Birmanie : comment la junte militaire intensifie sa répression des médias à un mois des élections
À un mois des élections générales organisées par la junte birmane, Reporters sans frontières (RSF) alerte sur l’usage d’une loi sur les “ingérences électorales” contre l’Association de soutien aux journalistes indépendants basés en Birmanie (AAMIJ) pour son travail journalistique. L’organisation dénonce une répression continue des médias indépendants rendant impossible la tenue d’un scrutin transparent.
Dans un mois, le 28 décembre, le scrutin débutera dans les zones du pays contrôlées par la junte militaire – soit environ la moitié du territoire birman. Ces élections générales, qui se poursuivront en janvier 2026, seront les premières depuis le coup d’État de 2021 et l’imposition par les généraux birmans d’une politique de répression brutale de la presse.
Ces dernières semaines, la junte, considérée par RSF comme l’un des prédateurs de la liberté de la presse 2025, a de nouveau intensifié sa répression des médias. Pour la première fois, elle a recours à la loi sur l’ingérence électorale, un texte adopté en juillet et formulé de manière vague, destiné à renforcer son arsenal législatif à l’approche des élections. Le 10 novembre, le gouvernement militaire a lancé des poursuites contre l’association de soutiens aux journalistes indépendants basés en Birmanie (AAMIJ) – à la fois média et organisation associative qui publie depuis l’exil des informations indépendantes sur la situation en Birmanie – sur la base de l’article 24(a) de cette loi, qui punit “toute menace ou tout préjudice porté à un candidat” par des peines allant jusqu’à sept ans de prison. La “faute” de l’AAMIJ : avoir révélé des preuves liant un candidat électoral au trafic de drogue.
“À l’approche du scrutin, la junte birmane intensifie sa politique de contrôle de l’information pour verrouiller complètement la couverture médiatique. Le message est clair : les journalistes qui cherchent à couvrir librement les élections s’exposent au harcèlement, à la violence, à la prison, et risquent même d’être tués. Il est temps que la communauté internationale fasse pression sur la junte pour qu’elle mette fin à sa campagne contre le journalisme indépendant.
Cédric Alviani
Directeur du bureau Asie-Pacifique de RSF
Fin octobre, la junte — qui restreint très largement l’accès au pays des médias étrangers – a annoncé qu’elle “autoriserait” les journalistes internationaux à couvrir les élections. Cette ouverture de façade s’accompagne toutefois de conditions strictes : les autorités militaires ont précisé que la couverture des élections ne serait pas autorisée sans l’obtention d’une accréditation officielle.
Les conditions fixées pour ce scrutin ont été qualifiées de “frauduleuses” par le rapporteur spécial de l’ONU Tom Andrews, ainsi que par de nombreux experts internationaux, notamment en raison de la répression des médias indépendants.
Depuis le coup d’État, la junte mène une répression d’une extrême brutalité contre les médias :
- sept journalistes et défenseurs de la liberté de la presse ont été exécutés ;
- plus de 200 journalistes ont été emprisonnés, dont au moins 51 sont, à ce jour, toujours derrière les barreaux ;
- des journalistes dénonçant la répression du régime ont été systématiquement torturés – passages à tabac, violences sexuelles, privations de sommeil et de nourriture ;
- les licences de 15 médias ont été arbitrairement révoquées, forçant leurs équipes à travailler dans la clandestinité et à affronter des risques accrus pour leur sécurité ;
- les coupures d’Internet et de réseau ont empêché les journalistes de travailler ou de communiquer, créant des “trous noirs” de l’information dans certaines régions.
La Birmanie est classée 169e sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2025. Le pays est la deuxième plus grande prison au monde pour la profession, juste derrière la Chine.
Reporters Sans Frontières (RSF) – 28 novembre 2025
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