Conflit Thaïlande-Cambodge : tous attendent le nouveau gouvernement
Les discussions semblent au point mort à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. Tant que le nouveau gouvernement thaïlandais ne sera pas entré en fonction, rien ne devrait avancer.
Le 27 décembre 2025, le cessez-le-feu entre la Thaïlande et le Cambodge est signé et les armes se taisent. Mais il demeure précaire, les postes-frontières restent fermés, les travailleurs cambodgiens sont bloqués et les entreprises thaïlandaises manquent de bras. Le 8 février 2026, à la surprise générale, les Thaïlandais ont élu Anutin Charnvirakul au poste de Premier ministre. Après quelques mois d’intérim, il prendra ses fonctions au mois d’avril. D’ici là, tout reste figé.
Au nouveau gouvernement de trancher
Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères sortant Sihasak Phuangketkeow est sans ambiguïté : les pourparlers sur la frontière ne peuvent pas reprendre avant qu’Anutin Charnvirakul soit officiellement aux commandes en tant que Premier ministre élu. Ce différend frontalier, dont le temple de Preah Vihear est devenu le symbole, oppose les deux pays depuis plus d’un siècle autour d’un tracé que ni Bangkok ni Phnom Penh n’a jamais totalement accepté. Le Cambodge a proposé une réunion de la Commission mixte des frontières, l’instance bilatérale chargée de trancher ces questions. La Thaïlande pose ses conditions : toute discussion devra couvrir l’ensemble des sujets en suspens, pas uniquement ceux que Phnom Penh souhaite aborder. Sihasak Phuangketkeow laisse également ouverte la question de l’annulation du protocole d’accord signé en 2001, le document sur lequel s’appuie Phnom Penh pour réclamer des négociations frontalières : ce sera au nouveau gouvernement de trancher.
Anutin Charnvirakul devra assumer
Le 9 février 2026, au lendemain de sa victoire électorale, Anutin Charnvirakul a déclaré, lors d’une émission télévisée, son intention de construire un mur le long de la frontière et de la maintenir fermée. La nouvelle session parlementaire ouvre le 14 mars 2026 et ce sera alors au Premier ministre d’assumer le paradoxe : celui qui a promis de maintenir la frontière fermée pour des raisons de sécurité devra aussi répondre aux entreprises qui réclament leur main-d’œuvre cambodgienne et aux marchés qui attendent la réouverture.
La Chine en médiatrice
La Chine, elle, ne reste pas les bras croisés. Le 29 décembre 2025, Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, a convoqué ses deux homologues au lac Fuxian dans la province du Yunnan. Déminage, communications, lutte contre la cybercriminalité : la déclaration commune fixe un agenda. Début 2026, universitaires et analystes des trois pays se retrouvent à Pékin pour en faire le bilan. Verdict unanime : tant que la désinformation et les discours nationalistes circulent librement sur les réseaux sociaux, aucun accord ne tiendra.
Les travailleurs cambodgiens, nerf de la guerre économique
Les travailleurs cambodgiens incarnent mieux que quiconque le coût humain et économique du conflit. Des centaines de milliers d’entre eux travaillaient en Thaïlande avant les affrontements, principalement dans l’agriculture, la construction et l’industrie.
Beaucoup sont rentrés au Cambodge et ceux qui sont restés vivent dans l’incertitude. La ministre thaïlandaise du Travail, Treenuch Thienthong, a pourtant réaffirmé qu’aucun nouveau travailleur cambodgien ne sera autorisé à entrer en Thaïlande pour des raisons de sécurité, malgré la pression du secteur privé qui avertit que la pénurie de main-d’œuvre menace la compétitivité du pays. Des récoltes restent non ramassées, des chantiers sont à l’arrêt. Seul compromis à ce stade, les 100.000 travailleurs dont les permis expirent le 31 mars 2026 verront leurs autorisations prolongées d’un an. La frontière fermée a un coût et Bangkok commence à en mesurer l’étendue.
Par Baptiste Picot – Lepetitjournal.com – 12 mars 2026
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