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Au Vietnam, le Parti communiste débarque le président mais évite la ‘Xijinpingisation’ du pouvoir

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Le président vient d’être encouragé à démissionner quelques jours après le départ forcé de deux vice-premiers ministres. Des dizaines de cadres sont visés dans le cadre d’une grande campagne anticorruption mais les experts ne croient pas à une « révolution de palais ».

Dans un pouvoir vietnamien très opaque et habituellement très policé, la démission mardi du président Nguyen Xuan Phuc, quelques jours seulement après le départ forcé, début janvier, de deux vice-premiers ministres, a surpris l’opinion publique et poussé quelques commentateurs à soupçonner une grande purge politique orchestrée par l’homme fort du pays, le secrétaire général du Parti communiste, Nguyen Phu Trong . La plupart des experts ne partagent toutefois pas cette lecture.

Officiellement, le chef de l’Etat a été ‘encouragé’ à quitter ses fonctions après la découverte d’un vaste système de corruption impliquant plusieurs de ses subordonnés et de ses proches. ‘Il a pris ses responsabilités politiques en tant que dirigeant après que plusieurs hauts fonctionnaires, y compris deux vice-Premiers ministres et trois ministres, ont commis des violations et des manquements, entraînant de très graves conséquences’, a commenté l’agence de presse officielle VNA.

Des dizaines de cadres arrêtés

A Hanoï, la rumeur assure que la propre épouse du président serait mêlée au grand scandale du ‘Viet A’, du nom d’une société d’Hô Chi Minh-Ville qui a vendu, en 2020 et 2021, pour plus de 160 millions de dollars de tests de détection du Covid-19 à des hôpitaux publics et des collectivités à des prix gonflés artificiellement. Une diffusion qui avait été permise et encouragée par des hauts fonctionnaires corrompus.

L’enquête a déjà fait tomber plus de 90 personnes, dont des cadres du ministère de la Santé et du ministère des Sciences. «Le président a été obligé de rendre des comptes alors que le Parti demandait qui était responsable de ces cadres et de leur supervision», explique le professeur Carl Thayer, un spécialiste du régime vietnamien à l’University of New South Wales en Australie. «Il ne s’agit pas d’une révolution de palais», tranche l’expert qui note que Nguyen Xuan Phuc n’a pas été arrêté, ni même «humilié» par la propagande.

Les spécialistes ne croient ainsi pas un durcissement du pouvoir orchestré par le leader du Parti communiste. «Nguyen Phu Trong avait prévenu que personne, quel que soit son rang, ne serait à l’abri de la grande campagne anticorruption orchestrée par les autorités’» rappelle Hai Hong Nguyen du Centre for Policy Futures à l’University of Queensland’s. Le dirigeant très conservateur pousse depuis 2016 cette chasse aux cadres corrompus – baptisée ‘fournaise ardente’ – pour, dit-il, préserver l’autorité du Parti. «Aujourd’hui âgé de 78 ans, Trong a des problèmes de santé et ne cache pas qu’il souhaite quitter son poste lors du prochain congrès du Parti» confirme Carl Thayer, qui écarte toute idée d’une dérive personnelle comparable à celle vécue en Chine avec Xi Jinping.

Pas de leader solitaire

Le Parti communiste vietnamien conserve, à la différence de l’organisation chinoise, un leadership collectif, où les grandes décisions sont prises par le Politburo et le Comité central. «Le pays n’a pas cette tradition politique du leader solitaire tout-puissant», insiste Hai Hong Nguyen, qui ne voit pas dans les démissions forcées de ces derniers jours le signe d’une quelconque instabilité politique du régime autoritaire. «Les investisseurs étrangers n’ont pas de raison de s’inquiéter», souffle-t-il.

En 2022, le Vietnam avait vu son produit intérieur brut croître, pour la première fois depuis 1997, de plus de 8 % . Profitant d’un afflux d’investissements des multinationales inquiètes du refroidissement chinois et du durcissement politique de Pékin, le pays pourrait, selon les projections de l’Asian Development Bank, encore enregistrer une croissance d’au moins 6,3 % en 2023.

Par Yann Rousseau – Les Echos – 18 janvier 2023

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