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Birmanie : la situation d’Aung San Suu Kyi est «très préoccupante»

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Les avocats français d’Aung San Suu Kyi ont saisi les Nations unies, dénonçant «un enlèvement maquillé en procès» de l’ancienne dirigeante birmane, assignée à domicile par la junte depuis le coup d’État.

Cela n’a rien à voir avec le droit, c’est un enlèvement maquillé en procès», tonnent François Zimeray et Jessica Finelle. Les deux avocats français, mandatés par le fils et des proches d’Aung San Suu Kyi , ont saisi les Nations unies pour dénoncer le sort réservé à l’ancienne dirigeante birmane, assignée à domicile par la junte depuis le coup d’État. «Elle est tenue au secret au mépris de toute justice et résiste avec force à une inacceptable torture psychologique», poursuivent les deux avocats spécialistes des droits humains, qui ont déposé jeudi à Genève «une communication contre la junte militaire birmane au Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire». «Son arrestation était en tous points illégale, sa détention est dépourvue de tout fondement légal, et les tribunaux de la junte violent les règles les plus fondamentales du droit au procès équitable. […] C’est un tragique bon en arrière pour la Birmanie. À travers la personne d’Aung Sang Suu Kyi, c’est le peuple birman qui est bâillonné et l’aspiration démocratique dans ce pays qui est écrasée», estime le duo d’avocats. 

Ce mercredi, François Zimeray ne cache pas son inquiétude auprès de Paris Match : «L’analyse qui est faite est que la junte militaire ne serait pas fâchée qu’elle finisse par mourir en prison». «C’est très préoccupant», poursuit-il, alors que toute communication avec la Birmanie est compliquée : «C’est très difficile d’avoir des informations puisqu’elle est détenue dans le secret le plus total». Dans le même temps, Amnesty International a dénoncé «une nouvelle vague de crimes de guerre» en Birmanie, plus d’un an après le retour au pouvoir de la junte militaire à la faveur d’un coup d’État du 1er février 2021 : «Dans presque toutes les attaques documentées, seuls des civils semblent avoir été présents», analyse l’ONG, qui a enquêté sur des frappes aériennes qui se sont abattues sur divers bâtiments entre décembre et mars dans l’est du pays, près de la frontière thaïlandaise. L’organisation dénonce une «politique caractéristique de châtiment collectif des communautés civiles» pour leur opposition supposée ou réelle à la junte.

11 ans de prison pour Aung San Suu Kyi

La répression des manifestations d’opposition au coup d’État a été meurtrière. Les Nations unies ont déjà dénoncé de «probables crimes de guerre et crimes contre l’humanité» et recensé près de 1900 civils tués par les forces de la junte. Près de 14 000 personnes ont été arrêtées. Le retour au pouvoir de la junte, qui avait déjà privé de liberté Aung San Suu Kyi pendant 15 ans, a entraîné l’ouverture de plusieurs enquêtes à l’encontre du prix Nobel de la paix 1991 : «À ce jour, elle a été condamnée à 11 ans de prison et risque des peines supplémentaires de plus de 100 ans de prison pour 17 chefs d’accusation différents», rappellent ses avocats. Parmi ses condamnations prononcées par un tribunal spécial dont les audiences sont fermées aux journalistes dans la capitale de Naypyidaw, figurent des infractions aux restrictions sur le coronavirus, l’importation illégale de talkies-walkies et, le mois dernier, en vertu de la loi anti-corruption. Le régime militaire l’accuse d’avoir perçu 600 000 dollars et plus de 11 kilos d’or de pots-de-vin de l’ancien ministre en charge de la région de Rangoun, Phyo Min Thein.

Pour justifier le coup d’État, la junte a invoqué des fraudes aux élections de novembre 2020, qui s’étaient soldées par une victoire du parti d’Aung San Suu Kyi, dans un premier temps validée. Elle a prévu l’organisation de nouvelles élections en 2023, auxquelles Aung San Suu Kyi ne pourra pas participer en raison de ces condamnations multiples.

Par Kahina Sekkai – Paris Match – 1er juin 2022

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