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Quarantaine, caution et dépistage : au Cambodge, la reprise du tourisme étranger sera longue

Bien que relativement épargné par l’épidémie de coronavirus, le pays d’Asie du Sud-Est restreint sévèrement, pour le moment, l’entrée des voyageurs. Au grand dam de l’industrie touristique.

Depuis une semaine, Hugo peut de nouveau aller et venir dans les rues de Phnom Penh. «Quand j’ai enfin pu sortir, j’ai été accueilli très chaleureusement.» Le travailleur indépendant installé au Cambodge depuis trois ans se réjouit de retrouver son quotidien au terme d’une quarantaine de deux semaines. Début mars, voyant la crise sanitaire s’aggraver, Hugo décide de rentrer auprès de sa famille en France. Pour revenir trois mois plus tard, l’expatrié a dû se plier aux conditions d’entrée particulièrement strictes dans le pays.

Alors que le Cambodge n’a enregistré officiellement que 141 cas de Covid19 et ne déplore aucun décès, le Royaume des Merveilles a mis en place tout un arsenal de mesures à destination des personnes entrant dans le pays, des tests de dépistage à la quarantaine, en passant par le versement d’une caution.

Test obligatoire, quatorzaine… De très sévères conditions d’entrée dans le pays

Pour entrer au Cambodge aujourd’hui, les ressortissants étrangers doivent se munir d’une attestation d’assurance couvrant 50.000 dollars de frais, être préalablement dépisté pour le Covid et avoir un certificat de non-contamination, rédigé en anglais, datant de moins de 72 heures avant son arrivée.

À l’aéroport, ces documents sont contrôlés et le voyageur est à nouveau dépisté à ses frais (100 dollars). Il est ensuite conduit dans un hôtel pour attendre les résultats. Si tous les passagers du vol sont testés négatifs, il est possible de quitter l’établissement, mais uniquement pour s’astreindre à une quarantaine obligatoire de deux semaines au terme de laquelle un nouveau test est effectué. Dans le cas où un passager est testé positif, cette quarantaine se déroule à l’hôtel sous la supervision des autorités et aux frais du voyageur.

Un risque qu’Hugo était prêt à courir, déterminé à reprendre son activité : « Les conditions sont sévères mais elles me paraissent justes à ce stade de la pandémie. Je pense qu’il s’agit de trouver un équilibre entre autoriser les voyages nécessaires et décourager les voyages dispensables. »

À un jour près, le retour d’Hugo aurait été soumis à une condition supplémentaire. Depuis le 15 juin, les étrangers doivent également s’acquitter d’une caution de 3 000 dollars censée couvrir les frais additionnels de quarantaine si elle a lieu sous la supervision des autorités, mais aussi le coût des soins si le visiteur était amené à contracter le virus. Et même celui d’une crémation en cas de décès.

Peu de liaisons aériennes et pas de visa

Encore faut-il atteindre le Cambodge. Seuls quelques vols via la Corée du Sud ou la Chine le permettent aujourd’hui. Et derrière l’illusion de l’ouverture, il est encore impossible pour un touriste français de venir séjourner dans le royaume : l’ambassade du Cambodge en France confirme ne pas délivrer de visa touristique. Les procédures de délivrance des visas en ligne ou à l’arrivée restent également suspendues.

Expatriés et visiteurs locaux sont donc les seuls à pouvoir se rendre à Siem Reap, ville réputée pour les temples d’Angkor à proximité. Ils viennent profiter d’une expérience unique : celle d’errer dans les temples vides. Pierre-Yves s’est ainsi rendu à Angkor Wat pour la première fois depuis 2014. « L’ambiance dans les temples était incroyable. On se sent seul au monde. On prend le temps de déambuler comme on le souhaite, de s’arrêter sur un détail de bas-relief…», raconte l’expatrié installé au Cambodge depuis une dizaine d’années.

Le secteur du tourisme à l’arrêt

Si cette perspective a de quoi faire rêver, les quelques curieux ne suffisent pas à faire tourner l’industrie du tourisme sur place. En avril 2020, le parc d’Angkor, vaste de 400 km2, n’a accueilli que 654 visiteurs étrangers contre 185.405 en avril 2019. Sur les 600.000 personnes travaillant dans le secteur touristique au Cambodge, au moins 45.000 sont aujourd’hui sans emploi. De nombreux hôtels, restaurants, boutiques et guides ont suspendu leur activité, en particulier à Siem Reap. Parfois définitivement.

«Certains veulent jeter l’éponge, décrit Pierre-André Romano, président de la section Siem Reap de la Chambre de Commerce et d’Industrie France Cambodge. C’est aussi le troisième mois sans salaire pour de nombreuses personnes. Des distributions alimentaires se mettent en place. »

Les récentes mesures, comme la caution, ont un peu plus découragé les acteurs du secteur qui espéraient un assouplissement des restrictions imposées aux voyageurs. «À part un homme d’affaires ou un expatrié, qui va accepter de payer 3 000 dollars de caution ? s’interroge Pierre-André Romano. Certains hôtels avaient quelques réservations pour août, mais elles ont toutes été annulées avec les nouvelles mesures. Il est impossible de faire des pronostics à moyen ou long terme.»

Par Juliette Buchez – Le Figaro – 7 juillet 2020

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