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Birmanie : pourquoi la Chine refuse-t-elle de sanctionner la junte ?

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L’ONU dit redouter une « guerre civile » en Birmanie. Si la Chine se joint aux condamnations des violences par le Conseil de sécurité de l’ONU, elle refuse d’imposer des sanctions à la junte, jugeant que ça ne « ferait qu’aggraver la situation ».

C’est l’épine dans le pied de la Chine. Depuis son ralliement inattendu au Conseil de sécurité de l’Organisation des nations unies (ONU), à la mi-mars, pour condamner la répression des manifestants par les militaires birmans, Pékin oscille. À l’inquiétude de l’émissaire de l’ONU pour la Birmanie qui jugeait, mercredi 31 mars, qu’un « bain de sang est imminent » (536 personnes ont déjà perdu la vie sous les balles des militaires), la Chine a répondu par le refus de sanctionner la junte birmane.

Jeudi 1er avril, encore, le Conseil de sécurité des Nations unies a « condamné fermement les morts de centaines de civils, incluant des femmes et des enfants », sans pour autant envisager des sanctions comme le prévoyait pourtant le texte initial. Le résultat de deux jours de tractations houleuses avec Pékin, assurent des diplomates.

« La violence et les effusions de sang ne servent les intérêts de personne », a certes reconnu l’ambassadeur chinois à l’ONU Zhang Jun. Mais, selon lui, des sanctions « ne feraient qu’aggraver la situation ». Encore une fois, il prône le « dialogue », la « consultation » et de « revenir à une transition démocratique dans ce pays ». Mais deux mois après le coup d’État, la junte reste sourde aux revendications du peuple birman et aux appels de la communauté internationale à la désescalade.

Conflits d’intérêts économiques

En Occident, le Royaume-Uni, les États-Unis comme de nombreux acteurs économiques n’ont pas attendu pour imposer des sanctions financières aux militaires, à leurs proches et à leurs intérêts économiques. Mais force est de constater que leur effet reste limité. Car si la junte contrôle la majeure partie de l’économie birmane, ses entreprises travaillent avant tout avec la Chine et les pays d’Asie du Sud-Est.

Or, pour la Chine, imposer des sanctions reviendrait à « mettre un coup d’arrêt à des investissements publics qui sont dans son propre intérêt », remarque David Camroux, chercheur au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences-Po Paris, spécialiste de l’Asie-Pacifique. « Elle est piégée car elle a plus besoin de la Birmanie que le contraire. »

« Si elle a accepté de se joindre à la déclaration commune du Conseil de sécurité de l’ONU contre la junte, c’est autant parce qu’elle est concernée par ses frontières que pour ses intérêts économiques très importants en Birmanie », rappelle Marc Julienne, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste de la politique étrangère de la Chine. Pékin craint pour son gazoduc et son oléoduc qui relient la province du Yunnan à l’État d’Arakan, dans le Golfe du Bengale.

Les attaques d’usines chinoises par les manifestants ont montré la fragilité de ses infrastructures dans le pays.

Principe de non-ingérence

Le chaos birman n’arrange pas les affaires chinoises. Mais Pékin s’abstient de toute intervention, tenu par les « cinq principes de la coexistence pacifique » établis en 1954 entre la Chine, l’Inde et le Myanmar, avant de s’étendre à d’autres pays d’Asie. Ils garantissent le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États, la non-agression mutuelle, la non-ingérence mutuelle dans les affaires intérieures, l’égalité et les avantages réciproques ainsi que la coexistence pacifique.

Faute de mieux, « la Chine sous-traite la question birmane aux pays de l’Asean (l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est) », constate David Camroux. Sans s’attarder sur les détails, l’ambassadeur de Chine à l’ONU a affirmé que des discussions étaient en cours entre les pays de l’Asean « pour un sommet spécial ». Mais David Camroux prévient : « Ils sont incapables de trouver une position commune sur la Birmanie. »

Par Caroline Vinet – La Croix – 2 avril 2021

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