En Thaïlande, la politique reste la politique
Anutin Charnvirakul s’allie à Pheu Thai et neuf petits partis pour créer sa coalition. Klatham et les démocrates se retrouvent évincés, et le peuple doit patienter pour savoir.
La scène s’est jouée jeudi 12 mars 2026 au siège du parti Bhumjaithai, formation conservatrice à dominante nationaliste. Sourires de façade, embrassades pour les caméras et communiqués soigneusement vidés de leur substance, les ingrédients politiques sont là. Julapun Amornvivat est le chef de Pheu Thai, le parti populiste libéral de la famille Shinawatra. Il est arrivé avec son équipe pour remettre en main propre le nom du candidat de son parti au poste de deuxième vice-président de la Chambre. Anutin Charnvirakul l’a accueilli avec une blague sur l’attente, les deux hommes se sont enlacés, puis tout le monde s’est enfermé en salle de réunion. À la sortie, rien de surprenant, beaucoup de formes, peu de fond.
Stratégie, loyauté et trahison
Ce qui est acquis, c’est la composition de la coalition. Bhumjaithai et Pheu Thai en tête, neuf plus petits partis dans le sillage, pour un total qui tourne autour de 291 sièges. Parfait pour Anutin Charnvirakul, qui ne souhaite apparement pas dépasser les 300, invoquant l’efficacité gouvernementale. L’argument est présentable mais il cache quelque chose de plus concret : au sein d’une majorité trop large, il devient difficile de distribuer les maroquins. Les quotas de ministères se négocient trop ardemment lorsque les prétendants sont nombreux.
Klatham et le Parti démocrate sont donc dehors. Pour Klatham, c’est particulièrement piquant. En effet, le parti de Thamanat Prompow avait activement soutenu Bhumjaithai pour former le gouvernement l’an dernier, un appui qui aurait pu lui valoir une place dans la coalition actuelle. Il n’en est rien. Interrogé sur le sujet, Anutin Charnvirakul a sorti la formule consacrée : « L’amitié existe toujours mais nous avons maintenant des devoirs différents. C’est de la politique. » Il a également précisé qu’il n’avait pas même passé un coup de fil à son ancien allié. Décidément, l’amitié a ses limites et elles se comptent en sièges parlementaires. Le Parti démocrate est logé à la même enseigne, sans même bénéficier du traitement « ancien ami qu’on regrette ». Les démocrates ne figuraient pas dans les calculs, ne figurent pas dans la coalition et personne ne semble s’en émouvoir outre mesure.
Politique thaïlandaise, la loi du silence
La suite se déroulera par étapes, dans l’ordre et la discrétion. Le 14 mars 2026 : cérémonie royale d’ouverture de la session parlementaire. Le lendemain : la Chambre élit son président et ses deux vice-présidents. Les noms ont déjà été échangés en privé entre Bhumjaithai et Pheu Thai mais aucun ne sera rendu public avant le vote. Lertsak Phattanachaikul, député de Loei, est pressenti pour le 2e poste de vice-président mais, officiellement, personne ne confirme rien. Julapun Amornvivat demande simplement d’attendre que « le processus parlementaire se déroule selon les étapes appropriées ». Viendra ensuite le vote pour désigner le Premier ministre, puis la composition du cabinet. Les quotas entre partis seront négociés en interne, les noms soumis à la vérification de 18 agences gouvernementales et le résultat annoncé quand tout sera bouclé. La Thaïlande a changé de Premier ministre mais le mode opératoire, lui, ne change guère. Les électeurs seront informés en derniers, comme d’habitude.
Par Baptiste Picot – Lepetitjournal.com – 13 mars 2026
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