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Exactions contre les Rohingya en Birmanie : Facebook dans le viseur d’un juge américain

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Le géant des réseaux sociaux va devoir publier les archives de comptes fermés liés aux exactions de l’armée birmane et de milices bouddhistes contre la minorité musulmane.

Le géant américain des réseaux sociaux avait fermé des comptes de responsables birmans encourageant à la violence contre les Rohingya dans le pays, invoquant la loi américaine sur la protection de la vie privée. Un juge fédéral américain a ordonné à Facebook de publier les archives de ces comptes liés aux exactions de l’armée birmane et de milices bouddhistes contre la minorité musulmane persécutée de longue date, a rapporté jeudi 23 septembre le quotidien The Wall Street Journal.

Dans cette décision qu’il a rendue mercredi, le juge d’un tribunal de Washington, Zia Faruqui, a critiqué Facebook pour son refus de fournir ces documents aux pays qui veulent poursuivre la Birmanie devant la justice internationale, précise le journal. Le juge a estimé que les messages effacés, provenant de responsables birmans, n’étaient pas concernés par la protection des communications personnelles des usagers. « Verrouiller le contenu demandé serait se priver de l’occasion de comprendre comment la désinformation a lancé le génocide », écrit-il dans sa décision citée par le quotidien, ajoutant que voir Facebook « se draper dans le manteau du droit à la vie privée est des plus ironiques ».

« Génocide »

La plate-forme s’est vu reprocher son manque de réactivité contre des appels à la violence, liés aux massacres de Rohingya en Birmanie en 2017. Qualifiés de « génocide » par des enquêteurs de l’ONU, ils ont provoqué l’exode au Bangladesh de quelque 740 000 Rohingya. Le nombre exact de Rohingya tués au cours de ces violences n’est pas connu, mais des organisations non gouvernementales (ONG) estiment qu’il s’élève à plusieurs milliers.

Facebook a réagi jeudi en déclarant examiner la décision du juge, soulignant avoir volontairement communiqué des documents au mécanisme d’enquête indépendant sur la Birmanie (IIMM) créé en 2018 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. « Nous examinons la décision. Nous sommes atterrés par les atrocités commises contre les Rohingya en Birmanie et soutenons la justice pour les crimes internationaux », a déclaré Facebook dans un communiqué. « Nous nous sommes engagés à fournir les informations appropriées, et depuis l’année dernière, nous avons procédé à des communications volontaires et légales à l’IIMM, et nous continuerons à le faire au fur et à mesure de l’avancée de la procédure contre la Birmanie. »

La Cour pénale internationale (CPI, basée à La Haye, aux Pays-Bas) a annoncé en septembre 2018 l’ouverture d’un examen préliminaire concernant la déportation présumée des Rohingya par la Birmanie vers le Bangladesh, première étape d’un processus pouvant aboutir à une enquête formelle du tribunal et, éventuellement, à des accusations.

En août 2018, la Mission d’établissement des faits (MEF) de l’ONU sur la Birmanie, créée par le Conseil des droits de l’homme en mars 2017, avait appelé le Conseil de sécurité à saisir la CPI ou à créer un tribunal international ad hoc. Les enquêteurs de l’ONU avaient alors réclamé de poursuivre plusieurs responsables militaires birmans pour « génocide »« crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre » contre les Rohingya. Facebook, qui avait été critiqué par les enquêteurs de l’ONU pour avoir permis que des discours haineux se propagent, avait banni le jour même les principaux dirigeants militaires birmans de la plate-forme.

Pour sa part, la Cour internationale de justice a été saisie d’une plainte par la Gambie, soutenue par les 57 Etats membres de l’Organisation de la coopération islamique ainsi que par d’autres pays.

Le Monde avec Agence France Presse – 23 septembre 2021

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