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Rohingyas : la Birmanie jugée à La Haye pour génocide

Ce lundi 12 janvier 2026, à La Haye, s’est ouvert un procès devant la plus haute juridiction de l’ONU, qui doit dire si la Birmanie a violé la Convention sur le génocide de 1948 à l’encontre des Rohingyas. Que peut la justice internationale face à un crime de masse présumé ?

Avec

  • Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse associée au Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (IFRI)

Saisie en 2019 par la Gambie, la Cour examine ce dossier aux lourdes conséquences juridiques et politiques, alors qu’environ un million de Rohingyas survivent aujourd’hui dans des camps de réfugiés au Bangladesh et que la Birmanie est à nouveau sous le joug d’une junte militaire.

Les Rohingya, une minorité exclue de la nation birmane

Sophie Boisseau du Rocher rappelle que la marginalisation des Rohingyas s’inscrit dans une histoire longue, antérieure aux violences récentes. Elle explique que les Rohingyas sont « une population installée dans l’espace bengalo-arakanais depuis le 5e siècle » et que leur islamisation partielle au 16e siècle a progressivement posé problème dans un État birman qui « se définit aussi par le bouddhisme, puisque être birman, c’est être bouddhiste ».

Dès l’annexion du royaume d’Arakan par la Birmanie en 1785, « commence à se poser la question de l’intégration de ces populations musulmanes dans l’ensemble birman ». Cette exclusion est renforcée par la colonisation britannique, qui « importe des populations du Bengale pour exploiter les richesses de la Birmanie », accentuant la défiance après l’indépendance. Pour la politiste, « les Birmans n’ont jamais considéré ces populations musulmanes arakanaises comme membres à part entière de la nation birmane », faisant de la question rohingya un problème structurel de définition nationale.

Crime de masse, justice internationale et responsabilités politiques

La dernière crise majeure de 2017 marque un tournant par son ampleur : « près de 10 000 morts et surtout un exil massif vers le Bangladesh ». Sophie Boisseau du Rocher insiste sur la situation actuelle des Rohingyas, « apatrides ils ne vivent pas, ils survivent » dans des camps de réfugiés, sans perspective d’intégration durable. Elle revient également sur les accusations portées contre Aung San Suu Kyi, qu’elle juge excessives : « sa marge de manœuvre constitutionnelle est très fine et en fait l’armée est derrière », contrôlant directement les ministères clés liés au sort des Rohingyas.

Selon elle, « Aung San Suu Kyi est la seule qui a véritablement essayé de débloquer la situation », notamment par la création de la commission Annan. Sur la qualification juridique des faits, elle est sans ambiguïté : « entre les viols, les meurtres, les restrictions imposées sur les naissances, on peut penser que ces actions délibérées s’apparentent à la définition d’un génocide ». Enfin, elle souligne les blocages internationaux : « la Chine et la Russie n’ont rien fait, ils ont bloqué toute décision au sein du Conseil de sécurité », montrant ainsi les limites de la justice internationale face aux crimes de masse lorsque les rapports de force géopolitiques l’emportent.

Par Guillaume Erner – Radio France Culture – 13 janvier 2026

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