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Accord de cybersécurité entre la coréenne SK Telecom et la Birmanie

Restrictions et manque d’accès, internet est un point sensible en Birmanie. Il y a un près d’un an, le 21 juin 2019, son accès a été coupé dans huit circonscriptions de l’état de l’Arakan et dans une de l’état de Chin, à Paletwa.

Pour l’armée régulière birmane – la Tatmadaw -, le but est de limiter autant que possible les capacités de communications de la rébellion de l’Armée de l’Arakan (AA) tout en maintenant les siennes efficaces et suffisamment protégées afin que ses rivaux ne puissent pas les pirater. Dans un tel cadre, les technologies de protection et de brouillage deviennent clefs. Et c’est entre autres pour ces questions de sécurité que le gouvernement birman vient de signer un accord avec l’entreprise coréenne de cybertechnologies SK Telecom.

Une initiative qui devrait permettre à terme de mettre fin aux atermoiements actuels tant des dirigeants civils que militaires. Ainsi, après que l’accès à internet a été coupé dans neuf circonscriptions en juin dernier, la décision est prise de le rétablir le 1er septembre 2019 dans quatre circonscriptions de l’Arakan et dans celle du Chin pour finalement à nouveau le couper le 3 février et le remettre à disposition le 2 mai dans la seule circonscription de Maungdaw. Des allers-retours illisibles pour la population mais aussi pour les entreprises et d’éventuels investisseurs.

Le manque d’accès à internet est en effet un frein au développement de ces régions. Sans le réseau, entreprises et travailleurs sont réticents à s’installer. Cette problématique s’étend d’ailleurs à l’ensemble du pays, mais de manière moins importante car internet y est accessible, quoi que souvent défaillant ou peu performant.

Le numérique, une priorité pour le gouvernement

D’après la Banque mondiale, seulement 31% de la population avait accès à internet en 2017, mais depuis les nouvelles technologies sont en plein boum. De même, entre 2015 et 2020, le nombre d’utilisateurs de Facebook est passé 7 millions à 22 millions. Pour un pays comme la Birmanie, en délicatesse avec la liberté d’expression, mais à la recherche d’investisseurs et de développement économique, les nouvelles technologies représentent à la fois une menace et une opportunité.

Le secteur est potentiellement porteur de simplifications majeures dans les procédures administratives, mais pour cela il nécessite un apport important d’argent. Nay Pyi Taw a ainsi lancé un plan de e-gouvernement en 2016 et le comité de développement digital qui supervise ce plan ambitionne de moderniser l’administration, avec notamment des services numériques interministériels, pour les entreprises et pour les particuliers. Concrètement, le gouvernement développe par exemple un système de cartes d’identités numériques.

Pour ce projet de e-gouvernement, plusieurs entreprises ont été commissionnées, dont l’entreprise indienne Infosys spécialisée dans les services numériques et la société américaine ADB spécialisée dans les infrastructures digitales, qui ont toutes deux participé au projet dès ses débuts. Lors de la quatrième conférence sur le e-gouvernement en février dernier, Daw Aung San Suu kyi a déclaré que les infrastructures pour relier les ministères sont en place.

Le développement de services numériques va de pair avec la sécurisation du réseau

Reste cette question sensible de la sécurité… Le 2 juin, le Centre National sur la Cybersécurité de Birmanie (CNCB) a donc signé pour cela un accord avec l’entreprise coréenne SK Telecom : « SK Telecom travaillera en collaboration avec le CNCB pour mettre en place un système de sécurité afin de renforcer les protections contre les cybermenaces qui sont toujours plus nombreuses », a déclaré le vice-président et directeur de la partie « Infra Business » de SK Telecom. La société coréenne va envoyer une équipe d’experts pour mettre en place une unité de cyber sécurité d’ici fin juillet. Elle mettra en place sa solution « Smart Guard » pour identifier les vulnérabilités de l’infrastructure actuelle. En parallèle, la solution « Security Information & Event Management » (SIEM) d’une autre entreprise coréenne, Igloo Security, sera implantée, toujours par les soins de SK Telecom. La technologie SIEM est spécialisée dans la collecte et l’analyse des données de connexion, d’erreurs ou de piratage. Bien paramétrée, elle permet d’informer les administrateurs du système dès qu’il y a un élément suspect.

Toutefois, le cadre légal, quasi inexistant, demeure une barrière au bon fonctionnement de la cybersécurité dans le pays. Daw Aung San Suu Kyi a reconnu que des lois sont en cours d’élaboration, notamment sur les sanctions visant les éventuels pirates. En septembre dernier, la Russie a proposé une aide pour élaborer ce cadre législatif, arguant de son expérience en e-gouvernement et sécurité. Malheureusement, l’expérience russe ne se limite pas à ces domaines et Moscou est bien connu pour les libertés qu’elle prend avec la liberté d’expression…

Au classement de la liberté sur internet établi par l’organisation non-gouvernementale Freedom House, la Russie figure parmi les cancres, avec une note de 31/100. De quoi laisser songeur sur le type d’expérience que les Russes sont prêts à partager… Au demeurant, la Birmanie appartient également aux groupes des mauvais élèves, avec un score de 36/100. Signe de ce contrôle renforce du réseau, en avril dernier Nay Pyi Taw a exigé de tous les opérateurs télécom du pays de bloquer quelque 200 sites internet, arguant des risques qu’ils posaient à la sécurité du pays. Pourtant, plusieurs de ces sites sont des sites de presse, et d’autres – encore plus nombreux – des sites pornographiques… dont le danger autre que moral – éventuellement ! – n’apparaît évident à personne. Tant et si bien que certains opérateurs ont traîné des pieds pour ces fermetures et ne s’y sont résolus que contraints et forcés. De quoi laisser planer des doutes quant aux cibles réelles de la lutte contre la cybercriminalité.

De l’argent pour l’éducation détourné vers la surveillance

Malgré tout, les investissements dans les nouvelles technologies portent peu à peu leurs fruits. Entre 2016 et 2018, la Birmanie est passée de la 169ème à la 157ème position (sur 193) au classement des e-gouvernements mesures par les Nations Unies. Mais cela est insuffisant pour Daw Aung San Suu Kyi qui, lors de la quatrième conférence sur le e-gouvernement de février dernier, a insisté sur le besoin d’accélérer le processus, notamment pour dynamiser le développement économique. Outre l’aspect législatif, le pays a des projets de construction de centre de données et de mise en place d’un système de signatures électroniques.

Toutefois, les réelles intentions du gouvernement birman derrières ces développements électroniques ne sont pas du tout claires. Nay Pyi Taw vient de signer un accord pour construire une base de données de tous les utilisateurs de cartes SIM dans le pays, une base de données qui inclura obligatoirement « une photo d’identité facilement lisible et les empreintes digitales des deux mains » de chaque propriétaire d’une carte. Et même si le ministère du Transport et des Télécommunications affirme que ces données resteront confidentielles, de nombreuses organisations de la société civile s’alarment de ce processus obligatoire dans un pays qui ne dispose d’aucunes lois sur la protection des données personnelles et ou la corruption est en outre généralisée. Ce n’est plus faire entrer le loup dans la bergerie, c’est le soumettre à deux semaines de jeûne avant de lui ouvrir toute grande les portes, s’inquiètent des militants.

Inquiétude d’autant plus forte que l’argent pour financer cette base de données sulfureuse proviendra du Fond pour un service universel, conçu pour développer l’accès à la téléphonie mobile. Un véritable détournement officiel de fonds, qui là encore suscite de nombreuses protestations. D’autant que l’argent prélevé aurait dû servir à des sessions de formation et d’éducation aux médias numériques. Contrôle et surveillance versus éducation et liberté : l’équation n’est pas nouvelle mais semble malheureusement toujours trouver la même réponse…

Par Julia Guinamard – Lepetitjournal.com – 14 juin 2020

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