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En Birmanie, la junte militaire prépare la répression

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Une semaine après son coup d’État, face à une fronde qui prend chaque jour plus d’ampleur, la junte birmane a menacé lundi 8 février les contestataires qui appellent à la grève générale.

C’est le premier avertissement de la junte militaire : « Des actions doivent être prises conformément à la loi, contre les infractions qui troublent, empêchent et détruisent la stabilité de l’État, la sécurité publique et l’État de droit ». La télévision d’État MRTV a diffusé ces menaces lundi soir 8 février après une nouvelle journée de très forte mobilisation contestataire dans toute la Birmanie.

« Je crains que l’armée ne soit en train de nous faire peur et peaufine méticuleusement son plan de répression » assure Maung Maung, 27 ans, qui a manifesté toute la journée à la pagode Sule à Rangoun.

« L’appel à la grève générale commence à être suivi »

Une semaine après le coup d’État mené par l’armée birmane, la population n’hésite plus à manifester en masse dans toutes les grandes villes du pays. « Toute la ville de Mandalay (seconde plus grande ville birmane, située au centre du pays NDLR) était dans la rue aujourd’hui, témoigne sur messagerie cryptée un journaliste birman, et la police a tiré des coups de feu en l’air pour disperser la foule. »

Un peu plus tard, la loi martiale a été décrétée dans plusieurs quartiers de la ville. À Naypyidaw, capitale administrative, des milliers de manifestants ont défilé dans les rues et la police a fait usage de canons à eau. « Dans d’autres villes c’est la même chose, ajoute Maung Maung qui scrute toutes les informations sur les réseaux sociaux. L’appel à la grève générale commence à être très suivi ».

Beaucoup de collégiens et lycéens avec leurs professeurs dans les rues

Même s’il est difficile d’avoir des chiffres précis sur la mobilisation de lundi 8 février, ce sont plusieurs centaines de milliers de contestataires qui ont défilé dans le pays abandonnant toute peur et dépassant même la « révolution de Safran » de 2007 qui avait été réprimée dans le sang. « Il y avait beaucoup de collégiens et lycéens avec leurs professeurs », a remarqué lundi matin Minh Tin, fonctionnaire à Rangoun, « mais il y avait également des hommes de la sécurité publique en civil qui filmaient et photographiaient les meneurs ».

Quelques moines (fer de lance de la « révolution de Safran ») étaient aussi présents, mais leur engagement se cantonne pour le moment à quelques communiqués de plusieurs monastères dénonçant le putsch militaire. La Sangha Maha Nayaka, plus grande organisation bouddhiste du pays a appelé à « respecter la loi et la Constitution », préconisant la non-violence, mais n’a pas appelé les moines à manifester. À Rome, lors de ses vœux au corps diplomatique, le pape François a demandé, lundi 8 février, la libération « rapide » des responsables politiques arrêtés en Birmanie dans la foulée du coup d’État qui a renversé Aung San Suu Kyi et a appelé au « dialogue ».

À Rangoun, un ancien étudiant de la rébellion de 1988 a clairement énoncé les demandes des manifestants : « Retrouver la démocratie, lutter contre la dictature, abolir la Constitution, libérer les prisonniers politiques et créer une démocratie fédérale », tout en appelant la communauté internationale à l’aide.

« L’ONU doit agir vite, plaide encore Maung Maung, car plus on attend, plus les militaires se sentent intouchables ». Pour Maung Zarni, exilé à Londres depuis des années, « les militaires redoutent la grève générale qui peut paralyser le pays mais n’ayez aucun doute sur le fait qu’à terme, ils vont lancer une répression sanglante si les manifestants menacent la survie du régime ».

Par Dorian Malovic – La Croix – 8 février 2021

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