Affaire Laurent Vallier : le mystérieux meurtre d’une famille d’expatriés au Cambodge
« L’Heure du Crime » revient sur l’affaire Laurent Vallier. Cet homme et ses quatre enfants sont retrouvés immergés dans un étang au Cambodge en janvier 2012. Les autorités locales évoquent un suicide. La justice française retient la piste criminelle.
Dimanche 25 septembre 2011, Pascale Gautier contacte la famille de Laurent Vallier. Elle n’a plus de nouvelles de lui depuis une quinzaine de jours. Laurent, vit au Cambodge, à une cinquantaine de kilomètres de Phnom-Penh. Il était marié à Luna, une Cambodgienne. Elle est décédée en donnant naissance à leur quatrième enfant. Pascale doit se rendre prochainement dans ce pays. Laurent lui a promis de l’accueillir à son arrivée mais il est injoignable. Jean et Geneviève Vallier, les parents, qui résident dans les Hautes-Pyrénées, confirment que leur fils ne répond plus au téléphone.
Les semaines défilent. Les contacts avec le consulat de France ne donnent rien. Sur place, personne n’a de nouvelles de Laurent et de ses quatre enfants. La famille lance un appel à témoins, mobilise les réseaux sociaux. Début janvier 2012, la justice française ouvre une enquête pour disparition inquiétante. Trois mois après les disparitions, une perquisition est menée par la police cambodgienne dans la maison de Laurent Vallier, province de Kampong-Speu. L’habitation est vide. La voiture du Français, un Nissan Patrol de couleur blanche, n’est plus là. Pas de lettre informant d’un départ précipité.
Samedi 14 janvier 2012, un voisin aperçoit le toit d’une automobile de couleur blanche qui émerge à la surface d’un étang. La mare se situe à l’arrière de la propriété du Français. La police est alertée. Une dépanneuse retire la voiture de l’eau boueuse. À l’intérieur, des restes de corps en décomposition très avancée. Entre les sièges avant et arrière, quatre squelettes et autant de petits crânes dénombrés. Il s’agit bien des dépouilles des quatre enfants disparus. Le corps de Laurent Vallier est affalé sur le siège conducteur. Il est décapité.
La piste du suicide écartée
Trois jours après la découverte des corps dans l’étang de Kampong-Speu, le dossier de la mort de Laurent Vallier et de ses quatre enfants est transmis au parquet de Paris. Jean et Geneviève Vallier, parents et grands-parents des victimes, sont entendus séparément pendant sept heures par les gendarmes. Ils déposent plainte pour assassinats. Les Vallier sont persuadés que leur fils et leurs petits enfants ont été tués par vengeance.
Les enquêteurs français s’intéressent aux beaux-parents de Laurent Vallier. Le beau-père, Tith Chhuon, dit tout ignorer du drame. Avec sa femme, ils ne mettaient plus les pieds chez leur gendre français. Plus d’une semaine après la disparition, il a toutefois constaté qu’il n’y avait plus personne dans la maison. Le beau-père dit s’être renseigné auprès de la maîtresse d’école. Elle n’avait plus vu les enfants et pensait que la famille était partie en voyage. Tith Chhuon affirme qu’il s’est alors rendu plusieurs fois au consulat de France pour signaler la disparition.
Dimanche 10 mars 2013, la juge parisienne Claudine Enfoux est au Cambodge. L’équipe d’enquêteurs français recueille d’importants indices transmis enfin par leurs homologues cambodgiens. Pour la première fois, le juge de la province de Kampong Speu, vient de déclarer officiellement qu’il ne s’agissait pas d’un suicide. Le magistrat révèle que des traces de sang ont été découvertes sur une corde dans la maison des disparus. Elle aurait pu servir à attacher ou étrangler les victimes.
L’intérêt matériel de la belle-famille
Trois ans après la découverte des corps de Laurent Vallier et de ses jeunes enfants, les enquêteurs français sont de retour au Cambodge. Les dernières expertises médicolégales menées à Paris confirment l’hypothèse criminelle. « L’analyse faite par les médecins et les enquêteurs sur les os des enfants va permettre de déterminer qu’ils ont été noyés et on va découvrir que ce n’est pas dans l’eau du lac mais à un autre endroit. Les soupçons vont se porter sur un bassin à l’intérieur de la maison », indique Me Aurélien Aucher, avocat des parents et du frère de Laurent Vallier, dans L’Heure du Crime, sur RTL.
La juge parisienne Claudine Enfoux considère que la belle-famille de Laurent Vallier est bien derrière le quintuple assassinat. Selon elle, le beau-père, Tith Chhuon, avait bien un mobile pour éliminer son gendre et les enfants. Avec ces morts, il héritait des biens de l’expatrié français. Dès la disparition, et alors qu’aucun corps n’avait été retrouvé, il s’était empressé de s’approprier les terres de son gendre et les faire inscrire à son nom au cadastre.
Lundi 20 mai 2019, la juge d’instruction parisienne Claudine Enfoux, en charge du dossier Laurent Vallier délivre à contre cœur un non-lieu. Elle déplore que les investigations au Cambodge ne connaissent pas de suite. La justice locale n’a en effet procédé à aucune interpellation, garde à vue ou mise en examen. À ce stade les auteurs des assassinats ne sont donc pas formellement identifiés. « Le beau-père s’est vanté devant mon père qu’il était protégé par un notable, quelqu’un d’assez haut dans l’administration cambodgienne », déplore Xavier Vallier, le frère de Laurent.
Par Jean-Alphonse Richard – RTL.fr – 9 janvier 2026
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