethniques dont certains des dirigeants historiques figurent parmi les Neuf et qui reprochent amèrement à la LND d’utiliser depuis plusieurs années la figure charismatique d’Aung San comme un moyen de réécrire l’histoire du pays et de l’indépendance, une réécriture qui occulte huit des victimes… et les acteurs ethniques.

Lepetitjournal.com – 19 juillet 2020

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