Birmanie : la Thaïlande pousse l’ASEAN à revoir sa stratégie
Après des élections contestées en Birmanie, la Thaïlande appelle l’ASEAN à adapter sa position face à la junte militaire, afin de préserver sa crédibilité et la stabilité régionale.
La Birmanie a récemment organisé des élections générales, les premières depuis que l’armée a repris le pouvoir par un coup d’État en 2021. Un scrutin largement contesté par la communauté internationale. Organisées par la junte militaire, ces élections sont jugées peu transparentes et dépourvues de réelle légitimité. Plusieurs partis politiques majeurs, notamment issus du mouvement pro-démocratie, ont été exclus du processus électoral. Sur le terrain, la situation sécuritaire reste très instable : des combats opposent toujours l’armée à des groupes rebelles dans plusieurs régions du pays, maintenant la Birmanie dans un état de guerre civile.
L’ASEAN face à un dilemme diplomatique
Dans ce contexte tendu, l’ASEAN se retrouve dans une position délicate. Comment réagir face à un État membre dirigé par une junte militaire, sans provoquer de fracture interne au sein du bloc ?
Depuis le coup d’État de 2021, l’ASEAN a adopté une position prudente, excluant les dirigeants birmans de certains sommets, tout en maintenant un dialogue minimal. Mais cette stratégie montre aujourd’hui ses limites.
La Thaïlande plaide pour le compromis
À l’occasion du Sommet des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN, organisé jeudi 29 janvier 2026 aux Philippines, la Thaïlande a choisi de mettre la pression sur ses partenaires régionaux.
Voisine directe de la Birmanie, la Thaïlande est particulièrement exposée aux conséquences du conflit. Elle partage une longue frontière avec le pays et fait face à des arrivées de réfugiés, à des tensions sécuritaires et à des trafics transfrontaliers accrus. C’est dans ce contexte que Bangkok appelle l’ASEAN à adapter son approche. Pour la Thaïlande, il ne s’agit ni de soutenir ouvertement la junte, ni de rompre totalement les relations avec la Birmanie. Selon elle, une politique trop rigide risquerait d’isoler davantage le pays et de réduire la capacité de l’ASEAN à peser diplomatiquement. L’objectif est clair : éviter que le bloc régional perde en crédibilité en restant figé face à une situation politique complexe mais évolutive.
Une instabilité aux répercussions régionales
L’instabilité en Birmanie dépasse largement ses frontières. Plusieurs pays de la région subissent déjà les conséquences indirectes du conflit. En Thaïlande et au Laos, les mouvements de populations et les tensions aux frontières compliquent la gestion sécuritaire. Le Bangladesh, bien que non membre de l’ASEAN, accueille déjà un grand nombre de réfugiés, accentuant la pression humanitaire. Plus éloignées géographiquement, les Philippines se sentent également concernées. Manille s’inquiète de l’incapacité de l’ASEAN à résoudre une crise majeure en son sein. Pour les autorités philippines, une organisation régionale affaiblie face à la Birmanie pourrait aussi se montrer moins efficace face à d’autres crises régionales, notamment en mer de Chine méridionale. Cette inquiétude renforce les divergences entre états membres : certains prônent une ligne ferme envers la junte, tandis que d’autres, comme la Thaïlande, privilégient une approche plus pragmatique pour préserver le dialogue.
Préserver l’unité de l’ASEAN
L’ASEAN fonctionne traditionnellement par consensus. Or, des désaccords persistants sur la question birmane pourraient fragiliser son unité et réduire son poids diplomatique. En appelant à une adaptation de la stratégie collective, la Thaïlande tente donc de concilier réalisme politique et stabilité régionale. Un équilibre délicat, dans une région où chaque décision diplomatique peut avoir des conséquences, bien au-delà des frontières birmanes.
Par Célia Sennegon – Lepetitjournal.com – 30 janvier 2026
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