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Thaïlande : le peuple dans la rue contre un roi richissime et une junte militaire

Des manifestations ont lieu en Thaïlande, où la classe moyenne demande plus de démocratie et de justice sociale face à un roi milliardaire qui vit la plupart du temps en Allemagne.

La Thaïlande bouillonne, et se révolte contre son monarque immensément riche. Les manifestations monstres se succèdent en effet depuis plusieurs semaines dans ce “dragon d’Asie du sud-est” aussi peuplé que la France. Manifestations conduites en particulier par les étudiants, avec une double cible.

Le gouvernement tout d’abord, une junte militaire qui a été reconduite après des élections contestées – en fait, selon la Constitution, l’armée a le droit de nommer la moitié des députés, cela aide évidemment à obtenir la majorité au Parlement. Et le roi Maja Vajiralongkorn, on peut l’appeler plus simplement Rama X. Un roi qui concentre les foudres de son peuple, peu de temps après son couronnement.

On lui reproche une fortune considérable, entre 30 et 40 milliards d’euros, selon le classement de business insider, c’est le roi le plus riche du monde, au-dessus du sultan de Brunei et des émirs pétroliers, et une indifférence tout aussi grande vis-à-vis de son peuple. Il possède plusieurs dizaines d’avions, le diamant le plus gros du monde et des dizaines de milliers de propriétés immobilières, et vient de faire voter une loi qui l’exempte d’impôts fonciers. 

Une fortune qui devrait, selon les manifestants, appartenir au pays, et non pas à son roi. La colère est montée d’un cran avec l’épidémie. Le roi, qui vit l’essentiel de l’année en Allemagne, est parti pour le confinement avec quelque 20 concubines dans un très bel hôtel en Bavière, qu’il a réservé entièrement. Il passe son temps à faire des boucles avec son Boeing au-dessus de l’Allemagne pour se distraire.

Les manifestants ont-ils une chance de l’emporter ?

C’est un pays de tradition politique violente, avec plus de 10 coups d’État militaires depuis les années 1930. Autant dire que l’installation d’une démocratie n’y est pas gagnée. Mais le mouvement de manifestations témoigne de l’aspiration libérale de la jeune génération asiatique, comparable à celle qui a soulevé Hong Kong il y a quelques mois. 

Une génération qui est née, sinon dans le confort, du moins dans un état de relative prospérité, après les trente ans de croissance forcenée qu’ont connu la Thaïlande et ses voisins. C’est d’autant plus significatif que le royaume a souvent été à la pointe des évolutions dans la région. C’est là que s’était déclenchée la crise asiatique, en juillet 1997, avant de s’étendre à toute la zone.

La classe moyenne s’accommode mal d’un régime autoritaire

Le pays a une industrie automobile assez développée, grâce aux implantations de Toyota, qui y fabrique son fameux pick-up Hilux. Industrie électronique également, de sous-traitance. En fait, c’est un peu la banlieue industrielle de la Corée et du Japon. L’autre ressource importante du pays, c’est le tourisme, il accueillait 40 millions d’étrangers chaque année, des Chinois notamment. 

Inutile de dire qu’avec la Covid, cette source de croissance s’est complètement tarie. La récession pourrait atteindre -12% en 2020, un chiffre analogue à celui de la France. La crise politique qu’il connaît illustre bien la difficulté de la transition pour ces pays presque développés, qui ont fait un bond considérable en l’espace d’une génération. 

Le développement a constitué une classe moyenne qui s’accommode mal des régimes politiques autoritaires. Un malaise d’autant plus vif que plane sur toute la zone l’ombre de la Chine, qui voudrait transformer tous ses voisins en satellites soumis à sa puissance et ses intérêts.

Par François Lenglet – RTL.fr – 23 Septembre 2020

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